Néogicia par Fabien Fournier (Fantasy ; Littérature jeunesse)

16 novembre 2015 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 3,50 / 5)
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Cette critique révèle certains moments de l’intrigue. À mon sens, rien qui pourrait gâcher la lecture mais si vous souhaitez tout découvrir par vous-même, lisez-le d’abord. Oh, et c’est aussi ma première, désolée si je m’y prends mal…

Fabien Fournier est un jeune auteur au parcours atypique. Il commence à se faire connaître en tant que réalisateur de la web-série Noob, fiction comique narrant l’histoire de joueurs de MMORPG un peu barrés. Ils évoluent dans l’univers fictif d’Olydri à l’écran, avant de prendre vie au travers des romans Noob. Nous avons là les premiers livres de Fabien Fournier, publiés chez les éditions Octobre, que je n’ai malheureusement pas lus. Je ne m’exprimerai donc pas sur leur qualité.

L’auteur fonde ensuite sa propre maison d’édition (Olydri Editions) et publie ce qui d’après lui est un projet bien plus sérieux, Néogicia, dont il a vocation d’en faire une saga. Les personnages évoluent toujours dans Olydri, mais le jeu vidéo devient ici un univers fantasy à part entière. Les PNJ (personnages non-jouables) deviennent des protagonistes et la notion de MMORPG a totalement disparue.

L’héroïne et narratrice, Saly Asigar, est une olydrienne : une habitante attachées aux racines magiques de cet univers. Elle souhaite changer de vie et abandonner la magie qui coule en elle pour devenir néogicienne. Au début du roman, nous la retrouvons donc dans une salle d’attente, prête à recevoir le sérum N01 prévu à cet effet.

La mise en place de l’histoire est très rapide. Après l’injection, on découvre en Saly une jeune femme aux facultés exacerbées. Elle se découvre aussi, et se pose des questions. Beaucoup de questions. Trop de questions. Car oui, avec Saly Asigar, tout n’est qu’angoisse, hypothèses, résolutions, fermeté et angoisse à nouveau. Ses interrogations sont là, omniprésentes, elles ne nous lâchent pas. Avec l’emploi massif de points d’exclamation, cela donne un côté très caricatural – voire grotesque – à l’héroïne et la lecture s’en retrouve alourdie.

J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher à Saly, et le paragraphe précédent en évoque l’une des raisons. Une autre raison majeure est la mise au second plan de son passé. Au commencement du livre, nous ne connaissons rien de Saly. Ses motivations banales se résument à aider l’Empire et malgré sa peur, elle ne pense ni à sa famille, ni à ses amis, ni même à un animal de compagnie. Elle paraît totalement seule. On ne sait pas ce qu’elle a fait durant la vingtaine d’années qui a précédé son injection, et le roman se déroule en grande partie avec une coquille vide comme protagoniste. Bien sûr, elle va peu à peu vivre des choses et ce problème s’estompera au fil du récit mais au début, il m’a vraiment gênée. Il entraîne un manque de cohérence, qui est le défaut majeur du livre.

Ce manque de cohérence se retrouve aussi dans les dialogues, et c’est ce qui a le plus handicapé ma lecture. Car force est de constater que justement, la parlote n’est pas le point fort de Fabien Fournier. A travers le personnage de Loy, sorte de mentor, il nous abreuve d’informations sur l’Empire et la technologie, mais souvent avec maladresse. On a l’impression d’enchaîner les exposés scolaires et parfois, les personnages emploient des expressions qui détonnent fortement dans le contexte. Ainsi, on voit apparaître « acide désoxyribonucléique » plusieurs fois au cours d’une discussion (alors que, scientifiques ou non, tout le monde emploie « ADN »). Ce  n’est qu’un exemple mais de manière générale, les personnages manquent de réalisme dans leur façon de s’exprimer, et en particulier Saly, qui s’apparente plus à un robot qu’à une jeune femme. Les explications s’enchaînent donc, fastidieuses, et j’ai dû me faire violence pour poursuivre la lecture.

Arrivé à la moitié du roman, où Saly intègre une académie pour jeunes néogiciens, j’ai retrouvé un certain attrait pour l’histoire. L’héroïne fait la connaissance de Loreley Borg, une élève que j’ai trouvé sympathique, et d’autres personnages davantage relayés au second plan. Loreley est une fille haut en couleur, un peu caricaturale mais qui apporte une grande fraîcheur au livre, lequel gagne en dynamisme.

A mon grand regret, la majeure partie de l’année scolaire se solde par une ellipse. On passe du premier jour de cours à l’examen de fin d’année, où viennent se glisser entre deux quelques rares moments visant à présenter des personnages. Quelle n’était pas ma déception de voir mis au placard les cours et les aspects de la vie quotidienne ! Je m’attendais à une découverte de la vie de néogicienne comme Harry Potter découvre la vie de sorcier, mais il n’en est rien (au passage, belle référence à Dumbledore pour le personnage de Loy). Globalement, les professeurs et les élèves sont à peine esquissés.

Alors, n’y a-t-il rien de vraiment bon à tirer du livre ? Eh bien si. Jusqu’aux 200 dernières pages, je n’appréciais pas la lecture, mais Fabien Fournier a réussi le tour de force de me faire aimer Néogicia grâce aux 100 dernières. En tant qu’auteur, il a un talent, et c’est pour l’action. Certes, nous ne sommes pas au niveau des plus grands, mais la différence de qualité est flagrante. L’auteur maîtrise le rythme, ses descriptions sont visuelles (et au plus fort du roman, assez épiques), et les explications militaires sont d’un autre niveau que les explications scientifiques du début du romanSaly, jusque là si réservée, si tête à claque, s’éveille tel un phénix et expose avec arrogance son potentiel à la face d’un lecteur scotché.

La scène finale, très posée, est à mon goût aussi réussie. Elle amorce une suite prometteuse, et si Fabien Fournier maintient ce niveau pour Néogicia 2 je l’achèterai sûrement.

En conclusion ? Le début est vraiment maladroit et certains aspects pourtant essentiels sont mis à la trappe, ce qui m’a empêché d’apprécier la lecture durant les 200 premières pages. On sent que l’auteur n’a souhaité mettre en avant que certains points de l’histoire, notamment le contexte géopolitique et la scène finale. Par manque d’idées ou par envie d’en conserver pour la suite, l’avenir nous le dira. Pour le tome 1, le mal est fait, cependant en tant que saga Néogicia renferme du potentiel. Certains personnages en retrait pour le moment pourront se révéler très prometteurs plus tard. L’écriture se bonifie avec le temps, et si Fabien Fournier s’applique suffisamment Néogicia 2 pourra s’avérer très bon. Maintenant que son univers est en place et qu’il va pouvoir entrer dans le vif du sujet, je pense que l’auteur parviendra à nous surprendre pour le mieux.

Pour moi, Néogicia n’est pas un roman réussi, mais l’ébauche d’une saga qui pourra tout à fait l’être. Fabien Fournier a montré de quoi il était capable, à lui de relever le défi.

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