« Alex », de Pierre Lemaître

Critique de le 17 février 2012

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Psychologie Roman

Ce roman en trois actes est un chef-d’oeuvre, un coup de maître! Oui c’était facile… Je le reconnais. L’auteur nous présente un récit froid, brut et dur, peut-être même fataliste. Un constat direct que nous recevons en pleine figure! Pierre Lemaître agrippe rapidement le lecteur avec ce style étonnement prenant et nous joue un scénario qui va faire en sorte que le lecteur ne saura jamais où se positionner. Et c’est là que je veux en venir avec ce fameux coup de maître!

Je n’ai pas souvent eu l’occasion de lire un roman où à chaque étape tout change, tout se modifie et se remanie; le bourreau devient victime, la victime devient un monstre, le monstre, on finirait peut-être par le comprendre? Je ne vous en dis pas plus, mais attendez-vous à perdre vos repaires, à poser un pied dans le vide, puis les deux, et finalement tomber dans un gouffre gorgé d’interrogations et de frustrations. Pierre Lemaître se joue bien de nous, avec brio et adresse, sur un fond de violence, de morts, de tortures et surtout de vengeance. Oui car la vengeance devient l’élément dominant dans cette histoire.

Récit totalement déroutant et déconcertant; on se perd, on espère puis on fait incontestablement fausse route. L’auteur parvient – par cette façon d’échanger les rôles – à embrouiller nos sentiments, à désorganiser notre appréciation de la situation et à complètement perturber notre jugement. Nous irons jusqu’à nous demander quelle est véritablement la définition d’une victime, jusqu’à quel point une personne reste une victime et surtout où se situe réellement la frontière entre le bien et le mal; d’ailleurs, y a t-il vraiment une frontière qui existe? Venant juste de finir ce roman, je vous réponds sans hésitation; non.

Au début de ce récit, nous faisons connaissance avec Alex, jeune fille dans la trentaine. Faire connaissance est finalement un bien grand mot car nous ne saurons pas grand chose d’elle. C’est une très belle femme, solitaire, qui éveille bien des désirs. Beaucoup de monde se retourne sur son passage, et cet homme qui semble la suivre depuis quelques temps ne fera pas exception. Cet individu va l’enlever dans la rue, violemment la frapper et la séquestrer.

Alex finit dans un hangar désaffecté, un lieu de captivité froid et humide, en compagnie de cet homme sadique dont on ne sait rien non plus. Elle va se retrouver comme un oiseau en cage et je vous assure que ce n’est pas une image; suspendue à deux mètres du sol dans une sorte de petite cage artisanale, nue, en présence d’une meute de rats curieux et affamés, nourrie de croquettes pour chien et d’un peu d’eau. Des heures, des jours entiers. Toujours avec cet homme qui ne dit pas grand chose, juste peut-être: « je vais te regarder crever… ». Que veut-il?

Alex se bat comme elle le peut pour survivre, jusqu’à dégringoler peu à peu dans le désespoir, la détresse et le découragement. Quoi que… Malgré les violentes crampes qui surviennent, les muscles qui se tétanisent, malgré cet amas d’excréments qui se forment autour de ce cachot de fortune, Alex espère, se bat et s’interroge. Oui, car Alex semble parfaitement savoir pourquoi elle est là, mais elle ne nous le dira pas.

L’enlèvement s’étant déroulé devant un témoin, la police va rapidement être avertie. Le divisionnaire Jean Le Guen remet cette enquête au commandant Camille Verhoeven, flic que vous avez déjà rencontré si vous connaissez les romans de Pierre Lemaître. Verhoeven est petit, très petit. Il a arrêté de grandir à l’âge de 13 ans. Doté d’un caractère bien trempé et sympathique comme une porte de grange, ce flic ne demeure pas moins un excellent enquêteur. Son intuition, son esprit et son sens de la déduction seront essentielles pour mener à bien cette affaire.

Cette mission sur la disparition de la jeune fille, il ne la veut pas; bien trop impliqué émotionnellement. Car Camille souffre; la brèche qui s’est formée dans son coeur suite à l’enlèvement et la mort de sa femme Irène ne se referme pas et ses vieux démons reviennent le hanter continuellement. Dépression. Cette enquête, il ne la veut pas, mais il va l’accepter. Pourquoi? On ne le sait pas et Camille, il ne semble pas le savoir non plus. Mais peut-être en allant chercher au plus profond de lui-même, il sait que cette affaire sera une rédemption, une délivrance. Où peut-être pas…

L’enquête est difficile, ils n’ont rien pour avancer. Aucune demande de rançon, aucun avis de disparition qui pourrait correspondre, rien! Ils ne connaissent même pas le nom de la victime. Camille va principalement être secondé par deux de ses anciens coéquipiers, Louis et Armand. De drôles de phénomènes… Belles brochettes de personnages! Vous ne serez pas déçus croyez-moi. Une équipe atypique composée de flics merveilleusement complémentaires.

Camille Verhoeven va finalement découvrir le lieu de séquestration de cette femme inconnue. Oui mais voilà, la cage est vide, l’oiseau a réussi à s’échapper! Fin du premier acte…

Le récit change de rythme et cette jeune femme demeure introuvable. Les enquêteurs aimeraient comprendre, veulent la retrouver et veulent l’aider. Mais une série de meurtres barbares qui se succèdent dans plusieurs régions de la France ne va pas rendre la tâche facile, surtout lorsque tout ceci semble lié. Une série, c’est indéniable, car le mode opératoire est peu courant et extrêmement cruel, de quoi détruire les tripes et les entrailles! Les enquêteurs vont petits à petits rassembler les pièces du puzzle et le constat qui en résulte sera plus que troublant. Pour nous lecteurs, un constat atterrant et carrément dérangeant!

Lors de ce second acte, nous suivons Alex avec consternation, nous essayons de comprendre, nous essayons de retrouver nos repaires. Un mélange de haine et d’indulgence nous tiraille d’un côté comme de l’autre sans pour autant trouver un point d’appui pour reposer nos neurones qui fonctionnent à pleins régimes. Comme je vous l’ai dit au début de ma chronique, nos sentiments sont chamboulés, nous sommes les témoins d’actes totalement démesurés et nous n’avons qu’une seule question en tête; pourquoi??

Le troisième acte est l’aboutissement, tout s’explique et encore une fois, nous sommes totalement déroutés, mais aussi dégoûtés. Pierre Lemaître retourne encore une fois notre vision qui devient  totalement voilée par ces dernières révélations, douloureuses et tristes. Le dénouement nous dévoile des faits insoutenables, où encore une fois des sentiments tels que la haine, la répulsion et l’écoeurement nous envahi en secouant tout notre corps jusqu’à la limite de la nausée.

Alex et Camille, deux personnages clés dont les actes se succèdent tour à tour dans ce récit, deux personnes qui gardent en eux des séquelles de la vie, d’une enfance meurtrie, et qui tentent de vivre avec. Finalement, deux êtres qui se ressemblent sur certains points, un vécu familial qui déçoit, qui fait mal et dont la douleur restera ancrée à jamais dans l’âme. L’un de ces deux personnages a visiblement fait son choix pour y remédier et va nous le prouver.

Le final est brillant, et je m’avancerais même à prétendre qu’il est franchement parfait, d’une finesse qui m’a complètement scotché. Car l’auteur nous démontre par ce roman qu’un être humain meurtri et blessé n’oublie pas, ne pardonne pas et n’accepte pas; jamais… Bonne lecture.

« Alex », de Pierre Lemaître

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Un commentaire pour “« Alex », de Pierre Lemaître”

  1. avatar yomimasus dit :

    Je suis souvent dubitatif quant aux livres que l’on nous conseille…alors Merci ! car j’ai découvert un bon livre grâce à cette critique , mais surtout un bon auteur. Après avoir lu « Alex » de Pierre Lemaître, je me suis plongé dans ses autres romans (Robe de marié / Cadres noirs) et on est véritablement emporté. Alors n’hésitez pas, emportez avec vous un livre de Pierre Lemaître. Je ne suis pas un grand connaisseur de polars, mais je confirme que l’effet est garanti.

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