J’entends j’entends de Louis Aragon
16 avril 2008 par anselme
Que dire sinon qu’il s’agit d’un poème de Louis Aragon sublimé par l’ interprétation de Jean Ferrat…
J’en ai tant vu qui s’en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère
J’entends leurs pas j’entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi
Ce qu’on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m’arrache l’âme
Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond
Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J’y crois aussi moi par moments
Comme l’alouette au miroir
J’y crois parfois je vous l’avoue
A n’en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous
A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable
J’aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu’au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez
Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir que ce que dit ma bouche
Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens
Quelle heure est-il quel temps fait-il
J’aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile
C’est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d’un trou
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29 janvier 2009 à 14:04
plus que d’accord avec vous, Jean Ferrat a fait de ce texte la plus belle chanson du monde!
8 février 2009 à 0:20
Monsieur FERRAT, avec sa voix sublime et ses musiques grandioses ont ainsi permis au grand public d’accéder à la beauté des textes d’Aragon. Tr certainement bien mieux que bon nombre de lecteurs privilégiés où de pseudos critiques littéraires qui nous invitent eux,à ne pas mettre le nez dans un livre…
Jean FERRAT mériterait le panthéon. Nous sommes des millions en France à penser que son oeuvre est majeure. En cette période de crise et d’inculture radiotélévisuelle, de désert créatif, de niveau zéro dans la chanson française, la politique devrait récompenser hautement ce grand homme avant qu’il ne disparaisse à jamais de son Ardèche… N’oubliez jamais Mesdames et Messieurs les responsables, que c’est lui qui a chanté “Ma France” et “Nuit et Brouillard” entre autres… Quel ballon d’oxygène serait pour nous amdmirateurs, qu’il soit enfin reconnu comme le dernier géant après la disparition de Brassens, de Brel et de Ferré. Je suis triste et j’ai mal à notre culture populaire.
14 août 2009 à 10:44
Oui, Jean Ferrat devrait être plus fêté, plus célébré. Il suffit de voir le stand qui a été dressé à son honneur lors de la fête de l’Humanité, il y a quelques années. J’avais 18 ans, alors, et la ferveur du public, jeunes et vieux m’avait conforté dans l’idée que Jean Ferrat est une référence pour beaucoup de gens.
Malheureusement, la France est ingrate envers ceux qui l’ont si bien chantée …
18 septembre 2009 à 16:56
Le texte est admirable, la mise en musique (de Ferrat je crois en est parfaitement digne. Mais pour l’interprétation, essayez celle de Cora Vaucaire (enregistrée au Théâtre de la Ville avec un piano pour seul soutien). Bien plus oubliée encore que l’Ardéchois, cette grande dame qui a créé à peu près toutes les chansons de Prévert (dont les Feuilles Mortes) mérite autant que lui de se retrouver une fois dans un poste de radio. “C’est un rêve modeste et fou…”
9 décembre 2009 à 21:11
Voici des vers qui j’espère ne paraîtront pas trop déplacés ici, une manière d’hommage indirect à Louis Aragon que j’aime beaucoup.
Celle à qui ces vers sont dédiés les a reçus voilà quelques années, dans la maison ancestrale qu’elle occupe chaque été en Isère avec son petit garçon (Samuel qui alors devait avoir un ou deux ans).
Qu’elle se prénomme Elsa, que l’auteur des vers se prénomme Louis – c’est déjà amusant…
Mais que le grand-père de la dame ait été le médecin attitré des véritables Elsa (Triolet) et Louis (Aragon), que la maison d’été soit pleine de souvenirs offerts à leur toubib par l’illustre couple… !!! Cela fait beaucoup de coïncidences, ne trouvez-vous pas ?
Une maison aux volets clos, un rayon de soleil perçant l’ombre, et là une femme entre son petit garçon et ses livres… Voici les vers que je trouve fluides, avec un côté chanson mélancolique qui me touche beaucoup - qu’en eût dit Aragon :
On vous devine, au loin, dans votre coin d’Isère,
De quelques vieux bouquins soufflant sur la poussière,
Faisant voler dans l’air dix mille points dorés
Qu’un Samuel voit fuir d’entre ses poings serrés –
C’est un buisson léger qu’a suscité sa mère.
On vous devine, au loin, dans votre coin d’Isère.
On ne voit pas chez vous de « paysage laid »,
Mais un buisson d’écrits dont l’horizon nous plaît ;
Tout un écrin de noms pris entre ciel et terre –
Un Aragon d’Elsa ne pouvant pas se taire
Et lui donnant toujours quelque nouveau couplet…
On ne voit pas chez vous de paysage laid :
Mais un soleil riant triant sur le volet
Du mauvais grain le bon – de l’ombre la lumière,
Et le meilleur des mots soustraits à la poussière
Dont s’improvise en l’ombre un lumineux ballet –
Et dont retombe en vers la cendre qui volait –
Non tant pour amuser la dame Triolet
Que pour une autre Elsa, qu’on a voulu distraire.
19 janvier 2010 à 10:50
L’interpretation de Marc Ogeret merite egalement des louanges. Il fait confiance aux paroles de ce poeme extraordinaire sans essayer d’ajouter trop d’expression dramatique. On sent pourtant sa noblesse et sa passion.