Ecrivain Academy (2)

Critique de le 28 août 2008

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Vos textes

L’HISTOIRE
Interrogés par Kaikos, animateur emblématique de l’émission télévisée Ecrivain Academy, Hercule Freluquet, Tristan Folichon et Colombe Baroud, trois personnages charismatiques, profitent de la tribune qui leur est offerte pour présenter un extrait du roman qu’ils souhaitent voir publié et évoquent, tantôt avec humour, tantôt avec une émouvante sincérité, leurs motivations, mais aussi leurs désillusions d’écrivains en herbe.
Cette fable moderne, qui raconte le désir vital d’écrire et de faire reconnaître son hypothétique talent d’écrivain, où les décors, autant que les descriptifs de personnages sont totalement absents, débouchera sur un épilogue inattendu.

Pour en savoir plus :
http://editeur-ecrivain-academy.blogspot.com/
http://www.new.facebook.com/home.php?ref=logo#/group.php?gid=22077312053

Ci-dessous, le texte lu par Colombe Baroud, seconde candidate de l’émission.

Paris. Gare Montparnasse. 12h00.

– Bonjour. Je crois que je suis dans ce carré. Place 72. Oui, au fond près de la fenêtre.
Aïe. Pardon madame, vous venez de déposer votre valise sur mon pied.
Non, je vous promets que n’ai pas fait exprès de l’y placer.
Oui. Mon pied. Il était déjà là quand votre valise a décidé d’atterrir sur lui.
Merci. Oui ça y est, elle a redécollé.

Monsieur, votre écharpe occupe toute la largeur de l’emplacement pour les bagages.
Cela ne vous ennuie pas si je la déplace ? Si ? Je la déplace quand même.
Elle ne m’en voudra certainement pas. Oui, votre écharpe. Elle n’y verra pas d’inconvénient ? Elle ne va pas s’enrouler autour de mon cou et se mettre à serrer ?

Jules est enfin installé. Il découvre discrètement ses voisins. Face à lui, une femme.
Enfin le croit-il. À deux heures, un jeune homme qui dort déjà, les bras repliés sur son ventre et la visière de sa casquette masquant ses yeux, tel un cowboy épuisé.
Et à sa droite, un homme d’âge mûr, en costume. L’homme a l’écharpe qui s’étale.

La femme est forte. On ne dit pas grosse. C’est pas poli.
Bon, mais alors vraiment très forte.
Tellement forte, que sa poitrine proéminente lui sert de reposoir pour son magazine.
La tablette est relevée, pourtant son ventre frôle le rebord. Ses bras sont deux fois plus épais que ses cuisses à lui.
Épais de graisse, pas de muscle.
Si bien que lorsque que l’un de ces bras se lève, toute cette graisse pendouille, comme le va et vient cadencé d’un métronome.
C’est dans ces cas-là qu’on mesure le pouvoir de la gravitation. Quand la graisse d’un bras peut faire ce genre de trucs.

Elle respire fort cette dame. À chacune de ses inspirations, le magazine monte, puis redescend quand elle expire.
Mais attention. Pas une petite montée de rien du tout. Ha non. Une montée telle, que pour lire, ses yeux doivent suivre l’ascension du magazine.
L’ensemble est parfaitement coordonné.
La poitrine se gonfle. Le magazine suit le mouvement et monte avec elle. Et les yeux accompagnent le déplacement vertical du magazine. Puis rebelote en sens inverse.
Cela ne doit pas être facile. Souhaitons qu’elle n’ait pas la nausée.
La dame dégage aussi une odeur âcre à force de transpirer. Oui, en plus elle transpire.
La nausée sera plutôt pour lui.

Jules pense à l’intérieur de ses cuisses. Ses cuisses à elle. Il n’y pense pas volontairement.
Il existe des pensées plus plaisantes que les cuisses grasses et humides de cette dame. Certaines pensées s’imposent à vous sans vous consulter. Pour celle-ci non plus il n’a pas eu d’avis à donner. La pensée de ces deux gros jambons moites a sans doute cheminé quelque temps dans son cerveau avant de parvenir jusqu’à sa conscience.
Il y a bien eu quelques tentatives de barrage dans la zone de l’hypothalamus – « non, non, là, vraiment, désolé, on peut pas vous laisser passer ; ça craint trop ; le client va pas aimer » – mais les yeux de Jules en avaient déjà trop vus pour censurer l’analogie visuelle qu’il s’apprêtait à faire bien malgré lui.
Alors, la pensée a franchi toutes les portes. Elle est arrivée très exactement au moment où l’un des bras de la dame s’est levé pour allumer la petite lumière au-dessus de sa tête. Révélant par la même occasion dans l’éclat ocre et doux du faisceau lumineux, à peine dissimulée sous la manche, une touffe de poils noirs et luisants comme s’ils avaient été gominés.
Comment la pensée de l’entre jambe de la dame eut-elle pu ne pas naître et s’imposer à lui ? Comme cette dame impose ses rondeurs au carré du compartiment.
Ses formes occupent véritablement tout l’espace.
Y compris, donc, celui de son cerveau à lui.

Difficile de lui donner un âge à cette dame. 30, 40, 50 ans peut-être.
Il le sait bien Jules que ça manque de précision.
Elle pourrait parfaitement être née il y a 30 ans et avoir pris 20 ans en grossissant.
À raison de 2 à 3 kilos au moins par an, c’est possible.

Malgré ce qu’en pense Jules, la dame semble soucieuse de son apparence.
Lui ne voit pas bien à quoi cela peut servir. Elle a certainement un avis contraire ; la corpulence n’est pas incompatible avec la recherche d’une certaine élégance.
Jules estime qu’elle n’a pas dû chercher assez.
Ses cheveux sont courts et noirs. Elle est très bien coiffée. De petites boucles tombent délicatement sur son front massif et rose et l’on devine la mise en plis récente.
Elle porte un chemisier sans manche et à fleurs. Avec quantité de fleurs de toutes les couleurs.
C’est beau les fleurs. De préférence dans un jardin ou dans un champs.
Éventuellement sur un dessus de lit ou sur des rideaux pense Jules. Mais là, franchement. Jules se dit qu’elle a fait son chemisier avec les chutes du tissu ayant servi pour le rideau.

La dame arbore aussi une alliance à son doigt.
Ben oui une alliance. Elle est donc mariée se dit Jules.
Il tente d’imaginer l’aspect de son époux.
Il y renonce finalement. Son cerveau ne dispose pas de suffisamment de place pour les loger tous les deux.

La dame lit Closer. En regardant la couverture, il aperçoit N. Sarkosy et C. Bruni qui montent et qui descendent. Aucune allusion particulière à sa côte de popularité à lui.
La dame relève la tête et regarde Jules.

– Pardon. Oui, je regardais la couverture de votre magazine.

Elle propose de le lui prêter dès qu’elle aura terminé. Jules accepte bien qu’il n’en ait pas du tout envie. Il arrive parfois que l’on accepte les propositions polies de certaines personnes, simplement parce qu’elles sont gentiment proposées. C’est stupide. Mais c’est une forme de renvoi de politesse. Une façon d’entrer en contact.
Une manière de dire « oui, parlons-nous, échangeons nos points de vue sur la marche du monde, etc. ».
Jules repense aux cuisses de la dame. Il se dit que c’est parce qu’il a accepté le magazine.
Avec Closer sous les yeux, il craint que cette pensée ne s’éternise. En définitive, il voulait dormir un peu Jules. Maintenant, cela paraît difficile. Ce serait impoli vis-à-vis de la dame.

Elle avait une voix grave cette dame. Aussi grave qu’un chanteur de Blues. Sans doute fume-t-elle pour avoir une voix aussi cassée.
Qui a dit que la cigarette faisait maigrir ?

Voyant Jules, le regard dans le vide fixé sur la photo de Nicolas, avec un bloc et un stylo-bille en face de lui, la dame lui propose son magazine de mots croisés. Il n’en a jamais fait de mots-croisés Jules. Un acte de réflexion gratuit. Dépourvu de sens. Qui ne rend pas plus intelligent. Jusqu’à cet instant, il pensait malgré tout que seuls les érudits, les personnes dotées d’un certain niveau d’éducation se prêtaient au jeu.

En voyant la dame, il s’étonne maintenant que les personnes qui se livrent à cet exercice puissent en même temps lire – pardon – regarder Closer, ou autres imagiers people du même genre.
Un incommensurable besoin de repos de l’esprit sans doute. Après Closer, les mots croisés.
Après : Céline Dion : Enfin au soleil avec René.
La vérité sur le podium, en 7 lettres.
Heu… Truimse ? Non, truisme.

Cela l’a toujours épaté Jules, ce paradoxe de l’humanité. Cette capacité qu’ont certains individus de pouvoir à la fois s’extasier avec la jubilation d’un astronome venant de découvrir une nouvelle étoile, sur la photo floue d’une star mollement avachie sur une serviette de bain en plein soleil et en même temps de vouloir absolument activer leurs neurones pour trouver les mots proposés par d’improbables définitions. L’esprit du jeu avant les jeux de l’esprit sans doute.
Il finit par se dire que décidément les apparences sont trompeuses. Que cette grosse dame assise devant lui, cette grosse dame sans intérêt à priori, a peut être davantage à dire et à lui apprendre que ce que son apparence laisse supposer. Probablement énormément à lui apprendre.
Toujours est-il que la dame est gentille de lui avoir proposée ses mots croisés. Elle a dû penser qu’il s’ennuyait. Il se dit que c’est encore une attention délicate. Bien plus délicate que son apparence à elle.

– Non, merci Madame. J’étais en train d’écrire. À qui ? Heu, un peu à tout le monde en fait. À vous aussi d’ailleurs, pourquoi pas ? Et même un peu à moi. Mais surtout, j’écris pour tout le monde.

Il y eut un long silence.
La partie inférieure de la mâchoire de la dame se figea dans une expression de toon.
Ses deux mains reposaient l’une sur l’autre, prêtes à actionner un buzzer virtuel comme dans Questions pour un champion.
« Je suis un fou qui raconte des trucs bizarres à une dame qui ne comprend pas ce que je lui dit – qui suis-je ? ».
Jules expliqua qu’il était écrivain.
La dame fut rassurée.
Le monde reprenait son cours normal. (…)

Dépôt Cléo/SGDL des 10 juillet et 21 août 2008.
Ecrivain Academy (2)

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5 commentaires pour “Ecrivain Academy (2)”

  1. avatar Am dit :

    Non mais tu le fais exprès la….

  2. avatar Am dit :

    C’est toi qui a écrit ça ?

  3. avatar Am dit :

    Enfin que ce soit toi ou un autre je trouve çà insipide, (j’argumenterai, si tu le souhaites, lorsque j’aurai davantage de temps) mais j’aimerai déjà bien comprendre le contexte…

  4. avatar lislandais dit :

    Prends vraiment tout ton temps !
    Pour le contexte…
    a) tu remontes tout en haut et tu lis le préambule (c’est marqué « L’HISTOIRE »)
    b) tu clique sur le lien indiqué ci-dessous :
    http://editeur-ecrivain-academy.blogspot.com/

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