Unplugged, Apprivoiser l’éphémère. (Alexandra Varrin)

Critique de le 23 janvier 2012

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (5 votes, moyenne: 4,60 / 5)
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Roman

Unplugged c’est un fragment d’histoire. Celui d’une jeune femme qui démarre sa vie dans le monde actuel, et tente d’y trouver sa place.
C’est en narrant à la première personne, que Priss, alias Priscilla Lahaye, nous promène le long des sentiers gris d’un quotidien absurde, jonché de rêves déçus et de désillusions amères, que rythment seulement ses vaines tentatives visant à donner un simulacre de sens à un quotidien aussi ennuyeux qu’illusoire, qui interdit les espérances dont se nourrissent ses rêves et pensées égotiques.
Dans un monde qui évolue trop vite, qui change trop brutalement; dans un monde qui ment constamment et se ment surtout à lui-même, sous couvert de moyens de communications trompeurs et du système de valeurs tout aussi contestable que partage la nouvelle génération de ce siècle, Priss explore pour le plus grand plaisir du lecteur les failles béantes d’une société névrosée et vacillante, les plaies purulentes d’une géante idiote et orgueilleuse aux pieds cyber-argileux.
Je dis « pour le plus grand plaisir du lecteur » car c’est un fait : le lecteur ne peut rester insensible aux déconvenues que vit la pauvre Priss, sans esquisser au moins un sourire de satisfaction.
Son personnage est en effet aussi crispant qu’horripilant.
Egocentrique, narcissique et suffisante, toujours portée à nier l’individualité de l’autre, Priss est de surcroit idiote et naïve, une petite fille perdue qui tente de se rassurer en se faisant croire qu’appuyée par son indépendance critique, elle est plus que cela. Une sorte de prédateur cynique dont l’ombre allongée, à l’orée du cyber-bois des temps modernes, serait à la mesure d’un ego triomphant tout aussi démesuré.
Mais c’est faux.
Et il est possible qu’au fond elle le sache.

Castaneda disait que: « Ce que nous nommons réalité n’est qu’une façon de voir le monde », et la réalité que nous peignent les yeux de Priss en dit long sur la façon dont son créateur voit le monde.
Depuis sa prose suffisante, typique de la bloggeuse-moyenne-nétocrate-rebelle-et-moderne, tout en répétition et en adverbe, en passant par la personnalité caricaturale de Priss – jeune femme « rock’n’roll » fumant clope sur clope et tournant au valium – et jusqu’à la scène d’amour (de porno plutôt) résolument (mais maladroitement) provocante, sans omettre les différentes citations de Nine Inch Nails et de Marilyn Manson; les corrélations à faire entre Priss et Alexandra doivent être infiniment nombreuses, sans faire dans la psychologie de ruelle.
Il y a un peu de ce qu’elle est, et un peu de ce qu’elle voudrait être.
Finalement, l’esquisse d’une thématique existentielle centrée sur elle-même.
Une sorte d’ouroboros en crise, car elle souffre, Alex-Priss.
Elle souffre vraiment.

Il parait que « Quand on peut se regarder souffrir et raconter ensuite ce qu’on a vu, c’est qu’on est né pour la littérature. » nous dit Edouard Bourdet.
C’est sans doute vrai, et s’il importe peu de savoir si Unplugged est résolument autobiographique, il est cependant important de garder à l’esprit l’arrière-gout d’authenticité que porte l’ouvrage.
Car c’est là qu’est tout son intérêt.
Emblématique d’une époque charnière pénible, et dont les valeurs sont fragiles et éphémères. Pathétique, désespéré, et détestablement narcissique, il est le cri de naissance d’un Homme nouveau qui se cherche perpétuellement, et le cri d’agonie d’un autre, beaucoup plus vieux, qui s’est à jamais oublié.
Un portrait de l’Homme du XXIème, pitoyable et triomphant, tournant son visage « pixellisé » mais bien réel vers un avenir des plus incertains, perdu, et finalement, complètement déconnecté.
À lire.

Unplugged, Apprivoiser l’éphémère. (Alexandra Varrin)

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