« Troisième humanité », de Bernard Werber — tome 1

4 mars 2015 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 4,00 / 5)
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Roman

la-troisième-humanité tome 1L’introduction nous donne déjà un bel aperçu de ce qui nous attend dans ce roman, le 1er tome d’une trilogie dont le dénominateur commun est l’humanité. Une catastrophe naturelle, une réponse de la nature, très concrète; nous allons parler d’évolution. Thème fascinant; évoluer, peur de l’inconnu. Ne pas évoluer, stagner. Tout un programme.

Bernard Werber tisse son intrigue dans ce domaine complexe qui ne manque pas d’interrogations, englobé de zones d’ombres restant puissamment bien ancrées, encore à ce jour. Comment sommes-nous réellement arrivés là? Sommes-nous les premiers locataires humains de cette planète? Est-ce qu’il y en aura d’autres? Quelques réponses seront données par l’auteur, par ses propres pensées, bien entendu, ou plutôt par celles fournies par ses personnages.

Pourrions-nous avoir une certaine influence sur le futur et ainsi choisir une voie bien déterminée concernant l’évolution de notre propre espèce? Allez savoir. Ici, le monde scientifique et biologique se mélangera avec celui de la politique; ce dernier monde est représenté par un homme renvoyant une image très égoïste, opportuniste, tout en étant très impliqué par l’avenir. Pas uniquement le sien, – quoi que… – mais aussi celui de l’Homme, et à long terme. Ce personnage est le président français.

Quel est l’intérêt pour la sphère politique de s’intéresser au monde de la science? Peut-être pour pouvoir maîtriser, justement, l’orientation de notre évolution. A méditer…

Une forte pression sera omniprésente durant la lecture; quelques éléments nous conduiront peu à peu vers un probable drame à l’échelle planétaire. Une histoire de pouvoir – comme souvent! -, de religions – évidemment! -, de frustrations et de vengeances; les deux derniers termes étant le résultat évident des deux premiers. Non?

Nous serons toujours assez proches de l’Iran, par le biais des médias, un pays reposant sur de la nitroglycérine, un pays qui ne veut plus subir, surtout religieusement parlant. L’Iran est constitué de musulmans chiites, soit une minorité bien évidente face aux 90 % de musulmans sunnites qui l’entourent. La haute sphère religieuse, ainsi que le président de ce pays très instable, ne compteront pas en rester là.

Mais la réelle menace viendra peut-être d’ailleurs.

Tout débute en Antarctique, lors d’une expédition conduite par le professeur Charles Wells – le nom doit certainement vous dire quelque chose -, à la découverte du lac Vostok, un lac subglaciaire situé à presque 4000 mètres sous la glace. Dans un profond univers constitué de glace et de roche, ils vont faire une étonnante découverte susceptible de remettre en cause des théories scientifiquement bien solides, soit la source-même de notre humanité.

Une bonne baffe pour le monde scientifique.

Parallèlement à ce qui se trame tout au long du roman, nous avons la possibilité – la chance! – d’entendre, d’écouter et de prendre en considération les réactions concrètes d’une entité qui semble bien être notre planète en personne! Une planète qui s’interroge sur les agissements de l’homme, et ceci depuis bien longtemps. Une planète qui se défend, qui réagit comme elle peut, fragile et puissante à la fois. Des propos qui nous feront prendre une certaine conscience. Fascinant. Et cette Terre va « se mettre à table », si j’ose dire, et tout nous expliquer, depuis son commencement, jusqu’au nôtre.

Nous ferons la connaissance du fils de Charles Wells, David, qui est également chercheur, mais encore au stade d’étudiant. Ce jeune homme s’intéresse également au phénomène de l’évolution, plus spécifiquement en vouant un intérêt sur la taille de l’être. Il en fera une réelle recherche, aidé financièrement par l’Université de la Sorbonne, dans le cadre d’un concours basé sur le thème de l’évolution. C’est à cet endroit qu’il fera la connaissance d’Aurore Kammeler, une jeune étudiante issue d’une famille de scientifiques, chercheuse en biologie.

Charles Wells a découvert ce qu’il y avait avant; David Wells sera probablement impliqué avec ce qu’il y aura après. Avant et après quoi? Je ne vais tout de même pas tout vous dire.

Nous quitterons l’Europe en compagnie de David Wells pour gagner le continent africain et ainsi atterrir en RDC, où nous irons à la rencontre des Pygmées. Nous irons également faire un petit périple en Turquie, cette fois-ci en compagnie d’Aurore Kammeler, sur les traces des Amazones. Deux destinations pour comprendre un peu plus l’Homme.

Par ces deux personnages, ces deux voyages, nous allons apprendre beaucoup de choses venant de peuples en voie de disparition, des peuples qui s’adaptent sans doute un peu mieux que nous à leur environnement et qui peuvent dès lors nous en apprendre beaucoup sur l’art de vivre.

De retour en France, les deux jeunes chercheurs vont être approchés par une branche scientifique de l’Etat bien gardée secrète, pour une raison bien précise et bien curieuse. Ce qu’ils vont découvrir et comprendre dépassera largement, dans un premier temps, les limites de leur imagination de chercheurs. Ils contribueront ensuite à développer ce qu’ils viennent de découvrir, sous les ordres d’une femme atypique, charismatique, dont la lignée familiale a grandement souffert. Une femme qui voit peut-être les choses que les autres personnes ne veulent pas voir: un monde qui se casse la gueule. Quelles sont les solutions possibles?

Leur mission consistera à empêcher un événement de se produire, mais non sans risque. Ce qu’ils vont réussir à réaliser – ou pas -, sera franchement envoûtant, éblouissant, mais tout de même inquiétant! Je vous laisserai le soin de le découvrir par vous-même.

Par ce récit très engagé, Bernard Werber nous fait plus ou moins comprendre que nous sommes une civilisation de transition. Il y avait un avant, et il y aura sans doute un après. Mais les transitions, justement, comment permettent-elles de passer d’un environnement à un autre? L’auteur va nous l’expliquer très clairement dans son roman. Ce qui est fascinant avec sa théorie, c’est qu’elle n’est pas spécialement vérifiable et j’avoue que cela me plaît! Car, évidemment, bien que cette théorie semble sortir tout droit d’une fiction, elle est tout à fait plausible et brillamment étayée.

A ce propos, Bernard Werber insère dans son histoire des parties de « L’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu« , d’Edmond Wells, une encyclopédie fictive, mais réelle – je me comprends -, imaginée par l’auteur et présentée dans « la trilogie des fourmis« . Ces passages instructifs et précis apportent un crédit non négligeable dans les théories avancées dans ce récit.

A propos de théories, l’auteur apporte des éléments intéressants dans le corps de son intrigue, à savoir tout ce qui a trait à la taille. D’ailleurs, si on se réfère à quelques récits, Bible comprise, nous pouvons effectivement nous rendre compte qu’on y parle assez souvent de taille, de géants, notamment. Est-ce que nous sommes en train de rétrécir? Ou alors sommes-nous devenus plus petits que nos « ancêtres » pour mieux grandir ensuite? Ou alors est-ce encore autre chose? Ce sont des questions qui prendront un sens certain dans cette oeuvre.

Que faut-il faire pour perdurer et s’adapter aux nouvelles menaces dont, soit dit en passant, nous sommes les principaux auteurs? Est-ce une histoire de taille justement, de sexes même? Est-ce vraiment notre compétence de créer pour aider à s’adapter?

Justement, la manipulation génétique aura une grande place ici. Des manipulations qui font froid dans le dos, des méthodes dont la morale laisse une grande porte ouverte à la discussion et qui n’est peut-être pas une première. A méditer encore une fois…

Bernard Werber nous conduit à une puissante réflexion sur la création de l’humanité, et ceci avec des éléments carrément bluffants. Après cette lecture, nous n’avons plus vraiment la même approche nous concernant. Nous pourrons clairement nous interroger s’il est vraiment de notre ressort de créer une espèce humaine, ceci en nous prenant même pour des dieux. D’ailleurs, Dieu, quel qu’il soit, n’aura pas spécialement une grande place dans cette histoire. Encore une réflexion de plus.

Créer une humanité, biologiquement parlant, cela peut probablement être une éventualité. Mais créer toute l’âme humaine et les codes qui en découlent, c’est une autre histoire. La nature a ses limites, et je crois bien qu’elle n’aime pas trop être manipulée.

Néanmoins, dans cette histoire, des personnes aveuglées par leur travail – j’admets, très prometteur et destiné à créer « le bien » -, vont sans doute aller un peu trop loin. Ou peut-être pas?

Mais est-ce réellement les premiers à avoir commis cette erreur? Bon, finalement, dire que cela est une erreur, c’est carrément renier sa propre humanité. Vous comprendrez pourquoi je dis cela.

Bonne lecture.

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