Mélo (Frédéric Ciriez)

Critique de le 2 février 2014

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Roman

MéloA Saint Ouen (Seine Saint Denis), non loin de l’usine d’incinération, une Citroën Xantia est garée le long d’un trottoir dans une rue sinistre. Assis derrière le volant, on découvre le corps d’un homme avec un couteau planté dans le ventre. C’est un syndicaliste dont les bureaux sont situés juste à l’étage au-dessus de la célèbre agence de mannequins Elite… Parfait de Paris est conducteur d’une benne à ordures. En compagnie de deux collègues éboueurs, il ramasse les poubelles dans les quartiers nord de Paris et ramène sa collecte à l’incinérateur de Saint Ouen. La nuit, il devient « Sapeur ». Il ambitionne d’être le plus grand, le plus beau et le plus célèbre des « élégants » congolais de la capitale. Pour y parvenir il est prêt à toutes les dépenses et à toutes les folies… Barbara, élève d’une école de commerce, passe ses journées sur ses rollers avec, autour de la taille, un petit panier plein de gadgets, briquets et autres pacotilles fabriquées en Chine. Elle gagne bien sa vie et ambitionne de transformer son petit commerce en concept franchisé de plus grande envergure. Pour l’instant, elle attend un texto de son amie, apprentie cinéaste…

« Mélo » n’est pas un roman au sens classique du terme, mais plutôt l’addition de trois nouvelles, « Transfixation », « Transformation » et « Transaction », traitant de trois personnages transitant sur un périmètre fort bien et presque trop bien décrit. Le lecteur qui a vécu dans ces quartiers peut attester que peu de choses ont échappé à l’oeil d’entomologiste de Ciriez. L’ennui c’est que ces trois pseudos intrigues manquent de punch et présentent un intérêt inégal. L’histoire du syndicaliste laisse indifférent, celle de l’étudiante d’origine chinoise reste assez quelconque, bien que légèrement plus originale. Seule sort du lot, le destin de Parfait de Paris dans la mesure où il permet à l’auteur de décrire le monde des sapeurs, frimeurs et autres ambianceurs de Paris. Un microcosme peu connu du grand public où l’insignifiance rivalise parfois avec le mauvais goût, où le paraître l’emporte toujours sur l’être dans des débordements d’extravagance du look. De jeunes africains de milieu très modeste se rêvent héritiers du Beau Brummel, d’Oscar Wilde et autres dandys d’autrefois. L’espace d’une nuit, ils se métamorphosent en gravures de mode aux couleurs pour le moins voyantes, se lancent des défis d’élégance, surenchérissent dans les harmonies de matières et de couleurs, n’hésitant jamais à sacrifier plusieurs mois de salaire pour s’offrir un costume de grand couturier ou une paire de bottines d’un célèbre chausseur londonien. Parfait ira jusqu’à louer une Rolls-Royce Phantom ainsi qu’un boy blanc porteur d’ombrelle pour époustoufler ses compatriotes lors d’une simple soirée dans un foyer de travailleurs de Montrouge. La centaine de pages traitant du sujet tranche heureusement sur un ensemble plus terne. Enfin, un personnage qui a une vraie épaisseur, une réelle densité. Enfin, une prose qui prend toute son ampleur. Enfin, un auteur qui porte un regard bienveillant et empathique sur un homme qui prend une jolie revanche sur une existence morne et ingrate et peu importe si les moyens pour atteindre ce paroxysme de fierté sont discutables. Dommage que, passé ce moment de grâce, tout retombe aussi mollement qu’un soufflé dans un courant d’air.

3,5/5

Mélo (Frédéric Ciriez)

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