BARBEY D’ AUREVILLY Le bonheur dans le crime

Critique de le 27 septembre 2018

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Roman

Une des six nouvelles qui composent les Diaboliques, recueil paru en 1874.

Le récit s’ouvre sur un « flash-back ». A Paris lors d’une promenade d’automne au Jardin des Plantes, le docteur Torty croise un couple qui semble ne pas le voir. Il reconnait  le comte et la comtesse Serlon de Savigny. Le couple attire tous les regards par sa beauté, son charisme et la passion que le comte et la comtesse affichent l’un pour l’autre. Le docteur Torty raconte alors à l’ami qui l’accompagne les circonstances de sa rencontre avec ce couple bien des années auparavant. 

La nouvelle se présente en 3 « actes » pourrions nous dire.

Dans le premier c’est la rencontre entre le comte de Savigny et Hauteclaire Stassin, à un cours d’escrime dont elle est l’ enseignante. Hauteclaire est la fille d’un ancien prévôt reconverti en maître d’arme qui lui transmet sa passion pour l’épée. Sport noble dans cette petite ville de province, le cours de Melle Stassin est vite fréquenté par tous les nobliaux de la région qui s’empressent tant pour la qualité de l’enseignement que pour la beauté fière et l’allure superbe de Hauteclaire.

Un jour la jeune fille  disparaît sans laisser de trace. Comment l’expliquer ? Meurtre ? Enlèvement ou simplement la jeune fille a eu envie de changer de vie ? Les langues vont bon train dans la petite ville. Le mystère de cette disparition reste entier.

Dans le deuxième acte nous retrouvons le comte de Savigny dans son château, amoureux et marié  à une jeune femme de la noblesse locale. Belle et délicate elle porte la marque de sa naissance aristocratique dans ses manières dignes, hautaines mais sans prétentions: « C’était une de ces femmes de vieille race, épuisée, élégante, distinguée hautaine et qui, […..] semblent dire « Je suis vaincue du temps comme ma race je me meurs mais je vous méprise ». « 

Le couple coule des jours heureux dans sa propriété. Auprès de la comtesse une jeune femme de chambre dévouée à sa maîtresse entre en scène, ce n’est autre qu’ Hauteclaire qui se fait appeler Eulalie !  Il semble impossible au lecteur que le comte ne l’ai pas reconnue, lui qui suivait ses cours. L’évidence jaillit,  le comte a introduit Hauteclaire sa maîtresse auprès de sa femme afin qu’ils puissent vivre leur passion au quotidien, pour l’avoir près de lui. Un jeu pernicieux s’installe alors. Les deux amants sous le regard de la comtesse jouent avec le feu. Au risque de les trahir Hauteclaire rôde autour du comte, le provoque, attise sa passion. 

Un jour la comtesse, dont la santé fragile ne cesse de décliner, meurt empoisonnée. Sa femme de chambre aurait confondu sa potion habituelle avec un flacon d’encre.

Appelé au chevet de la comtesse agonisante, son médecin, qui n’est autre que le docteur Torty, recueille ses dernières confidences. Elle lui avoue qu’une idylle existe entre son époux et Eulalie la femme de chambre et qu’ils l’ont empoisonnée pour se débarrasser d’elle. Fière, elle avoue avoir bu l’encre mortelle volontairement par désespoir. Avant de mourir elle fera promettre au docteur horrifié de ne pas dénoncer les coupables pour ne pas salir le nom qu’elle porte, et entacher de scandale  la noblesse de province déjà affaiblie par la chute de la monarchie. 

Au troisième acte nous retrouverons le docteur Torty bien des années plus tard. Il a gardé le secret de la comtesse, et étant toujours le médecin du comte il lui rend visite régulièrement jusqu’à devenir familier du château. Le comte a bien sûr épousé Hauteclaire qui est maintenant la comtesse de Savigny. Le couple s’aime follement, passionnément, et rien ne semble entacher leur bonheur pas même l’ombre du crime qu’ils ont un jour commis : « Le comte et la comtesse ne voyagent point[….], leur vie se concentre toute entière dans ce château de Savigny, qui fut le théâtre d’un crime dont ils ont peut-être perdu le souvenir dans l’abîme sans fond de leurs cœurs… » Ainsi se termine cette nouvelle.

Des amants diaboliques qui fomentent le meurtre de l’épouse indésirable quoi de plus classique dans la littérature. Cependant l’auteur nous livre ici une nouvelle des plus sulfureuse. La force du mal réside moins dans l’assassinat de la comtesse que dans sa mise en oeuvre patiente et dans son impunité. Le plus pernicieux étant la complicité de la victime qui laisse faire ses bourreaux par fierté aristocratique.

La nouvelle tourne autour de quatre personnages qui vont chacun tenir un rôle dans l’issue fatale. La trahison du comte, la détermination d’Hauteclaire-Eulalie, le masochisme de la comtesse qui se laisse tuer pour l’honneur, et que dire du docteur et de son voyeurisme. En effet le Docteur Torty avait bien vite reconnue Hauteclaire dans la femme de chambre Eulalie, à tout moment il aurait pu prévenir la comtesse. Pourtant il n’en fera rien ! Pourquoi ? Par voyeurisme, il veut voir jusqu’où celà peut aller, sa curiosité est piquée par la cocasserie de la situation. Le docteur apparaît dans cette nouvelle comme le témoin silencieux de la passion des deux amants diaboliques. Mais qui est le plus diabolique dans cette histoire ? 

A sa parution cette nouvelle comme tous le recueil des Diaboliques ont fait scandale dans la société parisienne. On y condamna les mœurs décrites, l’immoralité des personnages. Mais ce qui choqua le plus c’est l’impunité du crime, la complaisance de l’auteur envers le vice qui est récompensé. Barbey d’Aurevilly s’en défendit, le mal selon lui ne pouvant être combattu qu’en le décrivant dans toute sa noirceur.

 

Détails sur BARBEY D’ AUREVILLY Le bonheur dans le crime

Auteur : Jules BARBEY D'AUREVILLY

Editeur : GF

Nombre de pages : 320

Format : 10*18

Isbn : 9782081309487

BARBEY D’ AUREVILLY Le bonheur dans le crime

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