Là où j’ai laissé mon âme : poignant

28 août 2011 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (3 votes, moyenne: 4,00 / 5)
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Roman

Des victimes peuvent devenir des bourreaux. Une histoire que raconte Jérôme Ferrari dans son sixième roman, Où j’ai laissé mon âme, Prix France Télévisions 2010. Un œuvre d’une très grande force sur la guerre d’Algérie, où l’auteur dépeint la psychologie de deux militaires, André Degorce et Horace Andreani réduits, tour à tour, à devenir tortionnaires pour sauver leurs peaux.

Pour Andreani, l’un de deux narrateurs (qui détaillent leur états d’âme dans des chapitres bien distincts), le lecteur comprend assez vite que la frontière entre l’idolâtrie qu’il disait ressentir envers son capitaine Degorce sur le front et la haine qu’il lui voue aujourd’hui est extrêmement poreuse.

1957, Alger. En effet, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani avec lequel il a affronté l’horreur des combats puis de la détention en Indochine. Aujourd’hui, Andreani est passé du statut de victime à celui de tortionnaire. Assumant parfaitement sa position, il reproche âprement à son ancien capitaine de ne pas avoir le même état d’esprit. Degorce, lui, semble rongé par le remords et la honte. « Je ne suis pas en paix », lit-on sous la plume de Jérôme Ferrari. L’insensibilité et le mépris qui caractérisaient Degorce en Algérie se seraient-ils transférés sur son lieutenant ? Comme par vengeance, « Vous m’avez blessé tant de fois », Andreani lui envoie en plein visage tous ses souvenirs, notamment une phrase que Degorce lui aurait lancée : « Un jour, cette guerre sera finie et vous et moi, nous serons de nouveau assis l’un en face de l’autre (…) et nous pourrons parler cette fois. Nous pourrons nous dire tout ce que nous n’aurons pas eu le temps de nous dire ici ».

Jérôme Ferrari, avec une glaçante intransigeance et dans une écriture pénétrante, invite le lecteur à s’interroger sur les ravages psychologiques qu’une guerre peut causer sur l’équilibre humain. Le soldat serait-il condamné à se déshumaniser pour affronter les affres de sa violence ? C’est la question que je me suis posée refermant la quatrième de couverture de ce livre-choc. Bien sûr, une multitude d’interprétations découle de cette lecture. Peut-être analyserez-vous l’histoire différemment ? Quelque soit votre ressenti, vous apprécierez sans doute la qualité de l’écriture et admettrez la difficulté de ce sujet : la nature fait se déshumaniser les combattants par temps de guerre pour les protéger d’une souffrance morale trop intense. Soit, mais le cas de Degorce montre que l’âme ne se guérit pas à coups de placébo. Sa froideur et son intransigeance ne l’ont prémuni qu’un temps. Aujourd’hui, 1957 : il est détruit.

On imagine donc le sort de Horace Andreani. La nature revient indubitablement.

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