« Innocenti », d’Eric Descamps

3 avril 2015 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 4,50 / 5)
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InnocentiEn 2011, Eric Descamps sortait son premier roman, « Alvéoles » – chronique -, un thriller qui avait suscité toute mon attention lorsque j’avais parcouru sa trame démoniaque. L’avis que j’avais donné à l’époque concernant ce premier livre était assez explicite, mais je profite de cette chronique pour affirmer encore une fois que j’avais bien été bluffé par la rapidité et surtout le rythme de cette histoire. Point fort.

Il s’agissait d’un techno-thriller dont j’avais failli manqué le départ, le démarrage étant plutôt rapide! Après m’être accroché in extremis au dernier wagon, je n’ai plus quitté le convoi; la preuve, j’ai embarqué pour un second voyage, une nouvelle expédition qui porte le nom de « Innocenti« .

Je ne vais pas tout vous raconter ici, ce n’est pas le but, mais plutôt vous expliquer ce que j’en ai retiré, ce que j’ai apprécié, ce que j’ai ressenti aussi. Dans un contexte général, je peux affirmer que ce nouveau voyage a clairement respecté les points qui correspondent à mes attentes. Oui, car lorsque nous plongeons dans le second bouquin d’un auteur qui vous a déjà conquis la première fois, les attentes sont bien là. Ne pas se reposer sur ses lauriers…

Dans ce thriller, j’ai retrouvé les qualités que j’avais relevées dans « Alvéoles« , soit un rythme soutenu – obligatoire pour moi! -, une intro rapide qui nous pousse violemment dans le dos, en nous faisant en plus un méchant croche-pied pour bien nous faire trébucher, la tête la première, dans l’histoire. J’ai remarqué que l’auteur avait conservé son style d’écriture, utilisant une plume apparemment équipée d’un turbo, pratique! Mais, surtout, j’ai aussi pu constater qu’Eric Descamps avait pris une certaine assurance, acquis de l’expérience, ce qui permet au récit d’être plus complexe, cadré et peut-être même plus subtil.

Et bien sûr, comme dans son premier roman, nous avons droit à un véritable « page turner »; que demander de plus!

Nous sommes vite dans le vif du sujet, avec des événements qui ne manquent pas de nous surprendre. De quoi parle-t-on? De femmes enceintes qui tombent comme des mouches dans la rue, lors de manifestations, mourant subitement d’une hémorragie interne.

Le décor est vite planté pour moi; une énorme machination, des flics tendus comme des strings et un jeune homme, consultant informatique, qui va jouer un rôle clé, impliqué malgré lui jusqu’au cou. Un vrai malade mental semble vouloir arriver à ses fins; à ce stade on se demande évidemment qui? Ou encore pourquoi? Mais aussi comment!

Sympathique entrée en matière dans l’univers de la police, par la présence de Vincent, ce consultant informatique qui se présente assez rapidement au lecteur comme étant un type brillant, mais tout de même un peu « Je m’en fout un peu de tout« . Son histoire personnelle qui nous est rapidement relatée permet de nous donner un cadre assez précis concernant ce personnage. L’avantage? Il nous est rapidement sympathique, du moins on se sent impliqués vis à vis de cet homme.

Une tension assez particulière nous tourne autours, les choses ne sont pas claires, on se pose pas mal de questions. J’admets que j’adore cet aspect-là du roman! La relation entre ce jeune homme et les membres de la police demeure assez ambiguë, nous comprendrons assez vite pourquoi. Tous les personnages mis en scène par l’auteur restent pour nous assez troublants, suffisamment pour nous faire douter sans arrêt. Bon point.

Le personnage de Vincent, ce consultant informatique, évolue bien, et vite. Nous apprendrons évidemment au cours du roman pourquoi il sera amené à s’adapter constamment face aux événements qui lui claquent dans la figure. A ce sujet, nous arrivons dans un contexte que j’adore, soit prouver son innocence en toute discrétion en faisant fonctionner ses méninges, puis sauver sa peau, et accessoirement découvrir la vérité!

En qualité de lecteurs méfiants, nous n’arrivons plus à faire confiance à qui que ce soit; mais en même temps, on compatit et on aimerait savoir ce qui se trame réellement, et au plus vite. Bon point.

La complexité de cette histoire devient fascinante. Des liens se créent, mais des liens assez fragiles car nous sommes tout de même un peu perdus. J’ai parlé avant de l’expérience que l’auteur avait acquise; nous nous en rendons justement compte ici. Nous sommes perdus, c’est vrai, mais l’auteur, lui, sait exactement où il va – il jalonne! – et, du coup, il nous guide avec une extrême discrétion. Résultat: nous ne sommes pas perdus, nous sommes juste désemparés et désorientés. Ca énerve, mais le challenge est bien là; lecteur, débrouille-toi pour comprendre dès que tu le pourras!

Cela tombe plutôt bien, j’adore les défis. Est-ce que j’ai pu relever celui-ci et ainsi déjouer les plans de l’auteur? Je ne vous le dirai pas!

Le volet informatique de cette enquête me passionne. J’adore cette sensation d’avancer peu à peu, totalement dépendant de la technologie, au gré d’une machine qui nous dévoile toujours un peu plus sur les faits. Je me suis franchement demandé où cela pouvait bien nous conduire. La réponse viendra aussi petit à petit, forcément, et nous conduira vers une direction un peu particulière. Concernant ce gros volet technologique, je peux constater qu’Eric Descamps n’est pas en reste. Déjà dans « Alvéoles » il nous avait prouvé que ce domaine n’avait pas de grands secrets pour lui. J’irais encore plus loin, cela doit même le passionner et ceci se ressent dans le récit, bien évidemment.

Cette partie technologique du roman a trait à la surveillance de personnes, c’est assez palpitant. A se demander où sont les limites. Bien évidemment, lorsqu’on parle de surveillance de personnes, on fait carrément le lien avec une certaine série télévisée, que j’adore, je l’avoue! Je ne vous dirai pas laquelle, peut-être alors juste un indice:

« On vous surveille. Le gouvernement possède un dispositif secret, une machine. elle vous espionne jours et nuits, sans relâche. Je le sais, parce que c’est moi qui l’ai créée. Je l’avais conçue pour prévenir des actes de terrorisme, mais la Machine voit tout… …. mais victime ou criminel, si votre numéro apparaît, nous vous trouverons. »

Le lien avec la série s’arrête là. Je ne veux pas que vous croyez que cette série américaine s’est inspirée du roman d’Eric Descamps! Ou alors peut-être que si… ? 😉

Le dénouement est subtil et diabolique. Quelle folie! Ce défi que je m’étais lancé – bon ok, le défi que l’auteur m’avait lancé! – de résoudre cette intrigue, est tombé à l’eau, et bien profond. Bien que l’auteur m’ait mené en bateau tout au long de ce récit, je n’ai pas réussi à atteindre l’autre rive. Je n’ai pas su voir venir, et c’est peut-être aussi bien comme ça.

Je vous donne peut-être quelques indications pour pouvoir dénouer cette intrigue mieux que moi (bonne chance); la folie de l’homme est sans limite, ses traumatismes sont indestructibles et immuables, notre corps ou notre esprit n’oublient jamais rien. Pour arriver à ses fins, un être est sans doute prêt à dépasser toutes les limites, surtout s’il n’est probablement pas conscient de ce qu’il est en train de faire.

Voltaire a déclaré un jour:

« Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste; celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique. »

Bonne lecture.

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