En l’absence des hommes, Philippe Besson

4 septembre 2008 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (13 votes, moyenne: 2,62 / 5)
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Roman

besson.jpgPour faire mes premiers pas sur ce site des plus intéressants, un petit texte que m’a inspiré l’oeuvre de Mr Besson citée ci-dessus…

Ca y est, c’est le moment. Je range le livre dans ma bibliothèque. Ma bibliothèque.Besson, Philippe. Il sera placé entre Le Rire de Bergson, et la Psychanalyse des contes de fées de Bettelheim. Ordre alphabétique, simplement, linéaire, fluide dans lequel on se laisse étirer. J’avais tenté divers classements : un rayon poésie par-ci, théâtre par-là, romans ailleurs, dans lesquels venaient se perdre autres ouvrages de psychologie, sociologie, anthropologie… Un rangement-fouillis à en perdre la tête, qui nous fait vite revenir à l’ordre alphabétique, tout simple, où chaque auteur est pris pour ce qu’il est : l’écrivain. Pas le dramaturge, le poète ou l’essayiste, mais l’homme avec qui nous avons partagé un moment à travers son écriture.

Aujourd’hui c’est donc Philippe Besson qui devient l’un de mes hôtes. En l’absence des hommes m’aura submergée l’espace de deux jours à peine, se conférant ainsi le droit de prendre place dans mon univers propre. Monsieur Besson, toutes mes excuses, votre livre est maintenant le mien ! Toutes ces femmes, tous ces hommes réduits en petits volumes sur mes étagères, je me les suis appropriés. Ils ne sont pas ma propriété, non, mais ils s’inscrivent dans ma légende personnelle, et je peux dialoguer avec eux de manière intemporelle. Chacun de ces ouvrages n’est pas là par hasard, ou pour meubler, mais a mérité sa place. C’est le sens qu’il a pour moi qui lui offre le séjour dans ma bibliothèque.

Croc-blanc de Jack London pour le voyage dans le Wild, et la réflexion sur l’état homme-animal ; « Les Chimères » de Nerval pour les vers du Desdichado errant dans lequel je me retrouve ; Virginia Woolf, seule personne dont je me sois sentie réellement proche, et aujourd’hui Philippe Besson dont En l’absence des hommes arrive comme un assemblage du puzzle pour la personne que je suis, qui se chercher et se construit ; et pour bien d’autres aspects encore.

Pour Arthur, par exemple, soldat appelé à la première guerre mondiale, qui écrit à son amant de l’oublier, de trouver quelqu’un sur qui la menace de la mort ne plane pas. Vincent, recevant ces mots de désespoir, lui répond immédiatement qu’ « on ne décide pas d’oublier celui qu’on aime ». Sa lettre arrivera à destination le lendemain de la mort d’Arthur.

Si c’est au départ la description d’un amour presque palpable qui m’a empêchée de fermer le livre, c’est ensuite la manière dont la relation évoluait. J’ai découvert plus profondément Vincent, le jeune garçon de seize ans qui me racontait son histoire et que j’avais au départ du mal à cerner dans sa relation naissante avec Arthur, et d’apparence surtout charnelle.

Puis j’ai réalisé qu’Arthur pouvait mourir. Je m’en suis rendue compte avant Vincent qui, lui, n’en a vraiment pris conscience qu’après la dernière lettre de son amant. Puis Arthur est mort. Sans avoir pu lire la lettre de Vincent.

J’ai posé le livre un instant. J’en ai voulu à Besson, à la cruauté de son récit. J’ai laissé couler quelques larmes pour la première fois. Puis je l’ai aimé pour ça, et j’ai repris ma lecture.

Malgré l’impossibilité de quittes l’œuvre, il m’a fallu faire une pause. L’émotion prenait le pas sur la réalité. Je m’en voulais d’avoir mis autant de temps à réaliser qu’Arthur pouvait mourir. Après tout, il était soldat au front… Et d’apprendre sa mort juste après avoir compris que celle-ci était probable, tout se passait trop vite tout à coup. J’ai souffert aux côtés de Vincent, tant que je n’aurais pu l’épauler si j’avais été moi-même un personnage de Besson. Je suis, aujourd’hui encore, en train de faire mon deuil du jeune soldat de vingt-et- un ans.

Je me suis rappelée, aussi, que tout cela n’était pas que fiction, que bien des histoire similaires avaient dû se dérouler durant les guerres, que la cruauté ne venait pas de l’écrivain, mais de la réalité humaine dans laquelle il avait puisé son récit.

Voilà pourquoi, Monsieur Besson, je vous mets aujourd’hui dans ma bibliothèque, pour ce que vous m’avez fait, et je vous en remercie.

Ma bibliothèque n’est maintenant plus du tout la même. Je la vois grandir peu à peu. Elle devient l’un de mes reflets, car elle contient diverses facettes qui sont les miennes. Ce ne sont pas les particularités de chaque auteur mais la manière dont je me les suis appropriées qui me révèle petit à petit une partie de ce que je suis. C’est une véritable relation, multiple, intemporelle, intouchable, mais qui nous apprend, sur nous, sur le monde, sur l’autre.

Qu’on me dise que la littérature n’est que repli sur soi, je répondrai ainsi : avez-vous côtoyé et, surtout, échangé ainsi avec autant de personnes, avec une seule personne ?

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