Demain j’aurai vingt ans Alain Mabanckou

24 août 2010 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (284 votes, moyenne: 3,99 / 5)
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Roman

mabanckou.jpegHistoire d’un petit garçon attaché à sa mère et qui se choisit un père, un jour où sa maman vend des arachides au Grand Marché de Pointe Noire. Les mots de l’enfant sont un véritable condensé d’identification à l’homme.

 « Mais maman Pauline sentait que cet homme-là ne venait pas seulement pour acheter des arachides. Il avait quelque chose d’autre dans la tête car il regardait trop là où les hommes aiment regarder les femmes et s’imaginer des choses que moi aussi je vais imaginer quand j’aurai vingt ans. » (p.97) 

Voyage au plus profond de l’identité personnelle avec cet homme que l’enfant se désigne comme père

 

« Maman Pauline me jure que c’est à ce moment là que j’ai souri à cet homme. Et, toujours selon elle, si j’avais souri, c’est pour dire : Maman, tu viens de trouver ton homme, ne le quitte plus, je veux qu’il soit mon père, mon vrai père, car un homme qui me sourit comme ça ne peut pas nous abandonner un jour, en plus c’est pas un gendarme, donc il n’a pas de pistolet pour te menacer comme dans les films » ( p.98)

 

Michel, le jeune narrateur abandonné par l’auteur de ses jours, un gendarme coureur et violent, forme un couple avec sa mère avant d’encourager cette triangulation : maman Pauline, papa Roger et leur enfant.

 

 Et c’est ainsi qu’Alain Mabanckou se glisse dans la peau de l’enfant qu’il fut, tout en se projetant vers ses 20 ans.

 

 Il écrit ces lignes en posant la place du passé comme indissociable du bonheur.

 

 D’autres l’avaient fait avant lui. Paul-Jean Toulet par exemple. L’intérêt du livre de Mabanckou, outre qu’il est actuel, réside dans une forme d’universalité de la pensée enfantine, celle qui, dans son développement est invariable dans tout les pays du monde.

 

Mabankou met tout son talent à plonger dans le langage et la pensée du jeune enfant qu’il a été. A le lire on sent le bonheur, mais aussi la souffrance de ces retrouvailles fantasmatiques avec des parents tant aimés mais maintenant disparus. Le livre leur est dédié ainsi qu’à son ami Dany Laferrière, autre chasseur de souvenirs d’enfance.

 

Histoire racontée à l’aide de la pensée magique d’un enfant, nimbant de merveilleux et d’extraordinaire les circonstances de la vie à Pointe Noire. Je ne vois guère d’autre exemple dans la littérature francophone de mise en valeur de la pensée magique de l’enfant. Elle existe toujours, même dévalorisée et masquée par l’idéologie dominante de l’adulte moderne.

 

Louis, le jeune narrateur, comme tous les enfants du monde, rêve et parle avec cette pensée magique. Vous aussi, quand vous étiez enfant, avez cru que la force de l’esprit pouvait modifier le cours des évènements et, peut-être même le croyez-vous encore. Si vous êtes africain, vous avez la chance de le ressentir davantage que moi.

 

Version africaine du livre de Jean Piaget, Le langage et la pensée chez l’enfant ? Dans le livre de Mabanckou, je trouve de superbes exemples de pensée magique que le maître de la psychologie n’aurait pas reniés. C’est l’équipe de football des Caïds de Tié-Tié, gagnant un match de football parce que des joueurs invisibles soufflent sur le ballon.

 « Je savais de toute façon que cette équipe allait gagner puisque le féticheur avait fait tomber la pluie pour bien mouiller les fétiches des Dragons de Voungou et les rendre impuissants » ( p.162) 

Croyance de l’enfant convaincu que le monde se partage entre les méchants et les gentils. Croyance universelle. Les méchants doivent être punis, surtout ce vilain Monsieur qui fait tellement rire maman Pauline.

 « Je ne l’avais jamais vu rire de cette façon avec papa Roger. Qu’est-ce que ce type avait de plus que mon père, hein ? Donc j’ai pris un sachet de sucre, je suis allée derrière notre parcelle où le vilain monsieur avait garé sa vieille mobylette, j’ai vidé le sachet dans le réservoir d’essence » (p.39) 

Souffrance et colère de l’enfant découvrant le désir que sa mère suscite : «  Il m’arrive même de prendre une pierre, de viser un type qui siffle ma mère » (p.37)

 

J’ai avalé les 382 pages du livre d’un seul trait. Une fois refermé, je me suis pris à regretter que ma culture personnelle ne me permette pas d’évoquer mon passé avec autant de spontanéité.

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