[Angor], de Franck THILLIEZ

24 septembre 2014 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 4,00 / 5)
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AngorFranck Thilliez nous offre un thriller bien documenté; nous entrons dans un univers que je ne connais que très peu, un monde intérieur, celui de nos organes, principalement, mais plus précisément du don d’organes. La vie contre la mort, voir plus spécifiquement l’inverse. Après cette lecture, je me rends compte que ce secteur mérite d’être mieux connu, compris, afin que nous puissions palier au manque qu’il engendre dans le domaine. Allez, je le dirai qu’une seule fois, promis; faites le nécessaire, organisez-vous pour que vos organes puissent être prélevés le jour où ils ne vous serviront plus!Parenthèse – importante! – fermée, entrons dans le vif du sujet, justement.

Août 2012. Camille Thibault, du centre d’investigation criminel (CIC) de la gendarmerie de Villeneuve d’Ascq, greffée du cœur, fait toujours le même cauchemar depuis quelques temps, depuis sa greffe, au fait. Une jeune femme semble l’appeler au secours, depuis un endroit sombre, une main tendue depuis le néant. Peut-être plus qu’un rêve.

Nous rencontrons et nous faisons connaissance avec ce nouveau personnage, Camille, jeune femme fragilisée dans sa santé, mais dotée d’une grande détermination, elle ne lâche rien. Cela vous fait-il penser à un autre personnage – une autre tête brûlée -? De plus, cette femme a la capacité de développer un sens unique – désolé… – face à une scène de crime, une vision détaillée mais aussi globale sur ce qui la compose. Un très bon élément qui sait écouter ce qui l’entoure et ainsi l’exploiter. Mais écouter ce cœur qui lui appartient désormais, malheureusement avec un corps qui n’en veut pas trop, sera aussi pour elle un grand challenge, voir une souffrance permanente.

Prouver qu’elle est faite pour ce job, capable de servir sur le terrain, est devenu son petit combat personnel qu’elle doit livrer continuellement. Un combat plus général s’offre également à elle depuis l’enfance; vivre avec son handicap, voir vivre tout court.

Avec son collègue, le puissant Boris Levak, elle va se rendre sur les lieux d’un homicide, perpétré dans son secteur d’action, soit le nord de la France. Un jeune homme a été retrouvé étranglé. Mais une seconde victime, en quelque sorte, sera également présente sur les lieux; elle-même, victime d’une attaque cardiaque. Ses jours sont désormais comptés.

Pour Camille, un énième combat débute, une quête intérieure, si j’ose dire, un sentier jonché de racines qui la conduira peut-être vers des réponses qu’elle attend, mais qui ne veulent pas venir, ou qui ne peuvent pas venir. Son existence va se transformer en obsession, un cheminement qui ne sera pas trop carrossable, une route tellement brûlante que le bitume va fondre intégralement, ce qui va la ralentir, et surtout tenter de l’engloutir. Camille va mettre à jour quelque chose de bien sombre, sans le vouloir vraiment, en tout cas au début.

Parallèlement, nous retrouvons évidemment nos deux héros Franck Sharko et Lucie Henebelle que vous connaissez, je pense, depuis bien longtemps à présent. Deux flics malmenés et torturés par un passé autant professionnel, que privé voir intime, qui ne leur a pas vraiment fait de cadeaux jusqu’à présent. Ces derniers arriveront finalement sous la forme de petits jumeaux, Jules et Adrien, deux petits garçons qui vont à présent donner une nouvelle énergie pour nos deux flics un peu cassés de partout, surtout au niveau psychologique!

Un cadeau oui, mais deux petits êtres qui vont tout de même engendrer quelques contraintes… collatérales? Pour Sharko, la peur au ventre à chaque intervention à risque, et pour Lucie, l’incapacité de retourner sur le terrain, évidemment!

Mais voilà, Lucie, vous la connaissez non? Vous l’imaginez en train de changer des couches, secouer des hochets ou encore donner le biberon, se reposer, pendant que son mec est sur une grosse affaire sordide? La réponse me semble évidente, en effet. Lucie gardera toujours son instinct de traqueuse, de chasseuse, au même niveau que celui de mère au foyer, voir peut-être même un cran au-dessus. Un besoin somatique et psychique total pour cet être qui ne lâche rien! Vous n’avez pas déjà vu cette dernière phrase plus haut dans ma chronique?

Concernant l’ambiance vie de famille avec deux petits garçons jumeaux, Franck Thilliez nous la fait ressentir d’une manière assez réaliste, et vise surtout assez juste pour ce qui est de l’organisation. Je suis un très bon jury sur ce coup-là, étant moi-même père de garçons jumeaux. Je ne peux que leur souhaiter beaucoup de patience pour la suite! Finalement, manquerait plus que ma femme s’engage dans la police et la situation familiale serait assez similaire!

Enfin pas tout à fait, car le genre d’appel que reçoit Franck Sharko durant la séance de biberons, je ne l’ai encore jamais reçu dans le cadre de mon job! Son intervention est demandée suite à la découverte d’une femme, visiblement séquestrée depuis longtemps, dans une sorte de cavité, sous un arbre. Cette pauvre fille, devenue même aveugle suite à son conditionnement, a été retrouvée par des employés des forêts qui étaient chargés de faire le bilan des dégâts suite à un violent orage. L’arbre déraciné a permis de découvrir cette sordide prison constituée de pierres, de terre et de galeries, une vraie taupinière. Un matelas, des chaînes, des conserves par centaines, de l’eau, des boîtes d’allumettes vides, une caméra…

La propriété qui se trouve au-dessus de ces galeries souterraines sera le point de départ d’une enquête qui va clairement démontrer que nous avons à faire à des personnes dérangées, excessivement mauvaises, cruelles, nourries par le mal à l’état pur, mais aussi cultivées et habiles médicalement parlant.

Camille, par ses recherches sur son identité organique, va se rapprocher d’événements inquiétants. Des événements qui, vous pouvez bien vous en douter, vont rassembler tous nos personnages. Une approche intéressante, subtile; Un croisement de chemins qui apparaît sous une épaisse poussière soufflée par un vent qui a dû parcourir pas mal de kilomètres en faisant tomber quelques barrières bien mises en place par l’auteur. Franck Thilliez nous fait pas mal douter lors de ce cheminement, surtout concernant un personnage clé, dont je ne vais pas parler. Je ne veux tout de même pas tout vous dire.

L’auteur a mis en place une énigme vers laquelle plusieurs protagonistes vont s’approcher, depuis des directions différentes, avec des moyens différents, et surtout avec des motivations différentes. Un grand travail d’équipe, mais constituée de membres qui n’ont pas eu l’occasion de se consulter, qui ne se connaissent d’ailleurs même pas pour certains; soit, chacun sa propre contribution. Tous vont y parvenir, mais non sans risque, évidemment. Ils vont suivre des lignes convergentes qui mèneront vers un point qui est loin de représenter le point final.

Je ne veux pas trop vous en dire sur l’enquête, peut-être juste qu’il faut aller chercher du côté de la médecine, sa déviance, par des manipulations peu orthodoxes.

Une fois de plus, l’auteur, notamment à travers le personnage de Camille, nous donnera une bonne quantité d’informations sur le fonctionnement de la machine humaine, ses rouages, ses défauts de fabrications, ses merveilles aussi, mais surtout sur sa centrale électrique, le coeur.

Camille est une greffée du coeur, nous allons apprendre pas mal de choses dans ce domaine, autant au niveau médical qu’au niveau de la structure qui gère le cheminement d’une greffe. La joie, l’espoir, la vie, parfois, mais aussi l’attente, la douleur, le désespoir et la déception, la mort, souvent.

Franck Thilliez va aller encore un petit peu plus loin en nous orientant vers un phénomène troublant; la mémoire cellulaire. Le corps, ses cellules, auraient la capacité d’emmagasiner par mal d’informations, surtout les émotions, et de les stocker ensuite sans que nous nous en doutions vraiment. Je suis allé vérifier à gauche et à droite ce que je pouvais trouver comme information sur la mémoire cellulaire et apparemment c’est un phénomène qui serait connu, tout en restant assez trouble.

Franck Thilliez s’en est accaparé pour la trame de son roman, et je dois admettre qu’une fois passé entre ses mains, ce processus de notre corps devient passionnant, troublant bien sûr et surtout flippant. L’auteur ira encore un peu plus loin, vous verrez.

L’ADN, les greffes d’organes, de tissus; l’auteur utilise ce que nous possédons au plus profond de nous-même pour confectionner quelques pièces du puzzle que nous devons constituer pour atteindre la vérité. Les enquêteurs devront en faire autant pour tenter d’arrêter une machine bien lourde qui n’est pas prête de s’arrêter.

Franck Thilliez nous mène également vers l’art de la dissection; dans les lignes de ce roman, vous pourrez constater qu’il s’agit d’un art qui n’a pas toujours été exécuté dans les règles, si on se réfère aux origines de cette pratique. L’auteur nous fournit moult informations, étayées par des faits et personnages bien réels. Tous ces paramètres s’imbriqueront évidemment dans l’intrigue, je vous laisserai le soin de voir de quelles manières. Ouvrir un corps, à l’origine, c’était plutôt mal perçu! Mais au fil du temps, c’est devenu, comme aujourd’hui, une activité nécessaire. Mais ce qui n’a jamais vraiment changé, je crois, c’est cette fascination pour la mort.

Toujours concernant la mort, l’auteur nous fait part d’un phénomène que j’estime préoccupant et surtout abject, au sujet des tueurs en série, et qui, encore une fois, existe réellement, malheureusement. Il s’agit d’une histoire de fascination et d’enrichissement. Cette pratique à un nom bien distinct, je ne le dévoilerai pas, histoire que vous puissiez en profiter pleinement!

Vous aurez également la possibilité de voyager un peu et de sortir de l’Hexagone, mais pas forcément pour prendre du bon temps. Vous allez plutôt suivre une même continuité, soit à l’opposé des belles choses de la vie. Ah pour ça Thilliez a de la constance! Toujours dans le cadre de l’enquête, nous irons faire un tour en Espagne, le temps de quelques pages. L’auteur nous place face à une honte nationale, une tragédie qui a frappé le pays, ceci depuis l’époque de l’Espagne de Franco. Là encore, rien de réjouissant, et encore une fois, c’est bien réel!

Si vous avez un peu suivi ce qui se passe autour de vous, vous devez alors savoir pertinemment de quoi je parle.

Vous vous envolerez aussi vers l’Argentine qui, soit dit en passant, n’a pas à se réjouir de son sort non plus, étant elle-même pas très catholique! (Dans le sens figuré donc…). Quelques réponses se trouveront dans ce pays d’Amérique du sud et ce que nous y trouverons, aux côtés des personnages, relève de l’abomination totale. Encore une fois, est-ce vraiment de la fiction?

Comme vous pouvez le voir, bien des sujets extrêmement pertinents sont mis à plat sur la table, sans retenu, par un Franck Thilliez qui, d’une certaine manière, dénonce bien des aberrations, perpétrées par des pourritures pas vraiment nobles, en les déterrant à coups de pioches. Concernant certains faits historiques ou même pas si lointains, aucune matière ne sera jamais assez dense et lourde pour recouvrir de telles moisissures et perversions. Oui d’une certaine manière, il s’agit d’un bel hommage aux victimes qui en ont bavé et qui méritent quelques lignes pour ne jamais être oubliées.

La mort dans tous ses états, sans état d’âme, d’ailleurs l’âme ne semble même plus habiter qui que ce soit, autant pour les morts que pour certains vivants; la mort à l’état brut, des brutes manipulant la mort en s’octroyant le titre de juges suprêmes.

Concernant Lucie et Franck, c’est toujours assez complexe, mais il faut reconnaître que lorsqu’on est une tête brûlée, on s’enflamme immanquablement les ailes qui nous permettent de rester au-dessus de l’eau. Pour eux, ce n’est pas une tête brûlée que nous avons mais deux! Une addition simple mais incompatible avec une vie de famille, avec des responsabilités vis à vis de petits êtres qui attendent à la maison. Il faut faire des choix dans la vie; s’exposer ou assurer. Ce choix ne semble pas encore appartenir à ce couple qui, me semble-t-il, ira chercher encore bien longtemps où se trouve son propre intérêt et sa raison de vivre.

Le dénouement est à l’image du reste du roman; inquiétant. L’absurdité, l’appât de gain, la course au pouvoir suprême, et surtout la recherche du mal absolu ne semblent avoir aucune limite pour certaines personnes. Et surtout, tout n’est pas fini, le point final n’est pas encore atteint, il glisse sur une eau un peu agitée, sans qu’on puisse l’attraper, et on ne sait pas vraiment où se trouve la berge, soit où il va s’arrêter.

Franck Thilliez n’a pas encore dit son dernier mot, mais là encore, je pense que je ne vous apprends pas grand-chose.

Bonne lecture, si le coeur vous en dit!

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3 commentaires pour “[Angor], de Franck THILLIEZ”

  1. avatar Mick dit :

    J’ai 19 ans et ne lis que les livres de Franck Thilliez que je fini en un ou deux jours, suis-je fou ou fan ? Je ne sais pas

  2. Simplement fan, je pense.. Enfin j’espère pour toi 🙂

  3. avatar lu dit :

    Tres tres bon roman! Encore une fois Franck Thilliez nous accroche et nous passionne…! Effectivement les sujets sont super intéressants et les personnages récurrents fideles a eux meme!!! Bref 10/10!!!

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