Lénine

Critique de le 10 septembre 2020

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (Pas encore d'évaluation)
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Histoire

Robert Service enseignant à l’université d’Oxford, publie en France le deuxième tome d’une trilogie. Le premier tome, « Trotski », fut édité en France en 2011 ; et celui-ci fut publié en 2000 en Grande-Bretagne et seulement cette année, en 2012 en France ; en attendant donc le troisième volume consacré à Staline.
Pour cette trilogie, Robert Service a largement pu utiliser les Archives de Moscou. En effet, par une chance extraordinaire, alors qu’il réalisait un ouvrage sur la politique Léniniste, il se trouvait à Moscou en 1991 après l’échec du Putsch contre Gorbatchev, au moment de l’effondrement de l’U.R.S.S. qui a permis l’ouverture partielle et momentanée des Archives Centrales du Parti d’Union Soviétique. Hormis le célèbre Testament de Lénine (connu depuis longtemps maintenant), on découvre des lettres : de sa mère, de ses sœurs, de sa femme, de sa maîtresse, etc., ainsi que des documents d’époque : les minutes du Politburo, du Comité Central, des Conférences et des Congrès, ainsi que des télégrammes et ordres écrits de Lénine, etc..

Dans une Russie extrêmement pauvre de la fin du 19ème siècle, soumise à des siècles d’autocratie Tsariste (remontant même bien avant les 300 années d’impérialisme de la famille des Romanov), à partir des années 1880, le Marxisme devint l’idéologie dominante en Russie. Ce Marxisme Révolutionnaire s’en prenait politiquement et par une foultitude d’actes Terroristes à la Monarchie Tsariste des Romanov. Lénine faisant partie de ces opposants Révolutionnaires au régime, complotait en attendant le moment opportun qui, espérait-il, lui permettrait à lui et à son Parti Bolchevique (Communiste), un jour, de renverser le Tsar et de prendre le Pouvoir en Russie. Dès cette époque, il était évident, pour lui, qu’une Révolution n’était viable, à terme, que si elle se développait à l’échelle Européenne puis mondiale, balayant ainsi définitivement le système Capitaliste de la surface de la planète ! Il n’y parvint pas totalement, mais tragiquement, presque, car il fut à l’origine de la création puis de la propagation du Totalitarisme Communiste, aux quatre coins de la planète…
Mais reprenons le cours des évènements dans leur ordre chronologique…

En 1861 donc, dans une Russie encore arriérée par rapport au reste de l’Europe Occidentale, le Tsar Alexandre II finit par abolir l’esclavage et lança une réforme sur l’administration des provinces avec l’institution de zemstva : des assemblées locales élues et responsables de l’instruction publique, des routes ainsi que de la construction d’hôpitaux et de dispensaires.

Vladimir Ilitch Oulianov (nommé plus tard, entre autres pseudonymes, Lénine) naquit le 10 avril 1870 dans la petite ville de Simbirsk située au bord du fleuve de la Volga, dans le sud-est de la Russie.
Le père de Vladimir Ilitch, Ilia Nikolaïevitch, était inspecteur des écoles publiques dans cette même province. Contrairement aux dires des nombreuses hagiographies concernant la vie de Lénine, ce dernier n’a jamais été pauvre puisqu’en réalité sa famille faisait partie de la classe moyenne Russe. D’ailleurs, les parents de Vladimir Ilitch soutenaient les réformes mises en oeuvre par la Tsar Alexandre II. De même qu’ils tentaient de dissuader leurs enfants de se laisser séduire par les idées Révolutionnaires ; et le sujet de la politique était tabou à la maison.
Petit, Vladimir Ilitch était bruyant, brise-fer, mais savait également se montrer attachant. Il admirait son grand frère Alexandre. Mais en grandissant son caractère devint plutôt asocial avec ses frères et soeurs. Il était en revanche un élève brillant.
À la mort de son père, le 11 janvier 1886, Vladimir Ilitch n’ayant plus de figure paternelle pour le limiter dans son comportement souvent excessif, devint exécrable. Son chagrin le fit se renfermer sur lui-même. À cette époque, les catastrophes familiales s’accumulèrent, car, malgré que son grand frère Alexandre menait de brillantes études Universitaires, jugeant impossible une évolution pacifique et progressive de la société Russe, Alexandre bascula dans le Terrorisme Révolutionnaire. Il participa alors à rien de moins, que la préparation d’un attentat contre le Tsar Alexandre III (fils d’Alexandre II), le 1er mars 1887. Mais il fut arrêté avant par la police Tsariste : l’Okhrana. Il endossa alors l’entière responsabilité de cette tentative d’attentat et fut condamné à mort et pendu avec ses complices, le 8 mai 1887.
La mort de son frère aîné contribua certainement, grandement, à ce que Vladimir Ilitch voua une haine indéfectible à l’encontre du Tsar. Mais beaucoup plus étrange est le fait qu’il en voulût également à toute la famille des Romanov (nous verrons que leur fin de vie fut effroyable !), et radicalisa toujours davantage son militantisme Révolutionnaire. La famille Oulianov fut alors reléguée au rang de paria par les autorités Tsaristes.
Malgré ces drames familiaux, la famille Oulianov resta digne et Vladimir Ilitch sortit même premier de sa promotion. Il se lança à corps perdu dans les lectures Révolutionnaires, à commencer par le célèbre roman « Que Faire ? » du Révolutionnaire Nikolaï Tchernychevski. D’ailleurs, tellement inspiré par cet auteur, en 1902, Lénine intitulera son propre opuscule, également…, « Que Faire ? ».
Après avoir engendré des troubles avec 38 autres étudiants, il fut exclu de l’Université de Kazan, le 6 décembre 1887.
Suite à de mauvaises récoltes, lors de la grande famine de 1891, Lénine eut déjà un comportement extrêmement dur et indifférent vis-à-vis des victimes : principalement des paysans. Dès cette époque, il semblait clair, pour lui, que l’idéologie relevait d’une importance nettement supérieure…, à la vie humaine. En effet, pour Lénine, la famine jouait le : « rôle d’un facteur de progrès ». Alors qu’il vivait dans la région la plus durement touchée par la famine, la Volga, et qu’il voyait les cadavres s’amonceler dans les rues, Lénine refusa, uniquement par Idéologie, d’apporter son aide aux victimes de cette terrible famine (page 106) :
« Loin de se limiter à son rôle de témoin des horreurs d’une grande famine générale, il y contribuait. La famille tirant ses revenus de leur propriété d’Alakaïevka, dans la province de Samara, il insistait pour que Krouchvitz, le régisseur, lui verse exactement la somme convenue, ce qui revenait à exiger des paysans de payer leur dû, indépendamment des circonstances. »
À cette époque, Lénine vivait des héritages de sa famille et des faibles revenus de son peu d’activité en tant qu’avocat « occasionnel », trop occupé qu’il était à organiser des réunions et des complots Révolutionnaires.
C’est en 1894, lors de l’une de ces réunions entre Révolutionnaires, que Lénine fit la connaissance de sa future épouse : Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa, comme lui, une militante Marxiste. Lénine était déjà marqué par les grandes théories sur la Révolution et la lutte des classes (« ouvrière » / « bourgeoise »). Seul hic ! Il n’avait jamais rencontré d’ouvrier de sa vie. Il vivait comme un rentier de la classe moyenne. Mais peu importait, l’essentiel, pour lui, consistait à appliquer la théorie Marxiste. Point. Le spectre de la Terreur de masse utilisée pour appliquer l’Idéologie Communiste était déjà très présent chez Lénine, avant cette fin de 19ème siècle (page 118) :
« Le futur Lénine vouait une haine viscérale à toutes les couches de la société qui soutenaient le régime tsariste. Il détestait tous les membres de la famille Romanov, l’aristocratie, le clergé, la police et le haut commandement militaire. Il abominait la classe moyenne commerçante et une autre en pleine expansion, constituée d’industriels et de financiers. Il partageait avec Zaïtchnevski, Tkatchev et Nefediev un véritable empressement à démolir les piliers du régime par le recours à la violence. »
Le 9 décembre 1895, il fut arrêté par la police de l’Okhrana, puis avec les membres du groupe de Révolutionnaires, ils furent condamnés à trois ans d’exil « administratif » dans l’est de la Sibérie, le 29 janvier 1897.
Il se maria donc, en exil, avec Nadejda Konstantinovna Kroupskaïa, le 10 juillet 1898.
En 1900, Lénine créa son premier journal Révolutionnaire l’Iskra (l’Étincelle) ; et en 1902, il publia son célèbre opuscule : « Que Faire ? ».

À cette époque déjà, Lénine ne cachait pas qu’il n’avait rien d’un démocrate. Il avait des formules radicales comme celle-ci : « Donnez-nous une organisation de révolutionnaires et nous mettrons la Russie sens dessus dessous ! ».
D’ailleurs, il qualifiait les procédures démocratiques de : « hochet inutile et nuisible » (Citation extraite de Que faire ? Lénine, Oeuvres, Marxists Internet Archives, http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1902/02/19020200z.htm (NdT)).
Très tôt, Lénine tint à cette Idéologie fondamentale, pour lui, et reprise de Marx : la Dictature du Prolétariat.

Dans l’automne de 1902, un matin, alors que Lénine vivait en Angleterre, un certain Léon Trotski frappa à la porte de son domicile de Holford Square. En effet, Trotski ayant entendu parler de Lénine, et venant de s’évader de son exil forcé en Sibérie, souhaitait vivement se joindre à l’équipe de rédacteurs de l’Iskra.
Alors que le Congrès du Parti Ouvrier Socialiste de Russie (le P.O.S.D.R.) devait avoir lieu à Bruxelles le 17 juillet 1903, le Congrès dut déménager subrepticement, à Southgate Road au nord de Londres, le 29 juillet, dans un lieu totalement improbable pour des Marxistes exécrant la religion : Brotherhood Church, l’église congrégationaliste du pasteur F.R. Swann, un socialiste engagé.
L’idée forte du Congrès tournait autour du thème de la Dictature du Prolétariat. Au cours de ce Congrès, des dissensions apparurent au grand jour et il en émergea alors deux groupes distincts. D’un côté, ceux qui étaient devenus « majoritaires » : les Bolcheviques, dirigés par Lénine ; et les autres devenus « minoritaires » : les Mencheviques, dirigés par Martov.
Quasiment tous les membres de la rédaction de l’Iskra étaient de fervents aficionados des Jacobins de la Révolution Française, et donc des adeptes de la Terreur de 1792-1794.

En 1905, suite aux mauvaises récoltes régulières depuis plusieurs années, les paysans étaient de plus en plus en colère et les ouvriers se plaignaient de ne pas disposer d’organisations suffisamment structurées pour face aux employeurs. Les mouvements Révolutionnaires se développaient et le Tsar Nicolas II (qui avait succédé à son père Alexandre III en 1894), n’arrivait pas à organiser économiquement et socialement le pays en ce début de 20ème siècle ; bref, la situation devenait critique en Russie.
Les attentats terroristes étaient extrêmement nombreux à l’encontre du Pouvoir, dont le dernier en date qui avait causé la mort du ministre de l’Intérieur : Viatcheslav Plehve en 1904 ; assassinat commis par le Parti des Socialistes-Révolutionnaires.
Vint se rajouter à cette situation catastrophique, l’entrée en guerre de la Russie contre le Japon.
Jusqu’à ce jour du 9 janvier 1905 qui sera désormais nommé : le « Dimanche Rouge », car… (page 190) :
 » (…) ce jour-là, des hommes, des femmes et des enfants, rassemblés à Saint-Pétersbourg, entreprirent de se rendre au palais d’Hiver, la résidence des tsars, pour remettre à Nicolas II une pétition réclamant des droits civils universels, notamment un embryon de représentation politique démocratique. C’était un dimanche et les manifestants, fermes mais d’humeur joviale et revêtus de leurs plus beaux habits, s’étaient réunis derrière Gueorgui Gapon, un prêtre orthodoxe. Cette manifestation avait été organisée par l’intermédiaire de l’Assemblée des ouvriers des usines et minoteries de Saint-Pétersbourg, dans l’idée de présenter au tsar en personne un ensemble de demandes formulées de manière très respectueuse. L’organisation était une sorte de syndicat ouvrier contrôlé par le ministre de l’Intérieur et créé dans le cadre d’un plan de surveillance décidé par Sergueï Zoubatov, le chef de l’Okhrana. Gapon jouait le rôle d’intermédiaire mais, avec le temps, il prit de plus en plus le parti des ouvriers contre les autorités.
A l’approche du palais d’Hiver, les manifestants reçurent l’ordre de se disperser, mais ils passèrent outre. Le tsar étant absent, la garde impériale postée devant le palais commença à paniquer. Le grand-duc Vladimir, son commandant, ordonna de tirer sur la foule, causant la mort d’un grand nombre d’innocents. Loin d’être étouffé, le mouvement s’amplifia, avec partout des grèves et des manifestations, et chaque fois la faute rejaillissait sur les Romanov.
La nouvelle de cette crise révolutionnaire parvint à Genève dans les vingt-quatre heures qui suivirent le « Dimanche rouge ». Anatoli Lounatcharski et sa femme furent parmi les premiers émigrés bolcheviques à lire les journaux du 10 janvier. Ils se précipitèrent rue David-Dufour, chez Lénine, qui laissa éclaté sa joie, malgré l’annonce de la mort tragique d’innocents tués à bout portant à l’entrée du palais d’Hiver. Pour le chef des bolcheviks, le tsarisme se trouvait au bord du précipice : le trône d’Ivan le Terrible et de Pierre le Grand commençait à vaciller, et l’essentiel était là. »
Ironie de l’Histoire : à chaque fois qu’il y eut une Révolution en Russie (en 1905 et 1917), Lénine était absent, vivant à l’extérieur dans un pays d’Europe…
Dans la foulée, Lénine fit organiser secrètement un Congrès le 12 avril 1905 pour décider de la stratégie à adopter, afin de transformer la manifestation sanglante du « Dimanche Rouge » en une Révolution Marxiste (page 194) :
« Lénine, dont la réputation parmi les bolcheviks s’était ternie depuis quelques mois, en Russie comme à l’étranger, réaffirma soudain son autorité. Il présida toutes les séances et modifia le programme à sa guise. Entreprenant enfin de préciser comment déclencher la révolution, il électrisa son auditoire avec des slogans préconisant l’ »insurrection armée », un « gouvernement révolutionnaire provisoire », la « terreur de masse », et l’ »expropriation de la noblesse foncière ». Chacune de ses formules était saluée par des acclamations. Il n’avait aucune inhibition et, si surprenant que cela paraisse, son auditoire l’écouta sans soulever la moindre objection. Les bolcheviks étaient sans pitié. Ils s’attendaient à faire la révolution et à devoir se battre contre une armée de contre-révolutionnaires ; aussi ne voyaient-ils pas pourquoi ils devraient éviter d’employer les méthodes violentes de Robespierre et des révolutionnaires français de 1789. Réalistes et pleins d’assurance, ils partaient du principe que, s’ils assumaient le rôle essentiel qu’on attendait d’eux dans le renversement du gouvernement tsariste, ils seraient indispensables : aucun bénéfice politique ou économique ne serait possible autrement. Leur objectif : se joindre à l’administration révolutionnaire mise en place. Lénine exprimait donc là des idées qui reflétaient leurs aspirations les plus profondes. »
Dans le Parti, on lui reprocha de ne pas retourner immédiatement en Russie pour participer à la Révolution. Mais Lénine était un théoricien plutôt couard (page 198) :
« Il n’avait jamais mis en jeu sa sécurité ni accompli le moindre geste révolutionnaire. Son activité d’émigré, avec ses débats intellectuels, ses publications et ses recherches en bibliothèques, continuait à le satisfaire. En le voyant rue de Carouge, nul n’imaginait que cet intellectuel impeccablement vêtu nourrissait la ferme intention de transformer la politique et la société, un objectif devenu primordial à ses yeux. Lénine était convaincu que les leaders de la révolution, censés apporter des orientations théoriques et proposer des solutions pratiques, devaient se préserver de toute atteinte à leur liberté.
(…) Il changea d’avis en apprenant qu’à Saint-Pétersbourg le régime consentait enfin à entreprendre de sérieuses réformes. Le 17 octobre 1905, le tsar publia un manifeste dans lequel il s’engageait à édicter des droits civiques universels et à convoquer une Douma d’État. Immédiatement, Lénine se sentit rassuré. Il serait enfin débarrassé de l’Okhrana et pourrait se promener dans la rue sans agents à ses trousses – ou du moins pouvait-il l’espérer ! La première semaine de novembre, il prit un train à Genève et entama un périple qui lui fit traverser toute l’Allemagne. »
Mais arrivé à Saint-Pétersbourg, il s’aperçut que l’Okhrana était largement déployée dans la ville. Lénine ne put donc agir que dans l’ombre et lors de réunions Révolutionnaires secrètes. Il précisa le fond de sa pensée quant au déroulement que, selon lui, devaient suivre les évènements (pages 200 et 201) :
« Souvent il avait déploré qu’en 1871 la Commune de Paris n’ait pas eu recours à la répression, mais en 1905 il ne se contenta pas de confirmer qu’il userait de méthodes violentes : il les formula avec un niveau de précision bien plus sanguinaire que tout ce que l’on pouvait imaginer. Il se montra quasiment assoiffé de violence, et si personnellement il ne nourrissait aucune ambition meurtrière ou barbare et ne souhaitait même pas assister à des scènes de boucherie, il trouvait un plaisir cruel à les recommander.
Peu avant son retour en Russie, cela transparaissait déjà dans les appels qu’il lançait aux membres du comité de combat rattaché au comité central : « Ce qu’il nous faut ici, c’est une véritable débauche d’énergie frénétique. Je constate avec horreur, avec une sainte horreur même, que depuis plus d’un an l’on parle de bombes sans en avoir fabriqué une seule ! » Pour lui, la solution était de fournir des armes à des détachements d’ouvriers et d’étudiants et de les laisser donner libre cours à leur activité révolutionnaire, sans chercher à savoir s’ils étaient affiliés ou non au parti. Ces groupes devaient tuer les espions, faire sauter les postes de police, braquer des banques et confisquer tout le matériel nécessaire à une insurrection armée. Lénine débordait d’imagination : pour les combats de rue, il proposait de retirer les pavés ou de préparer des récipients d’eau bouillante et de courir jusqu’en haut des bâtiments pour les lancer sur les troupes envoyées contre eux. Une autre idée était de constituer des réserves d’acide à jeter sur les forces de l’ordre. Ces tactiques étaient aussi peu pratiques qu’inquiétantes. Si les révolutionnaires y avaient eu recours, elles auraient renforcé la volonté des soldats et policiers de mater la rébellion. Le chef des bolcheviks exprimait une rage profondément ancrée. Lui-même n’avait pas à manipuler de bombe, de bouilloire ou d’acide, mais inconsciemment il éprouvait une certaine satisfaction à coucher ses idées sur le papier. »
La mauvaise organisation entre les Partis mit fin à la tentative d’insurrection Révolutionnaire à la mi-décembre 1905. De plus l’effectif des rebelles était largement insuffisant face à l’importance des troupes Tsaristes.
Parallèlement, les dissensions étaient nombreuses au sein même du Parti Bolchevique et plus encore entre les Partis et les responsables Bolcheviques et Mencheviques. Notamment, furent mis en cause les braquages de banques auxquels participaient des membres du Parti Bolchevique, tel que Staline, pour financer le Parti.

Le 22 avril 1912 parut le premier numéro de la Pravda, le nouveau journal de propagande du Parti Bolchevique (Communiste) et qui le resta jusqu’à l’effondrement de l’U.R.S.S. et de son système Totalitaire, en 1991.

Suite à l’assassinat par un nationaliste Serbe de l’héritier du trône des Habsbourg : l’Archiduc François-Ferdinand, à Sarajevo en juillet 1914, l’engrenage des déclarations de guerre des différents pays, aboutit au déclenchement de la Première Guerre Mondiale ou Grande Guerre. Six grandes puissances se trouvèrent alors face à face, en deux groupes distincts formés d’un côté, par : La Grande-Bretagne alliée à la France et à la Russie, contre, de l’autre, la coalition de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de l’Empire ottoman.
Pour Lénine, il était clair bien avant les évènements de 1917, que la prise du Pouvoir ne pouvait se faire que par la violence. Et le contexte d’une guerre mondiale pouvait être un facteur décisif ou tout du moins grandement facilitateur (page 273) :
« Il est nécessaire pour nous-mêmes, écrivait-il, de nous emparer d’abord du pouvoir, au lieu de nous perdre dans de vaines discussions à son sujet. »
Alors qu’en cette année 1916, le réseau des partisans bolcheviques s’amenuisait considérablement et que le nom de Lénine était encore quasiment inconnu en Russie (y compris auprès des ouvriers), la prise du Pouvoir par les Bolcheviques se transformait en une simple chimère. Et pourtant…
À la fin du mois de février 1917, les ouvriers des usines avec les ouvrières du textile se mirent en grève. Le mouvement gagna les employés des aciéries Poutilov. La police se trouva incapable de contrôler ces manifestations. Les principales revendications portaient sur la pénurie alimentaire, aggravée par la situation de la Première Guerre Mondiale, et sur les mauvaises conditions de travail dans les usines. Les garnisons de la Capitale, Petrograd (anciennement nommée Saint-Pétersbourg), firent défection ; et, qui plus est, Nicolas II était absent de Petrograd, puisqu’en déplacement au quartier général de l’armée de Moguilev.
En seulement une semaine, le Pouvoir Tsariste fut renversé et dès le 2 mars, Nicolas II abdiqua. Cette Révolution Populaire mit donc fin à des siècles d’autocratie Tsariste, dont 300 ans de règne de la dynastie des Romanov.
Dès le lendemain, il fut mis en place un Gouvernement Provisoire.
Lénine se trouvant à Zurich, il ne participa donc pas à cette Révolution Populaire, comme en 1905 .
Alors que la Russie et l’Allemagne étaient en guerre, et après des tractations avec les Autorités Allemandes représentées par Gisbert von Romberg, consul Allemand à Berne, Lénine bénéficia de l’organisation, par l’Allemagne, de son rapatriement en Russie par le train, ainsi que de l’obtention du statut d’extraterritorialité durant toute la durée de son voyage.
En attendant que Lénine revienne de Zurich, Lev Kamenev et Joseph Staline étaient chargés de diriger le Comité Central du Parti Bolchevique.
Non seulement, Lénine, aidé par les Autorités Allemandes, a pu traverser l’Allemagne en pleine Guerre Mondiale, mais de surcroît, on sait que le Parti Bolchevique a été financé par l’Allemagne, ce qui a grandement contribué à permettre de diffuser massivement, par la Pravda, la propagande du Parti Bolchevique (page 323) :
« Il était moins facile de se débarrasser de l’accusation selon laquelle le comité central bolchevique avait accepté de devenir la marionnette de l’Allemagne depuis la révolution de Février. Nombre d’éléments probants et circonstanciés indiquaient que les bolcheviks recevaient de l’argent de Berlin, comme l’avait révélé le Bureau du contre-espionnage aux journaux de Petrograd le 5 juillet, alors que dans le centre de la capitale le gouvernement tentait d’enrayer les troubles provoqués par le parti bolchevique et ses partisans.
Les enquêteurs du Bureau pensaient, sans pouvoir tout à fait le prouver, que l’argent parvenait au comité central après avoir transité par Hanetski qui le recevait d’Alexandre Helphand-Parvus. Apparemment, Hanetski, l’un des responsables du bureau étranger du comité central à Stockholm, transférait clandestinement les fonds par crédits bancaires ou par coursier. On sait aujourd’hui que des millions de deutsche Mark ont été versés par les autorités allemandes pour aider les Russes à promouvoir la propagande pacifiste. On ne saurait en effet voir une pure coïncidence dans la capacité des bolcheviks, pourtant minoritaires aux soviets comme dans d’autres organisations de masse après la révolution de Février, à fonder tout à coup et rapidement un nombre de journaux aussi important. On ne saura probablement jamais ce que Lénine savait de ces transactions financières, mais comme il aimait tout contrôler, il serait bien naïf de croire qu’il n’ait pas été informé de ces agissements. Les enquêteurs, sur le point de prendre Hanetski en flagrant délit à la frontière de Tornio, furent assez dépités de voir une partie de leurs conclusions prématurément divulguées par la presse de Petrograd.
Lénine répondit aux accusations à la manière d’un avocat, traitant comme une insulte l’idée qu’il ait pu agir sur ordre du gouvernement allemand. Il lui était facile de nier avoir été en contact avec Helphand-Parvus et il pouvait tout à fait tourner en ridicule l’hypothèse selon laquelle il aurait reçu personnellement de l’argent de Hanetski. De cette façon, il évitait d’avoir à mentir en déclarant que, sous sa supervision, la direction bolchevique n’avait accepté aucune somme d’argent émanant des ennemis de la Russie. Des réponses évasives auraient donné lieu à un interrogatoire plus agressif s’il avait été incarcéré dans l’une des geôles du gouvernement provisoire mais, jouissant de l’hospitalité du chef de la police d’Helsinki, il put se contenter d’attendre que l’incendie déclenché par l’affaire de l’ »or allemand » s’éteigne de lui-même. »
Bref, le 3 avril 1917, Lénine et ses camarades regagnèrent Petrograd. Lénine présenta alors à son Parti, ses célèbres Thèses d’Avril (pages 291 à 297) :
« Pour l’essentiel, il se contentait de pousser plus avant sa réflexion des premières années de guerre et de redéfinir explicitement le bolchevisme. Il rejetait l’idée marxiste traditionnelle de la nécessité de consolider d’abord une révolution « bourgeoise démocratique » avant toute autre tentative impliquant l’éradication sociale et économique du capitalisme. En avril 1917, il prônait l’abandon de l’ »ancien bolchevisme » et le passage à un processus révolutionnaire en une seule étape au lieu de deux, sans toutefois l’exprimer de manière explicite – peut-être par répugnance à reconnaître un changement de stratégie, ou alors par souci d’éviter une querelle doctrinale à un moment où sa priorité était d’obtenir un consensus autour d’une politique concrète. Et, surtout, il fallait se débarrasser du gouvernement provisoire. Dans ses Thèses, il insistait sur ce point : c’était le seul moyen de remédier fondamentalement aux problèmes sociaux, économiques et politiques de la Russie impériale et de mettre fin à la guerre en signant une paix qui n’opprimerait aucune des parties belligérantes.
Depuis 1905 et sa proposition de déclencher une « révolution bourgeoise démocratique » en instaurant une « dictature révolutionnaire provisoire du prolétariat et de la paysannerie », la stratégie de Lénine avait suscité de sérieuses interrogations. Il n’avait jamais répondu à l’accusation selon laquelle la mise en pratique de ses idées conduirait à l’établissement d’un régime oppressif, arbitraire et, au bout du compte, au déclenchement d’une guerre civile. Ses Thèses d’avril étaient encore moins susceptibles de donner une réponse à cette question et bien que sa nouvelle stratégie fût synonyme de régime oppressif et arbitraire, il refusait de le reconnaître. Il se gargarisait de fioritures logiques mais ne s’embarrassait pas de cohérence, refusant de s’encombrer de ce genre de subtilités. Le temps était venu, déclarait-il avec assurance, de se lancer dans la course au pouvoir.
(…) Lénine aussi, mais, contrairement à ses rivaux, il estimait que son rôle ne consistait pas à modifier la politique du gouvernement provisoire ; son objectif, c’était de faire une autre révolution.
(…) La propagande serait essentielle, dans la presse comme lors des grands rassemblements, et Lénine ne voulait pas créer de difficultés au parti en prônant ouvertement la participation à des activités susceptibles d’entraîner des mesures répressives de la part du ministère de l’Intérieur. À Petrograd, il apprit aussi que ses slogans étaient problématiques. La plus grande partie de son auditoire était profondément perturbée par son discours sur la nécessité de transformer la « guerre impérialiste en une guerre civile européenne ». Et les ouvriers, soldats et paysans ne se réjouissaient guère de la perspective d’une « guerre révolutionnaire » ou d’une « dictature ». Quant à sa requête pour que les socialistes d’Europe mènent campagne en faveur de la défaite de leurs gouvernements respectifs, elle choquait l’opinion publique, à tous les niveaux.
(…) Lénine appelait à donner le pouvoir aux soviets, il exigeait un vaste programme de nationalisation des banques et de l’industrie, insistait sur l’expropriation des terres agricoles et défendait la cause pacifiste en Europe en arguant que seul un gouvernement socialiste, constitué par les soviets, pouvait ramener la paix. »
La stratégie propagandiste de Lénine était composée de slogans extrêmement simples, pour ne pas dire basiques (pages 299 et 300) :
« Les slogans de Lénine visaient les ouvriers, les soldats, les marins et les paysans, mais il tentait aussi de rallier tous les non-Russes, affirmant que les principaux responsables des malheurs du pays étaient les industriels, les banquiers et les propriétaires de biens fonciers agricoles. Selon lui, d’un côté se trouvait le « peuple », la majorité exploitée, et, de l’autre, la minorité parasite ; car s’il prétendait proposer des politiques fondées sur des hypothèses scientifiques épurées de tout sentiment, son langage, en revanche, était extrêmement affectif et moralisateur… et remarquablement sélectif. Tout au long des mois qui suivirent, il s’efforça d’éviter de froisser les catégories sociales qui auraient pu décider de rallier la cause opposée : il ne proféra aucune menace contre les petits entrepreneurs, commerçants et artisans indépendants et se garda bien de s’attaquer aux prêtres, mollahs ou rabbins et comme critiquer les responsables et employés des diverses administrations, services publics et entreprises. Il voulait avoir le champ libre pour le grand combat politique, qu’il voyait comme une compétition entre le « prolétariat » et la « bourgeoisie ». Dans ses écrits comme dans ses allocutions, il déclara que la bourgeoisie était déjà en pleine offensive et, selon lui, seul son parti pourrait véritablement défendre la classe ouvrière.
Il insistait : le gouvernement provisoire nourrissait des desseins impérialistes et agissait dans l’intérêt de ces requins de capitalistes russes. Le peuple, disait-il, se faisait rouler.
« La faillite est imminente. La catastrophe arrive. Les capitalistes répandent encore et toujours les germes de la ruine dans tous les pays. La seule voie de salut se trouve dans la discipline révolutionnaire, dans les mesures adoptées par la classe révolutionnaire des prolétaires et semi-prolétaires, dans le transfert de tout le pouvoir de l’État à cette classe capable d’introduire réellement un tel contrôle, de sortir réellement victorieuse de la « lutte contre les parasites ». » (Note n°1, page 546 : Pravda, 14 mai 1917).
Accusé d’avoir voulu fomenter un coup d’État avec son Parti Bolchevique, Lénine publia une riposte foncièrement mensongère, dans la Pravda (page 303) :
« Nous serons pour le transfert du pouvoir aux prolétaires et semi-prolétaires lorsque les soviets de députés ouvriers et soldats se rangeront de notre côté et voudront assumer eux-mêmes ce pouvoir ». (Note n°7, page 546 : Pravda, 23 avril 1917).
Il affirmait donc refuser un coup d’État qui ne tiendrait pas compte de l’opinion publique, et il prétendait que la priorité pour eux, bolcheviks, était d’obtenir une majorité aux soviets : le gouvernement provisoire n’existait que par l’assentiment de celui de Petrograd, et le dédain affiché pour la politique des soviets n’était pas sans risques. »
Il s’agissait de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’en 1905 (lors de la première tentative de Révolution) en risquant de paraître trop implacable. Une difficulté quasi-insurmontable pour l’intransigeant…, Lénine.
Trotski qui était rentré en Russie en mai 1917 (en provenance des États-Unis), fut particulièrement « courtisé » par Lénine. Trotski estima alors que la volonté de Lénine consistant à prôner une Révolution Communiste immédiate et mondiale, rejoignait parfaitement son propre corpus Idéologique. Trotski abandonna donc le Parti Menchevique pour se rallier aux Bolcheviques.
Felix Dzerjinski, un leader Polonais, proche collaborateur de Rosa Luxembourg et futur chef de la Tcheka (la Police Politique Léniniste) rejoignit également le Parti Bolchevique de Lénine.
Pendant ce temps, l’immobilisme du Gouvernement Provisoire engendrait le mécontentement de la population (page 310) :
« Sur le front oriental, les soldats désertaient par milliers. Des millions de réfugiés erraient dans les villes de Russie et l’on accusait le gouvernement provisoire de soutenir les intérêts des élites propriétaires car il refusait d’envisager des réformes essentielles avant la fin de cette guerre dont on ne voyait pas le bout. Pour Lénine et le parti bolchevique, le contexte était idéal ; il ne leur restait plus qu’à exploiter la situation. »
De plus, le Gouvernement Provisoire, entre mars et octobre 1917, repoussa sans cesse la convocation de l’Assemblée Constituante, ce qui eut pour effet de le décrédibiliser encore davantage aux yeux de la population ; permettant ainsi aux propagandistes Bolcheviques de gagner en popularité. D’ailleurs, le mardi 4 juillet 1917, s’organisèrent des manifestations contre le Gouvernement Provisoire. Décidément, Lénine, toujours absent, se reposant quelques temps en Finlande, dut revenir précipitamment à Petrograd, espérant que cette fois-ci les évènements tourneraient en sa faveur (pages 313 et 314) :
« Depuis deux jours, grèves et manifestations se multipliaient. Ouvriers, soldats et marins s’étaient souvent rassemblés devant la demeure de la danseuse dans l’espoir d’une action décisive du comité central contre le gouvernement provisoire. Peu après l’arrivée de Lénine se forma un nouvel attroupement : on réclamait sa présence au balcon pour qu’il s’adresse à la foule. Il renâcla, mais les responsables bolcheviques venus de Kronstadt parvinrent à l’en convaincre. Persuadé que la crise prenait une ampleur démesurée et que les chefs de l’organisation militaire s’étaient comportés de manière irresponsable, il se tourna vers ceux d’entre eux qui se trouvaient dans la demeure et leur lança : « Vous méritez une bonne raclée ! » ; puis il apparut au balcon et exhorta la foule à rester calme. Il insista : la manifestation devait avant tout se dérouler sans heurts. Le message eut du mal à passer. La populace supposait qu’après s’être exprimé avec tant de virulence sur la nécessité de renverser le gouvernement provisoire, le chef des bolcheviks serait favorable à une action immédiate et au recours à la violence. Lénine imposa cependant sa volonté au comité central qui dès les premières heures du 5 juillet confirma sa position de repli en annulant la manifestation prévue dans le journée. »

Le 7 juillet, le Socialiste-Révolutionnaire Alexandre Kerenski remplaça le prince Lvov, démissionnaire, à la tête du Gouvernement Provisoire. L’enquête officielle sur la tentative de coup d’État de début juillet, déboucha sur le délivrance de mandats d’arrêt contre Lénine, Zinoviev et Kamenev. Lénine et Zinoviev s’enfuirent alors en Finlande.
Parallèlement, les principaux autres responsables Bolcheviques furent emprisonnés, dont : Trotski, Alexandra Kollontaï et Kamenev.
D’exil, Lénine avait bien l’intention de continuer à distiller ses ordres au Parti Bolchevique. Pour lui, il était grand temps, à présent, d’abandonner le slogan : « Tout le pouvoir aux soviets », et de se consacrer à organiser une insurrection armée avec formation d’un Gouvernement Révolutionnaire.
Voici de quelle manière Lénine envisageait le futur de la Russie, après qu’il eût pris le Pouvoir (pages 324 à 326) :
« Lénine énonçait plusieurs assertions fondamentales. Selon, lui, Marx avait supposé que l’accession des socialistes au pouvoir s’accompagnerait de violences. Bénéficiant de tous les avantages sous le régime capitaliste, les classes moyennes se serviraient de leur culture, de leur argent et de toutes les malfaisances possibles pour éviter la révolution. Les socialistes devraient donc considérer la violence comme un adjuvant nécessaire pour accoucher d’un changement historique. En outre, sans pérenniser l’usage de la violence le régime socialiste-révolutionnaire ne survivrait pas longtemps. Il serait par conséquent nécessaire d’instaurer une « dictature du prolétariat ». Dans les premiers temps, le gouvernement devrait être fondé sans équivoque sur le principe de la « lutte des classes ». Les classes supérieures et moyennes d’autrefois devaient perdre leurs droits civiques. La classe ouvrière imposerait sa règle et insufflerait à la société, en continu, des réformes socialistes qui, loin de se limiter à la Russie, gagneraient l’ensemble du monde industriel.
Laborieusement, Lénine invoquait l’héritage de Marx et Engels, s’efforçant de montrer qu’ils avaient inventé une série d’étapes permettant d’atteindre la communauté parfaite – le communisme – dans le monde entier. Tout d’abord, on assisterait à un renversement du capitalisme à l’issue d’une révolution violente consolidée par la « dictature du prolétariat ». Cette dictature, implacable dans les premiers temps, s’infiltrerait peu à peu dans les institutions, pratiques et idéaux du socialisme. La nécessité d’une discrimination fondée sur les différences de classes diminuerait progressivement avec l’innocuité de ce qui resterait des anciennes classes supérieures et moyennes. En prenant de la maturité, le socialisme serait l’artisan d’un progrès énorme, dépassant le capitalisme. Les classes sociales inférieures prendraient l’habitude de gouverner, et l’économie, libérée des contraintes du capitalisme, se développerait dans les secteurs répondant aux besoins objectifs du peuple. Il persisterait néanmoins un degré d’inégalité politique et sociale requérant encore l’existence d’un État. Lénine insistait : l’usage de la coercition pour favoriser les intérêts des classes dirigeantes cherchant à dominer les autres classes constituait la raison d’être (en français dans le texte) des États.
Sous le régime socialiste, la classe dirigeante serait le « prolétariat ».
Pourtant, soulignait encore Lénine, le but ultime du marxisme avait toujours été de parvenir à une société libre de toute oppression et de toute exploitation. C’était la dernière étape du développement historique. Sous le régime communiste, ce serait enfin chose faite : de chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins. Sans aucune distinction matérielle. Toute personne aurait pleinement la possibilité de développer ses talents et son potentiel, de faire un travail à la fois manuel et mental. Le peuple tout entier s’engagerait dans l’administration du pays et le recours à des professionnels – politiques, bureaucrates et soldats – ne serait plus nécessaire. À l’en croire, une cuisinière serait apte à prendre des décisions qui auparavant étaient l’apanage des ministres. S’envolerait alors la raison d’être de l’État, qui « s’étiolerait » peu à peu à l’approche du communisme.
(…) Il compara notamment la Russie de 1917 à la France de 1793 :
« Jadis, en France, les jacobins déclarèrent ennemis du peuple tous ceux qui se faisaient les « auxiliaires des intrigues des tyrans coalisés contre la République ».
Leur exemple est riche d’enseignement. Il n’a pas vieilli, mais il faut l’appliquer à la classe révolutionnaire du XXe siècle, aux ouvriers et aux semi-prolétaires. Pour cette classe-ci, au XXe siècle, l’ennemi, ce sont les grands propriétaires fonciers et les capitalistes considérés comme classe, et non les monarques (…). Les « jacobins » du XXe siècle ne se mettraient pas à guillotiner les capitalistes : on ne copie pas un bon exemple en l’imitant. Il suffirait d’arrêter cinquante à cent magnats du capital bancaire, hauts chevaliers de la prévarication et du pillage, et de les garder en état d’arrestation pendant quelques semaines, pour divulguer leurs magouillages et montrer à tous les exploités « à qui profite la guerre ». » (Note n°17, page 547 : Pravda, le 7 juin 1917. Traduction extraite de Lénine, « Sur les ennemis du peuple », in Œuvres, t. 25, p. 54 et 55 (modifiée).)
Puis survint l’épisode de l’affaire Kornilov. Une mésentente entre Kerenski et Kornilov fit craindre à Kerenski un Putsch de la part de Kornilov. Kerenski eut alors la très mauvaise idée (qui s’avèrera fatale pour la Russie), de libérer les Bolcheviques emprisonnés, dont Trotski, afin de contrecarrer la menace de Kornilov.

Malheureusement, la sinistre réalité qui s’abattit implacablement et par la barbarie sur le Peuple Russe, montra que dans ses propos, Lénine était, par stratégie propagandiste, bien en deçà des moyens d’extermination de masse que son État Totalitaire Communiste utilisa à partir du 25 Octobre 1917.
Décidément, Lénine était littéralement fasciné par la Terreur Jacobine (pages 331 et 332) :
« Comme d’autres dirigeants bolcheviques, il avait beaucoup lu sur la Révolution française et cherchait à appliquer les précédents français à l’actualité russe. Il admirait Robespierre, les jacobins et l’énergie qu’ils avaient déployée pour consolider le régime révolutionnaire, même si en fin de compte ils avaient échoué. Il est donc difficile de croire qu’il n’ait jamais pensé, ne fût-ce qu’un instant, au long carnage qui résulterait d’un coup d’État orchestré par son parti et à la résistance qui s’ensuivrait, à l’intérieur du pays comme à l’étranger. De nombreux documents attestent qu’il a délibérément minimisé son admiration pour la Révolution française dans ses discours publics par crainte d’un effet négatif sur la popularité du parti. Il était furieux, par exemple, d’entendre Trotski promettre l’échafaud aux opposants du bolchevisme. Pourtant, lui-même n’était pas complètement opposé au principe de la terreur, estimant au contraire qu’on « ne plaisantait pas avec la guillotine » ; en même temps, il se rassurait en se disant qu’une révolution socialiste menée par les bolcheviks ne ressemblerait à aucune autre, parce qu’elle aurait les masses de son côté, en Russie d’abord, puis dans toute l’Europe. Une répression en profondeur et de longue durée ne serait donc pas nécessaire.
Indubitablement, Lénine se souciait peu de l’opposition des classes moyennes ; pour lui, la Russie se trouvait face à un choix entre deux extrêmes : une dictature de la bourgeoisie ou du prolétariat. Pour la première fois depuis son retour de Suisse, il s’ouvrit de ses intentions dictatoriales dans la presse du parti. Il y déclara qu’il était impossible de laisser gouverner le pays par les mencheviks, les socialistes-révolutionnaires et les Cadets, dont la stratégie s’était révélée si précaire lors de la tentative de putsch de Kornilov. Il était temps maintenant de convenir ensemble d’une priorité absolue : l’insurrection contre le gouvernement provisoire. »
Déguisé, Lénine regagna la Russie puis Petrograd début octobre. Il organisa alors, le 10 octobre 1917, la réunion la plus importante de l’existence du Parti Bolchevique. En effet, lors de cette réunion il fut débattu puis soumis au vote des membres du Comité Central, la question du Coup d’État militaire !
À l’aube du 11 octobre, la résolution fut adoptée avec 10 voix pour, et 2 contre (Zinoviev et Kamenev).
Le 16 octobre, une autre réunion eut lieu afin de préciser la situation. Lénine se lança alors dans un discours, propagandiste, haineux et guerrier (page 335) :
« La situation est simple : d’un côté une dictature à la Kornilov, et de l’autre une dictature du prolétariat et des couches les plus pauvres de la paysannerie. Il est impossible de se laisser guider par l’humeur des masses : elle est changeante et impossible à jauger avec exactitude. Ce qui doit nous guider, c’est une analyse objective et une juste évaluation de la révolution. Les masses ont donné leur confiance aux bolcheviks, ce qu’elles veulent maintenant, ce ne sont plus des paroles mais des actes… »
Un nouveau vote eut lieu donnant 19 voix favorables, contre seulement 2 Non, et 4 abstentions.
Les Bolcheviques se servirent alors du Comité Militaire Révolutionnaire (C.M.R.) de Petrograd dirigé par Trotski, pour fomenter le Coup d’État militaire.
Trotski voulait absolument que le coup d’État ait lieu le même jour que la Convocation du Congrès des Soviets (page 338) :
« Le comité militaire était résolu à faire en sorte que le deuxième congrès des soviets, en se réunissant le 25 octobre, pût déclarer le renversement du gouvernement provisoire comme un fait accompli. » (En français dans le texte).
Lénine déclencha le coup d’État dans la nuit du 24 au 25 octobre. Le Comité Militaire Révolutionnaire ordonna aux soldats de la garnison de Petrograd acquis aux Bolcheviques, aux Gardes et aux ouvriers volontaires armés, de prendre le contrôle des points stratégiques de Petrograd. Tout se passa rapidement car sans grande résistance. Au cours du coup d’État, Trotski exultant, déclara alors (page 339) :
« Le gouvernement de Kerenski a été renversé. Déjà, des ministres ont été arrêtés. Les autres le seront bientôt. »
Puis, ce fut autour de Lénine de s’adresser à la foule (toujours page 339) :
« Camarades ! La révolution des ouvriers et des paysans, dont nous n’avons cessé de revendiquer la nécessité, est aujourd’hui un fait accompli.
Vous vous demandez quelle est la portée de cette révolution ? Eh bien, avant tout, l’importance de ce coup d’État (perevorot) réside dans la constitution d’un gouvernement de soviets, nos organes du pouvoir à nous, sans participation aucune de la bourgeoisie. Ce sont les masses opprimées elles-mêmes qui seront la base du pouvoir. L’ancien appareil d’État sera détruit jusque dans ses fondations et un nouvel appareil verra le jour avec les organisations de soviets. »
Lénine prépara ensuite un discours à publier (pages 341 à 345) :
« À tous les citoyens de Russie :
« Le gouvernement provisoire a été renversé. Le pouvoir est passé aux mains de l’organe du soviet des délégués ouvriers et soldats de Petrograd, le comité militaire révolutionnaire, à la tête du prolétariat et de la garnison.
La cause défendue par le peuple – proposition immédiate d’une paix démocratique, abolition de la propriété foncière (…), contrôle des ouvriers sur la production, création d’un gouvernement de soviets – cette cause est désormais victorieuse. Vive la révolution des ouvriers, soldats et paysans ! »
Lénine savait qu’en déclarant devant le congrès des soviets que le comité militaire assumait la fonction gouvernementale, il allait provoquer la fureur des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires.
L’ouverture du congrès était prévue pour quatorze heures, mais la direction centrale bolchevique voulait d’abord en finir avec la prise du palais d’Hiver, ce qui demanda plus de temps que prévu. Lénine laissa libre cours à sa colère : « Pourquoi est-ce si long ? Que font donc les chefs militaires ? Ils ont déclenché une véritable guerre, ma parole ! À quoi ça sert tout ça ? Encerclements, transferts, transmissions, extension des déploiements… On dirait qu’il s’agit d’une guerre avec un ennemi digne de ce nom ! Allez, à l’attaque, bon sang ! » Mais le comité militaire révolutionnaire refusa d’engager ses forces dans une offensive d’envergure : Kerenski avait filé et l’on ne voyait se profiler aucune menace militaire importante. Le siège se poursuivit donc toute la journée autour du dernier bastion du gouvernement provisoire.
À vingt-deux heures trente-cinq, les organisateurs du congrès n’en pouvaient plus. Au nom du comité exécutif central, Fedor Dan sonna la cloche du grand hall pour annoncer l’ouverture des séances.
(…) La séance du congrès se déroula jusque dans la nuit du 26 au 27 octobre. Lénine continua de consulter ses collègues du comité central, Bronch-Bruevitch, Milioutine et Trotski, sur des questions de formulation. Il rédigea un décret sur le contrôle ouvrier qui ne paraîtrait que quelques jours plus tard. Son décret sur la presse, en revanche, fut accepté et imprimé le 27 octobre. Il était d’avis de donner une expression littéraire à la révolution, et de faire de ces divers décrets l’exposé le plus clair de ses objectifs. Il annonça que son gouvernement avait l’intention d’être à nul autre pareil dans l’histoire du monde. Le peuple, disait-il, saurait tout de ses discussions internes. Il promettait une transparence complète des délibérations et prises de décision.
Pas une seule fois il ne mentionna le marxisme au cours de ses diverses interventions des 25, 26 et 27 octobre, et il ne fit qu’une brève allusion au « socialisme ». Il ne précisa pas non plus que son objectif immédiat était l’instauration d’une dictature de classe et qu’il avait l’intention d’aller encore plus loin, jusqu’à mettre en place une société communiste, sans État, comme il l’avait expliqué dans L’État et la révolution. Il cachait ses cartes. Il dirigeait le parti et voulait rendre le bolchevisme attractif à tous les ouvriers, soldats, paysans et intellectuels qui n’étaient pas encore convaincus. Alors, une fois de plus, il remisa des termes et expressions comme dictature, terreur, guerre civile et guerre révolutionnaire et continua de laisser de côté ses vieilles imprécations contre les prêtres, mollahs et rabbins, les industriels, la noblesse foncière et les koulaks, et les intellectuels libéraux, conservateurs et réactionnaires. Il mettait l’accent sur la révolution « d’en bas » encore plus que dans son État et la révolution, et chacune de ses déclarations visait à encourager les « masses » à prendre l’initiative et à s’engager dans une « activité autonome » (samodeïatelnost). Il voulait donner aux bolcheviks l’apparence d’un parti facilitant l’émergence d’une révolution par et pour le peuple. »
La composition du Sovnarkom fut annoncée le 26 octobre devant le congrès. Lénine en était le président, avec Trotski comme commissaire du peuple aux Affaires étrangères, et Staline aux Nationalités. »
Dès la prise du Pouvoir ses intentions anti-démocratiques étaient extrêmement claires (pages 347 à 351) :
« Il n’avait pas l’intention de laisser l’avenir de la révolution d’Octobre dépendre du consentement démocratique. Au cours de ces tout premiers jours à Smolny, il eut recours à des manœuvres d’intimidation pour obliger Sverdlov et d’autres membres du comité central à annoncer le report des élections de l’Assemblée constituante. En vain, car Sverdlov refusa : les bolcheviks avaient dit être les seuls à qui l’on pût faire confiance pour convoquer à temps une telle assemblée, ils ne pouvaient donc pas commencer par ajourner les élections. Le cynisme de Lénine n’avait pas droit de cité, du moins au début.
À propos de la nécessité d’une répression implacable de toute résistance au gouvernement des soviets, les controverses furent moins nombreuses. On envoya des troupes contre les détachements de cosaques formés par Kerenski et les unités du comité militaire révolutionnaire continuèrent à patrouiller dans la ville. Le 27 octobre fut publié le décret sur la presse, au bas duquel Lénine avait apposé sa signature. Il s’agissait des premières instructions gouvernementales permettant l’instauration d’une censure. Tout « organe de presse » incitant à la résistance ouverte contre le Sovnarkom était passible d’interdiction. On pouvait donc ordonner l’interruption d’un journal simplement parce qu’on estimait qu’il « semait la confusion en déformant les faits d’une façon manifestement calomnieuse ». Et bien qu’au cours des mois précédents ils aient milité pour la défense du principe de la « liberté de la presse », les bolcheviks ne tardèrent pas à s’arroger le monopole de l’information véhiculée par les journaux.
(…) La coercition a constamment pris le pas sur la persuasion. Il ordonnait et approuvait la violence, y compris la terreur institutionnalisée. »
Puis tout s’accéléra… (toujours pages 351 et 352) :
« Les décrets pleuvaient. Le 1er décembre, le Sovnarkom institua un Conseil suprême de l’économie nationale, autorité de régulation dans le domaine industriel, bancaire, agricole et commercial. Toutes les banques furent nationalisées le 14 décembre, et au cours des semaines suivantes un nombre croissant de grandes usines devinrent propriété de l’État. Le Sovnarkom exécutait le programme sur lequel les bolcheviks s’étaient engagés au cours des mois précédant leur arrivée au pouvoir.
Tous les décrets n’avaient pas été abordés en public avant la révolution d’Octobre, et si Lénine, s’était efforcé de prendre un ton jovial pour dire que les bolcheviks chercheraient peut-être à imiter les jacobins de la Terreur, toute sa dureté ressortit dès qu’il eut accédé au pouvoir et vu s’éloigner la perspective d’une coalition de tous les partis socialistes. Ce fut lui qui se prononça devant le Sovnarkom en faveur du rétablissement d’une police politique secrète, arguant qu’il fallait protéger efficacement la révolution d’Octobre. Ainsi naquit une Commission extraordinaire que Lénine recommandait de placer sous l’autorité de Felix Dzerjinski et dont les pouvoirs concernant la « répression de la contre-révolution et du sabotage » étaient laissés délibérément dans le flou. Libre de toute ingérence du Sovnarkom, cette institution portait le nom de Commission extraordinaire parce que Lénine croyait qu’elle ne serait nécessaire que pendant un temps limité. D’ailleurs, à cette époque, il ne parlait pas encore de se lancer une campagne de terreur de masse.
La création de cette Tchéka (l’acronyme russe de Commission extraordinaire) constitua une étape fatidique. Lénine n’étant pas de nature à croire en la légalité, il ne lui déplaisait pas d’avoir une police secrète libre de toute contrainte imposée par les subtilités des procédures écrites. Par ailleurs, les statuts de la Tchéka les autorisaient, Dzerjinski et lui, à étendre son domaine d’intervention à volonté. Il parlait sans arrêt de ces sangsues de bourgeois et trouvait que la guerre des classes ne manquait pas d’attraits. Il eut un jour une conversation sur les intentions des bolcheviks avec Isaac Steinberg, un socialiste-révolutionnaire de gauche. Steinberg le prit à partie : « Dans ce cas, pourquoi s’embêter avec un commissariat du peuple à la Justice ? Appelons-le franchement le commissariat à l’Annihilation sociale et nous y participerons ! »
Lénine rétorqua : « Bien vu !… c’est exactement ça… mais nous, nous ne pouvons pas le dire. » Rien ne prouve qu’il ait inclus dans les objectifs du parti l’extermination des classes moyennes, mais les abus concernant les riches, les aristocrates et les privilégiés ne suscitaient certainement chez lui aucune compassion. Son ressentiment à l’égard des anciennes élites, toujours aussi vif depuis l’exécution d’Alexandre Oulianov en 1887, était prêt à remonter à la surface. »
Depuis le coup d’État Bolchevique, Lénine avait tenté inlassablement de reporter la convocation de l’Assemblée Constituante, craignant, à juste titre, d’y être minoritaire suite aux élections au Suffrage Universel du mois de décembre 1917. Ce fut effectivement le cas, puisque les Bolcheviques ne récoltèrent qu’un quart des voix.
N’arrivant pas à empêcher la réunion de l’Assemblée, Lénine complota donc en vue de la liquider dès son ouverture.
Et effectivement, l’Assemblée Constituante réunit le 5 janvier 1918, fut dissoute par la force, sur ordre de Lénine, dès le lendemain matin.
Puis, comme l’avait prévu Lénine, la répression se généralisa (pages 365 à 368) :
« Il jugeait aussi que les travailleurs devenaient beaucoup trop nombrilistes. Il fallait traiter les ouvriers imprimeurs en grève comme des voyous et mettre en prison ceux qui ne reprenaient pas le travail. Le régime avait été trop clément dans l’ensemble. Lénine expliquait que « recensement et contrôle » étendus n’avaient que trop tardé :
« L’objectif de ce « recensement » et de ce « contrôle » est clair et accessible à tous : que chacun ait du pain, de bonnes chaussures et des vêtements corrects, un endroit où vivre sans avoir froid, et la possibilité de travailler consciencieusement ; que les voyous ne puissent se promener en liberté (et cela inclut tous ceux qui s’arrangent pour ne pas travailler) mais qu’au contraire ils soient en prison ou purgent les peines de travaux forcés les plus lourdes ; que les riches ayant enfreint les règles et les lois du socialisme n’échappent pas au sort réservé aux voyous qui en toute justice devrait être le leur. »
Tout cela indiquait clairement son intention de se montrer implacable, y compris à l’égard des catégories sociales qui autrefois lui avaient apporté leur soutien avec enthousiasme. Il n’en avait pas vraiment conscience, mais ses revers politiques et économiques le mettaient face aux conséquences de la révolution d’Octobre. Inhérent à sa pensée depuis toujours, son autoritarisme devenait aujourd’hui extrême et évident. À Uusikirkko, il avait griffonné quelques notes en vue d’un autre article qu’il avait l’intention d’écrire sans tarder. « D’abord vaincre la bourgeoisie, et ensuite la combattre à l’étranger », preuve de sa volonté de donner la priorité à la consolidation du régime et d’attendre un peu avant d’étendre la révolution à d’autres pays industriels. Ces différentes ébauches d’articles montrent bien que cette lutte sans merci contre la bourgeoisie russe s’accompagnerait d’une politique d’intimidation des « masses » de grande envergure. Lénine, l’homme au cœur dur comme la pierre, s’était endurci davantage.
À l’institut Smolny, il finalisa avec Sverdlov les préparatifs pour l’annulation des premières (et dernières jusqu’en 1993) élections russes dans le cadre d’un suffrage universel où régnerait un tant soit peu de liberté. Lénine et Trotski n’avaient jamais caché leur hostilité à l’Assemblée constituante. Durant tout le mois de décembre, ils avaient expliqué que ces élections ne donnaient aucune indication fiable des intérêts du peuple, et tous les bolcheviks et socialistes-révolutionnaires de gauche des comités centraux s’étaient rangés à leur avis. Ils envisagèrent ouvertement, sinon dans la Pravda du moins dans la rue, d’avoir recours à une répression violente.
(…) Il voulait poursuivre la révolution et ne laisserait aucun obstacle se dresser devant elle. Pendant les quelques jours qui suivirent, il se concentra sur les dispositions à prendre pour la session de l’Assemblée constituante au palais de Tauride. Dès qu’il abordait le sujet, il perdait tout sens de la mesure. L’ouverture était prévue pour le 5 janvier 1918. Ce jour-là, en arrivant au palais, il était déjà très tendu : il savait que ce qu’il avait l’intention de faire – dissoudre l’Assemblée – revêtait une importance historique. Lorsque les débats commencèrent, il devint blanc comme un linge.
(…) Le plan de Lénine était assez astucieux : il ordonna au communiste anarchiste Anatoli Jelezniakov d’annoncer à un Tchernov médusé, en sa qualité de commandant de la garde du palais de Tauride, que la garde était « fatiguée », et qu’il fallait disperser l’Assemblée. Tchernov n’eut pas d’autre choix que d’obtempérer et de lever la séance.
(…) Une fois au pouvoir, le Sovnarkom devait avoir recours à la force pour s’y maintenir. Avant la révolution d’Octobre, les chefs de parti ne l’admettaient pas tous, mais, après le 5 janvier, tous l’avaient compris. S’ils l’avaient su, ils n’auraient peut-être pas approuvé le coup d’État, mais ils avaient donné suite à la requête insistante de Lénine : renverser le gouvernement provisoire à sa façon et au moment voulu par lui. Aujourd’hui, ils apprenaient à vivre avec ce que cette révolution leur avait apporté, sans le lui reprocher. »
En ce qui concerne les négociations de paix entre l’Allemagne et la Russie, Lénine chargea Trotski des pourparlers, en sa qualité de Commissaire du Peuple aux Affaires Étrangères. En effet, pour mener à bien une Révolution Communiste en Russie puis mondiale, il fallait que le Parti-État-Unique Bolchevique ait les mains libres, donc de pouvoir en finir avec la Guerre.
La position de Trotski se résuma dans ce slogan « ni guerre, ni paix ». Alors que Lénine, pour avoir le champ libre, voulait obtenir la paix le plus rapidement possible, quitte à ce que cela relève : « d’une paix séparée et annexionniste ». Après de longues et âpres discussions au sein du Parti Bolchevique, ce furent finalement les thèses de Lénine qui l’emportèrent. Le temps pressait, celui…, de la « Révolution Communiste » !
Finalement le traité de paix séparé fut signé avec l’Allemagne, le 3 mars 1918 à Brest-Litovsk.
C’est également ce même mois que le siège du Comité Central du Parti Bolchevique fut transféré de Petrograd à Moscou, au Kremlin.

La Dictature Terroriste de Lénine s’intensifia très rapidement en ce début d’année 1918. Il commença à former son système Totalitaire Communiste. Les décrets à caractères Terroristes pullulèrent, comme celui rédigé par Lénine dans le cadre du Sovnarkom (Gouvernement) en date du 14 janvier 1918 (pages 381 à 386) :
« À la commission chargée de l’approvisionnement en vivres de la Grande Russie, ainsi qu’au commissariat à l’Approvisionnement, le [Sovnarkom] propose d’augmenter le nombre de délégations, en milieu rural, de commissaires et de détachements armés importants affectés aux mesures les plus révolutionnaires, pour le déplacement de charges ainsi que la collecte et la distribution de céréales. Ils devront aussi livrer un combat sans merci contre les spéculateurs, allant jusqu’à proposer aux soviets locaux de les fusiller sur-le-champ, eux les saboteurs avérés. »
Son austérité des dernières semaines revêtait la forme d’une nouvelle politique. Et si, dans ses discours, il n’abordait pas ouvertement la question, son orientation vers un autoritarisme toujours plus prononcé était parfaitement claire.
Au printemps 1918, le Sovnarkom ne se fit aucun scrupule d’interdire les nombreux soviets des provinces à majorité menchevique. La Tchéka et les tout nouveaux contingents de l’Armée rouge furent chargés d’empêcher toute résistance d’une quelconque envergure. Le régime ne se contentait plus de prendre en chasse ses ennemis déclarés – Cadets, mencheviks et socialistes-révolutionnaires de droite -, il commençait à persécuter les groupes sociaux sur lesquels il s’était appuyé pour arriver au pouvoir. Lénine avait supposé que la classe ouvrière, une fois devenue favorable aux bolcheviks, ne retournerait jamais dans le camp adverse ; mais sa foi dans le « prolétariat » avait toujours été conditionnelle, même en 1917, et dans son Que faire ? de 1902 il avait affirmé que les ouvriers ne pourraient adopter des politiques révolutionnaires qu’en se laissant guider avec justesse et fermeté par l’intelligentsia marxiste. Au mieux, on pouvait taxer cela de paternalisme idéologique. Désormais, il n’éprouvait aucune retenue à supprimer les droits civiques de la classe ouvrière : la suprématie du régime ne devait pas être remise en cause. Aucune concession ne serait faite à l’indiscipline, même sur le lieu de travail. Lénine affirmait sa volonté d’introduire le principe de l’organisation scientifique du travail, que prônait Frederick Taylor, théoricien américain qu’il avait autrefois accusé de défendre les intérêts capitalistes.
À ses yeux, la dictature était capitale.
(…) il insistait : « Mais la dictature est un grand mot. Et les grands mots ne doivent pas être des paroles en l’air. La dictature est une loi d’airain, audacieuse sur le plan révolutionnaire, et vive et implacable dans l’élimination des exploiteurs et des vandales. » La suite choqua un grand nombre de ses associés de la première heure. Il y déclarait en effet : « La responsabilité des fléaux comme la famine et le chômage doit être rejetée sur tous ceux qui enfreignent la discipline du travail à l’usine, à la ferme ou dans l’entreprise ». La solution ? Appliquer des méthodes vraiment dictatoriales ; il était nécessaire, expliquait-il, « d’identifier les coupables, de les poursuivre en justice et de les châtier sans pitié ».
La dissolution de l’Assemblée constituante et la signature du traité de Brest-Litovsk confirmèrent la détermination du leader bolchevique à rester au pouvoir. Sous sa direction, le parti bolchevique avait même réussi à chasser les socialistes-révolutionnaires de gauche. Mais ce n’était pas tout : les changements de politique gouvernementale et les clarifications apportées lui avaient aliéné des pans entiers de l’opinion publique. Les ouvriers, et aussi les paysans quand ils entendirent parler de la révolution d’Octobre, avaient favorablement accueilli les décrets du Sovnarkom, mais la nouvelle politique de Lénine et du comité central engendra une hostilité manifeste en même temps qu’une immense apathie. Les bolcheviks gouvernaient comme une minorité politique vaincue ce qui subsistait de l’empire russe – des régions principalement habitées par des Russes -, et cette prise de conscience les conduisit à durcir leur attitude, pensant que le meilleur moyen d’affronter les difficultés était de se montrer plus sévères et non de proposer des compromis.
(…) Une partie croissante de l’opinion publique réclamait l’abandon du monopole d’État sur le commerce des céréales et la possibilité pour chaque paysan de vendre ses produits sur les marchés. Il était amplement démontré que les paysans accumulaient les réserves de céréales ; aussi, pour relancer les échanges économiques entre la ville et la campagne, soutenait-on de toutes parts, il était capital de faire des concessions au commerce privé. Les Cadets, mencheviks et socialistes-révolutionnaires du gouvernement provisoire avaient approuvé et maintenu le monopole d’État sur les céréales. Aujourd’hui, démis de leurs fonctions et voyant l’effondrement économique atteindre des abysses, ils insistaient sur la nécessité d’un revirement complet.
Les dirigeants bolcheviques refusaient : ils avaient déclenché une « révolution socialiste » et n’admettraient en aucun cas de supprimer des mesures politiques anticapitalistes que même un « gouvernement de capitalistes », en l’occurrence le gouvernement provisoire, avait renforcées.
(…) Lénine avait annoncé son intention d’exploiter les capitalistes et de s’en débarrasser ensuite. Il avait déjà nationalisé des banques et de nombreuses usines et mines, sévèrement réglementé le commerce extérieur, refusé de respecter l’obligation gouvernementale de payer les créanciers, à l’intérieur comme à l’étranger, privé de leurs droits civiques les citoyens les plus riches, créé la Tchéka et instauré une dictature de classe.
(…) Sa théorie révolutionnaire d’avant 1917 était pleine de contradictions et d’incohérences ; au pouvoir, il devait user de moyens pratiques, trouver comment rendre opérationnelle une formule abstraite, et cela signifiait insister toujours plus sur les notions de dictature et de violence. À mesure qu’il clarifiait sa pensée, il s’engageait davantage sur la voie du centralisme, de la hiérarchie et de la discipline. Il voulait que l’État intervienne pour la coordination et l’endoctrinement, sous contrôle du parti bolchevique. Il jugeait toujours important d’inciter le peuple à l’initiative, mais l’impopularité croissante de son parti l’avait poussé à se dire que, s’il devait choisir, il préférait prescrire et imposer sa politique plutôt que de laisser les autres adopter une ligne de conduite contraire à ses aspirations – que ce soit le peuple dans son ensemble ou en partie seulement, la classe ouvrière par exemple.
Ses a priori sociaux n’avaient pas pour autant disparu, loin de là. Il insistait toujours sur la nécessité d’édifier un État privilégiant la classe ouvrière. Il fallait garantir aux ouvriers un accroissement des possibilités de promotion vers des responsabilités administratives, l’instauration d’une administration efficace demeurant la priorité du régime. Et, comme lui-même l’avouait d’ailleurs sans honte, son socialisme était à tendance urbanistique : les villages devaient être industrialisés et les moujiks appelés à devenir agriculteurs et gérants de fermes collectives. D’une manière générale, dans la société, les petites unités avaient vocation à disparaître progressivement au profit d’activités de grande envergure impliquant une population importante et considérées comme intrinsèquement supérieures. Indéniablement, le grandiose était associé au beau.
L’essence du socialisme résidant dans « le contrôle et la tenue de la comptabilité », comme Lénine ne cessait de le répéter ad nauseam, il était essentiel de se concentrer sur l’amélioration marquée du niveau d’instruction et de développement sensible du sens de la ponctualité. Les grands laissés-pour-compte étaient l’altruisme, la gentillesse, la tolérance et la patience, les fondamentaux de l’idéologie léniniste s’articulant davantage autour de la lutte des classes et de la guerre civile. La clémence et la miséricorde étaient considérées comme les signes d’un sentimentalisme inexcusable, et la poursuite implacable des objectifs du parti comme le devoir suprême dont il fallait s’acquitter avec un dynamisme exemplaire. Le léninisme accordait une grande importance à l’exercice d’une forte pression sur les institutions, les groupes et les individus, nécessaire pour atteindre ses objectifs.
(…) Lénine était loin de suggérer que la révolution socialiste réussirait simplement grâce à l’action de fonctionnaires zélés, obéissant à des règles soigneusement édictées. Il exigeait de l’action, de l’action frénétique et se moquait d’une régularité procédurière. Il estimait que la fin justifiait les moyens. Il n’était pas nécessaire d’avoir de critère moral autre que celui de l’utilité, ou non, d’une action pour la cause de la révolution. Les bolcheviks disposant des connaissances scientifiques suffisantes pour agir, Lénine revendiquait le bien-fondé incomparable de son idéologie et donnait libre cours à son désir d’endoctriner l’ensemble de la société. S’il n’a pas conceptualisé l’arbitraire, c’est parce que sa façon de gouverner l’était naturellement : sa philosophie officielle exprimait son mépris de tout engagement absolu pour des idéaux universels comme la démocratie, l’équité sociale et la justice. »
C’est toujours en mars 1918 que, lors du 7ème Congrès, eut lieu le changement de dénomination du groupe Bolchevique, qui prit désormais le nom de : Parti Communiste Russe.
C’était le début de la politique Terroriste Communiste par la Terreur Rouge Bolchevique !
Et même si Robert Service n’en dit mot, c’est dans l’été 1918 que Lénine avalisa l’ouverture des Camps de Concentration et Camps de Travail, réclamés à cor et à cri par Trotski.

Une fois au Pouvoir, Lénine ne cachait donc plus ses intentions réelles. En ce printemps 1918, alors que la population Russe était exsangue, Lénine rendit la situation encore plus catastrophique par sa politique de Communisme de Guerre. Ce Communisme de Guerre consistait dans les réquisitions forcées des récoltes agricoles ; politique Totalitaire débouchant inéluctablement sur la Guerre Civile. Le summum dans l’horreur de ce Communisme de Guerre aboutit, en 1920-1921, à la gigantesque famine qui causa la mort de 5 000 000 de paysans Russes ! (pages 388 à 391) :
« Une fois les bolcheviks entrés au gouvernement, Lénine cessa d’être évasif sur certains aspects de sa pensée susceptibles de déplaire aux ouvriers, soldats, paysans… et membres de son propre parti. Il reprit ouvertement ses thèmes favoris : la dictature, la terreur, la guerre civile et la guerre impérialiste.
(…) À ses yeux, la guerre civile tenait plus ou moins d’une lutte des classes intensive. L’évènement qu’il étudia de la manière la plus approfondie fut la Commune de Paris, en 1871. Selon lui, il s’agissait d’un modèle rudimentaire de gouvernement par le peuple, et tout ce que la Commune avait accompli avant d’être écrasée par les troupes d’Adolphe Thiers, le chef du gouvernement français, forçait l’admiration.
À sa façon simpliste, Lénine concluait que l’échec des communards résultait principalement de leur incapacité à imposer un régime strict à l’intérieur et à mettre sur pied une armée adéquate. Il en déduisait donc avec enthousiasme que, si les « classes laborieuses » de Russie évitaient de commettre la même erreur, leur supériorité numérique et l’excellence de leur organisation leur garantiraient la victoire. Il se persuadait que la guerre civile apparue dans le sillage de la révolution d’Octobre arrivait à sa fin.
(…) Or, Lénine se fourvoyait complètement : il n’anticipait absolument pas l’intensité des combats qui allaient déferler sur le pays. Dans le Sud, loin de tirer à sa fin, la guerre civile ne faisait que commencer : les généraux Alexëiev et Kornilov entraînaient une armée de volontaires qui viendrait s’ajouter à deux autres, rassemblées par des officiers se désignant comme « blancs » et résolus à renverser le gouvernement de Moscou.
Les armées blanches n’étaient pas les seules à projeter de renverser les bolcheviks. Après la dissolution de l’Assemblée constituante, les socialistes-révolutionnaires, rassemblés dans la région de Samara, sur la Volga, instaurèrent un gouvernement d’orientation socialiste prétendant être le seul de la Russie à posséder une véritable légitimité. Ils lui donnèrent le nom de Komuch, acronyme de Comité des membres de l’Assemblée constituante. Ailleurs encore, les socialistes-révolutionnaires de gauche envisageaient d’organiser un soulèvement contre le Sovnarkom. La Russie était au bord d’un conflit armé d’une ampleur insoupçonnée.
Si Lénine s’était rendu célèbre par son anticipation de la stratégie et des évènements qui aboutirent à la révolution d’Octobre, il est clair que, pour la guerre civile, il n’eut pas la même intuition.
En mai 1918, il continua d’appliquer sa ligne politique générale à une économie en ruine. L’un des axes principaux de cette politique était l’instauration d’une « dictature du ravitaillement » justifiant après coup les mesures locales qui avaient déjà été prises pour assurer l’approvisionnement des villes. Aux réunions du Sovnarkom, il insistait sur l’urgence de son programme, et lorsque le présidium de Conseil suprême de l’économie nationale parut vouloir empêcher une approche coordonnée des mesures visant l’industrie et l’agriculture, Lénine s’emporta contre Milioutine, l’un de ses responsables.
(…) Sa priorité du moment était la collecte de céréales dans les campagnes ; la guerre civile était le cadet de ses soucis. Il demanda à Trotski, récemment nommé commissaire du peuple aux Affaires militaires et occupé à rassembler ouvriers et paysans pour constituer l’Armée rouge, de consacrer neuf dixièmes des efforts de l’armée à l’approvisionnement en vivres. Il déclara au Sovnarkom que le recel de céréales devait désormais être considéré comme le plus odieux des crimes ; il fallait traiter les thésauriseurs de blé, insistait-il, comme des « ennemis du peuple », et l’État : « mènerait jusqu’au bout une guerre défensive terroriste et implacable contre la bourgeoisie paysanne et toute autre bourgeoisie qui garderait des excédents de céréales par devers-elle ». » (Note n°4, page 548 : Sovnarkom, 8 et 9 mai 1918 : GARF, f. 130, op. 2, d. 1 (3/4)).

En ce mois de juillet, Lénine profita de disposer, désormais, du Pouvoir Absolu, pour assouvir sa vengeance personnelle envers la famille ex-Tsariste des Romanov. Non seulement, il éprouvait une rancune tenace envers Nicolas II (fils du Tsar Alexandre III), qu’il tenait, lui aussi, pour responsable de la mort de son frère Alexandre, mais, Lénine, pourvu d’une personnalité profondément haineuse, en profita pour massacrer toute la famille impériale. Pourtant les enfants, eux, étaient parfaitement innocents (pages 395 à 398) :
« Face à la montée des périls, Lénine redoublait d’acharnement. Rien ne pouvait assouvir complètement sa soif de vengeance contre des éléments de la société impériale russe pour qui il n’avait que mépris quand il ne leur vouait pas de haine. Il avait notamment un compte à régler avec les descendants d’Alexandre III, le tsar qui avait refusé d’épargner la vie à son frère aîné. Depuis le 30 avril, Nicolas II et la tsarine Alexandra étaient retenus, avec toute leur famille, dans la villa Ipatiev, à Ekaterinbourg. Or, à tout moment les adversaires des bolcheviks pouvaient franchir l’Oural et se porter au secours de la famille impériale. Pendant des mois, le comité central avait réfléchi en secret au sort qu’il convenait de réserver à Nicolas II.
(…) Trotski conseillait de ramener le tsar déchu à Moscou et de le juger pour les abus commis par lui et en son nom jusqu’en 1917.
(…) Et peut-on trouver plus draconien que les évènements survenus aux premières heures du 18 juillet 1918, lorsqu’on tira brutalement de leur sommeil le tsar déchu et sa famille pour les amener dans la cave de la villa Ipatiev, les mettre dos au mur et les abattre tous ?
Ce fut l’une des plus horribles tueries de la révolution. Au nombre des victimes figuraient non seulement le tsar et son épouse, mais aussi leurs quatre filles, le tsarévitch atteint d’hémophilie et plusieurs domestiques.
(…) Lénine extermina les Romanov parce qu’ils avaient mal gouverné la Russie ; mais s’il eut recours à de telles mesures d’exception, c’est aussi parce qu’il prenait plaisir – un vrai plaisir – à se déchaîner contre tous les représentants de l’Ancien Régime. (En français dans le texte (NdT)). Sa haine n’était pas seulement dirigée contre la famille impériale, mais aussi contre les intermédiaires qui administraient et contrôlaient la Russie d’avant 1917. Il n’avait jamais oublié qu’après la condamnation d’Alexandre Ilitch sa famille avait été frappée d’ostracisme. Prêtres, propriétaires, enseignants, ingénieurs et fonctionnaires, tous les avaient traités comme des parias. Alors pourquoi les protégerait-il maintenant ?
(…) Il est plus probable que Lénine laissait son enthousiasme furieux pour la lutte des classes, avec recours à la terreur, dominer toute sa pensée, obsédé par son souci de terroriser toute personne susceptible de s’opposer au Sovnarkom. La politique était marquée par une extrême violence ; les bolcheviques n’étaient pas seulement les auteurs d’actes terroristes, ils en étaient aussi la cible : Lénine avait échappé de peu à un attentat en janvier 1918 et Volodarski, membre éminent du comité de Petrograd, fut assassiné en juin. Cette violence était en grande partie le produit de la révolution d’Octobre et Lénine en était largement responsable, mais, une fois le cycle enclenché, d’autres y participèrent également.
(…) Cette colère intense de Lénine transparaît de manière évidente dans une lettre envoyée aux bolcheviks de Penza, le 11 août 1918 :
« Camarades ! La révolte des cinq districts koulaks doit être implacablement réprimée. Ce sont les intérêts de la révolution dans son ensemble qui l’exigent, car nous engageons maintenant partout le « combat ultime et décisif » contre les koulaks. Il faut un châtiment exemplaire :
1. Pendre (et s’assurer que la pendaison a lieu sous les yeux du peuple) pas moins d’une centaine de personnes connues pour être des koulaks, des riches, des sangsues.
2. Publier leurs noms.
3. Réquisitionner tout leur blé.
4. Désigner des otages selon les indications données dans le télégramme d’hier et de manière à ce que, à des centaines de verstes à la ronde, le peuple puisse voir, trembler, savoir, crier : « Ils étranglent et continueront à étrangler, jusqu’à ce que mort s’ensuive, ces sangsues de koulaks. »
Télégraphiez que vous avez bien reçu ce télégramme et procédez comme indiqué ci-dessus.
Bien à vous, Lénine
Trouvez de vrais durs. (Note n°12, page 548 : Komsomol’skaya Pravda, 12 février 1992). »
Ces propos étaient si choquants, à la fois dans le ton employé et dans leur contenu, qu’ils restèrent enfouis dans des archives secrètes pendant toute la période soviétique. La définition très vague des victimes (koulaks, riches, sangsues) était la porte ouverte à tous les abus, auxquels invitait le message tout entier. Des individus devaient être assassinés, sur décision judiciaire, au seul motif de leur appartenance à une classe sociale donnée.
En fait, Lénine traitait des régions entières de la province de Penza comme des « districts koulaks ». Par son langage outrancier, il augmentait les risques de voir des hommes en armes débarquer dans les villages et loger tout le monde à la même enseigne. Il voulait intimider toute la population rurale, et pas seulement la minorité des paysans riches, et ne se souciait guère d’un éventuel impact négatif sur l’institution des « comités de paysans pauvres » inscrite à son programme politique. C’est ce goût cruel de la terreur exemplaire qui est si révoltant. Éliminée, la méthode toute simple du peloton d’exécution, avec une mort rapide : Lénine exigeait une pendaison publique. Et, sachant que les bolcheviks n’auraient pas tous le cœur assez bien accroché pour servir de bourreaux, il demandait aux camarades de Penza de trouver des gens assez durs pour exécuter ses ordres. Ce genre de message, loin d’être l’exception, constituait la règle : durant tout l’été 1918 et jusqu’à la fin de la guerre civile, Lénine ne cessa de vociférer de la sorte. Il soutenait qu’en cas d’attaque il fallait raser Bakou et le faire savoir publiquement pour dissuader ceux qui collaboraient avec l’ennemi. Il revenait à des pratiques barbares, refusant toute sacralisation des principes moraux. »
L’Idéologie Totalitaire Communiste devait passer avant tout et tout le monde, y compris, avant les membres de la propre famille de Lénine, comme la terrible mort de son cousin germain : Vladimir Ardachev (pages 399 à 403) :
« Son cousin germain Vladimir Ardachev, avec qui il avait passé quelques étés dans la propriété familiale de Kokouchkino, était avocat. Dans sa jeunesse, Lénine avait passé beaucoup de temps en compagnie des Ardachev, qui lui avaient aussi rendu visite à l’étranger. Et voilà qu’à l’été 1918 la nouvelle parvint jusqu’à Lénine, à Moscou : l’innocent avocat avait été fusillé par les bolcheviks d’Ekaterinbourg. Son crime ? Être issu de la bourgeoisie, catégorie sociale indésirable.
Lénine en fut à peine troublé. Dans cette guerre civile, le cousin Ardachev était du mauvais côté de la barrière. C’était un homme honnête qui se tenait à l’écart de la politique et n’avait rien fait pour mériter cette exécution, mais l’enchaînement logique des évènements obligeait tous les Russes à choisir : on était soit pour, soit contre la « dictature prolétarienne ». Les liens familiaux étaient subordonnés à la politique. Jamais il ne vint à l’idée de Lénine de s’interroger sur les mérites d’une révolution admettant qu’on supprime des gens honnêtes, bien intentionnés et compétents comme son cousin. Dans ce carnage révolutionnaire, il s’arrangeait toujours pour rester hors champ. C’était l’attitude d’un fanatique au savoir livresque qui n’éprouvait aucun besoin d’assister en personne à la violence réalité de sa révolution. Il savait ce qu’il voulait en théorie, de façon abstraite, et traitait la mort d’innocents comme un effet collatéral du cours de l’Histoire. Avoir du sang sur les mains ne le dérangeait pas outre mesure. En envoyant ces télégrammes répugnants exigeant l’application d’une terreur de masse dans la région de la Volga, il savait que parmi les nombreuses victimes figureraient inévitablement des gens comme son cousin, mais cela ne lui posait aucun problème.
(…) Rares étaient les Russes et encore plus les étrangers qui avaient prédit la prise du pouvoir par le parti de Lénine. Sans la Grande Guerre, il n’y aurait sans doute pas eu de révolution d’Octobre. La chance de Lénine, ce fut l’effondrement économique, le bouleversement administratif et le chaos politique qu’elle engendra. Il avait adapté sa pensée et sa conduite aux opportunités qui se présentaient, notamment en manipulant son parti avec perspicacité, détermination et audace. Sans Lénine, le gouvernement provisoire se serait tout de même heurté à des difficultés et il serait certainement tombé. Ce que Lénine a changé, c’est que cet effondrement, tel qu’il s’est produit, a conduit à un régime d’un autoritarisme extrême et rendu la guerre civile inéluctable.
(…) Pour parvenir à la révolution, il avait tiré sur les ficelles du marxisme, divisé le socialisme russe et européen en des camps opposés et entrepris de bâtir un monde à coups de polémiques idéologiques, de conflits politiques et de guerre civile. »
Le 30 août 1918, Lénine fut à nouveau victime d’une tentative d’assassinat qui, cette fois-ci, faillît bien réussir puisqu’il reçut deux balles.

Pour Lénine, la Terreur était le mode de fonctionnement normal de l’État Totalitaire Communiste (page 410) :
« La dictature, disait-il sans ambages, n’est autre que le pouvoir qui s’appuie directement sur la violence sans aucune limite imposée par la loi. »
En janvier 1919, furent créées des entités issues du Comité Central du Parti Communiste Russe, à savoir : le Bureau Politique ou Politburo et le Bureau Organisationnel ou Orgburo. Ces organes du Parti imposaient leurs décisions au Sovnarkom (Gouvernement). Parallèlement, suite à la signature de l’Armistice de la Première Guerre Mondiale, le 11 novembre 1918, les représentants de la Ligue Spartakiste (futur Parti Communiste Allemand) : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, tentèrent un Putsch en Allemagne le 6 janvier 1919. Mais cette tentative échoua et leur coûta la vie.
C’est également en 1919 que Lénine inaugura : l’Internationale Communiste, nommée aussi 3ème Internationale ou Komintern. L’objectif évident de cette Internationale Communiste était d’émanciper le plus rapidement possible la « Révolution Communiste » Russe à l’ensemble de l’Europe puis à l’échelle de la planète.
Le 1er Congrès de l’Internationale Communiste eut lieu au Kremlin, le 2 mars 1919.

Puis, Robert Service résume parfaitement bien ce que Lénine était en train de fonder comme type d’État Totalitaire dans un laps de temps extrêmement réduit (à peine 6 années). Cela explique la volonté fanatique et Terroriste de Lénine de frapper fort, par la Terreur, pour imposer rapidement l’Idéologie Communiste.
Pour faire appliquer la Terreur Rouge Bolchevique, Lénine s’appuyait donc sur les deux grands organes de répression de son régime Totalitaire Communiste, à savoir : la Tcheka, la Police Politique dirigée par Felix Dzerjinski et L’Armée Rouge dirigée par Trotski. Ce dernier ne lésinait pas sur les moyens Terroristes, comme la prise d’otages, y compris au sein de sa propre Armée Rouge (page 418) :
« Avec le consentement de Lénine, Trotski avait engagé dans l’Armée rouge d’anciens officiers impériaux, leur adjoignant à chacun un commissaire chargé de s’assurer de leur loyauté, et pour faire bonne mesure, il prit en otage des membres de leurs familles qui paieraient de leur vie la moindre incartade. Mais le fondateur de l’Armée rouge ne s’arrêta pas en si bon chemin : il fit aussi fusiller les commissaires coupables d’insubordination et avec les déserteurs il pratiqua la décimation, un châtiment datant de l’époque romaine. Il se moquait bien de réserver un traitement particulier aux responsables bolcheviques de longue date servant dans l’Armée rouge. Pour bien des militaires bolcheviques, cette situation était insupportable et ils demandèrent à être réformés. Quelques-uns établissaient même un parallèle entre Trotski et Napoléon Bonaparte pendant la Révolution française, laissant entendre que le chef de l’Armée rouge, qui n’avait rejoint le parti qu’en 1917, émergeait peut-être en tant que dictateur. Lénine s’efforça d’éviter la controverse aussi longtemps que possible, mais, au sein du parti, une prétendue « opposition militaire » avec, en coulisses, Staline, l’ennemi juré de Trotski, exigeait la révocation des anciens officiers de l’armée impériale. Lénine continua d’éluder la question et n’accepta de trancher que lorsqu’on lui demanda de choisir entre la poursuite de cette politique et la démission de Trotski : il préféra soutenir son commissaire du peuple aux Affaires militaires plutôt que de le perdre. »
C’est cette capacité de destruction massive et rapide qui a permis le développement du système Totalitaire Communiste aux quatre coins de la planète et jusqu’à nos jours. D’ailleurs, tous ces États Totalitaires Communistes : de la Chine de Mao ; à Cuba des frères Castro et du « Che », en passant par le Cambodge de Pol Pot, au Vietnam de Hô Chi Minh, à la Corée du Nord de la dynastie des Kim, de nos jours, etc., TOUS se sont revendiqués du corpus Idéologique, nommé après la mort de Lénine, le : Marxisme-Léninisme (pages 425 et 429) :
« Pendant les dix-huit mois suivant la révolution d’Octobre, les bolcheviks posèrent les fondations d’un État unique qui dura soixante-dix ans et servit de modèle aux régimes communistes de l’après-Seconde Guerre mondiale dans le tiers monde habité : un seul parti au pouvoir, avec un législatif, un exécutif et un judiciaire qui lui étaient politiquement subordonnés. Le parti était en réalité l’instance suprême de l’État, et Lénine, le chef suprême de cette instance, sans en avoir le nom.
(…) Gorki était plutôt choqué de s’apercevoir de la profonde méfiance que Lénine, manifestement, nourrissait à l’encontre des Russes ordinaires. Aux yeux du leader bolchevique, ils n’étaient que des enfants prometteurs devant encore passer par l’école, et cela n’était pas seulement valable pour les ennemis du parti – koulaks, prêtres, marchands, banquiers et nobles. Son mépris s’étendait aussi à l’encontre de ceux que le parti était censé chérir : les classes sociales inférieures.
Si les paysans suscitaient chez lui une colère particulière, les ouvriers l’agaçaient en voulant à tout prix conserver les traditions du calendrier religieux. Bien avant la fête de la Saint-Nicolas d’été, le 9 mai, il s’était exclamé : « C’est une idiotie que de renouer avec la fête de « Nicolas ». Il faut que les Tchékas se réveillent et tirent sur tous ceux qui ne se présenteront pas au travail à cause de ces festivités. » (Note n°4, page 549 : Citation extraite de D. A. Volkogonov, Sem’vozhdei, vol. 1, p. 135). Il poursuivit en préconisant la même sorte de violence préventive pour les fêtes de Noël et du nouvel an. Et il se prétendait l’ami des ouvriers ! »
Durant la Guerre Civile provoquée par le Pouvoir Bolchevique, Lénine, révélant son fanatisme extrême, eut des discours Terroristes d’un rare sadisme (page 430) :
« Dans la terreur qu’il voulait imposer se glissait aussi une sorte de plaisir à l’état pur :
« Il est diaboliquement important d’en finir avec Ioudenitch (plus précisément de l’achever : de lui infliger une raclée définitive). Au cas où l’offensive serait lancée [par lui], ne pourrait-on pas mobiliser vingt mille ouvriers de Petrograd plus dix mille bourgeois, placer l’artillerie derrière, en abattre plusieurs centaines et créer un véritable effet de masse contre Ioudenitch ? » (Note n°6, page 549 : A. Latyshev, Rassekrechennyi Lenin, p. 44 et 45).
La proposition était si scandaleuse qu’elle fut tenue secrète jusqu’après l’effondrement de l’Union soviétique. »
C’était le règne de la répression totale et de l’arbitraire par le Communisme de Guerre et la Terreur Rouge Bolchevique. En février 1920, uniquement parce que la situation économique était catastrophique, par pur pragmatisme et non par sentimentalisme humaniste, Trotski proposa à Lénine (qui ne voulait pas en entendre parler) de réduire les réquisitions forcées de céréales. Il s’agissait d’un avant-goût de la future Nouvelle Politique Économique (N.E.P.), que Lénine finira par mettre en place en mars 1921, mais après la mort de…, plusieurs millions de Russes innocents (pages 433 et 434) :
« Il expliqua que les campagnes d’expropriation avaient créé un cercle vicieux : les paysans gardaient des réserves et le gouvernement réagissait violemment, ce qui entraînait une réduction des surfaces cultivées et attisait la révolte. Trotski proposa de limiter la quantité de blé susceptible d’être saisi dans certaines régions agricoles et d’autoriser les foyers paysans à vendre leurs excédents. Pour en finir avec la famine, la ruine et le chaos dans les campagnes, il fallait briser le cercle vicieux.
Cette proposition, Trotski l’avait exprimée en termes pragmatiques : il ne s’émouvait pas plus de la condition des paysans qu’un autre dirigeant bolchevique, mais il était préoccupé par la menace qui pesait sur l’agriculture. D’ordinaire, Lénine était sensible à la nécessité de moduler la politique pour des raisons pratiques, mais pas cette fois. En 1918-1919, en réaction à l’urgence alimentaire, il avait favorisé les monopoles d’État instaurés par la politique économique officielle. Durant toute la guerre civile, il avait répété qu’il n’existait pas de véritable pénurie de céréales : les koulaks, en gardant des réserves, étaient à la fois la cause et la solution au problème. Il rejeta donc le diagnostic de Trotski au cours d’une séance houleuse du comité central où les deux hommes se disputèrent âprement. Lénine se mit dans une telle colère qu’il accusa Trotski de soutenir le « libre-échange », politique des capitalistes britanniques de XIXe siècle. Cette accusation fit mouche, blessant terriblement Trotski, qui n’apprécia pas du tout d’être comparé à Richard Cobden, Robert Peel et John Bright. Les propos de Lénine étaient parfaitement injustifiés car Trotski ne proposait pas une réforme agraire permanente ou sans restrictions ; il ne demandait même pas son application à l’ensemble du pays. Néanmoins, Lénine était sûr d’obtenir la majorité, et il l’emporta par onze voix contre quatre. »
Puis, en 1920, Trotski trouvant efficace la manière dont il dirigeait son Armée Rouge, fit la proposition au Politburo, de transposer les méthodes autoritaires appliquées dans son Armée Armée, dans le cadre du Travail, en formant des « Armées du Travail ». Trotski formalisa même sa pensée qu’il nomma : »la Militarisation du Travail », en cette année 1920, dans un ouvrage qui porte un nom, on ne peut plus clair : « Terrorisme et Communisme » (page 437) :
« Lorsqu’on aborda la question de la démobilisation, Trotski avança une idée singulière, à savoir la formation d’ »armées du travail » avec les effectifs de l’Armée rouge et leur déploiement au service de le reconstruction économique : sous la férule de l’armée, les conscrits seraient bien plus efficaces que la main-d’œuvre urbaine actuellement disponible pour restaurer routes, immeubles, mines et entreprises industrielles. À entendre Trotski, on avait l’impression que la « militarisation du travail » pourrait même devenir un phénomène de longue haleine. Lénine donna son aval tout en restant très prudent, et il veilla à ne pas ternir son image. Les conscrits et leurs familles ne verraient plus d’un bon œil la constitution de ces armées spéciales, tout comme les ouvriers des villes qui percevraient dans cette politique officielle un glissement vers un autoritarisme exacerbé. Tout en adhérant au point de vue de Trotski, à savoir que les armées du travail permettraient de réaliser à court terme des tâches essentielles sur le plan économique, Lénine prit soin de s’arranger pour que la Pravda ne retransmette que les plus grandes lignes du discours qu’il prononça sur le sujet à la conférence du parti de la province de Moscou. Conscient de la suspicion de la classe ouvrière, des conscrits et des paysans vis-à-vis de son régime comme de lui-même, il jugeait inutile de se les mettre à dos avec la rhétorique autoritaire de Trotski. »
Toujours en 1920, Lénine envoya Trotski et Staline « Communiser » et « Soviétiser », par le guerre, la Pologne, dans le cadre de l’hégémonie du système Totalitaire Communiste mondial. Pendant que l’Armée Rouge de Trotski progressait en Pologne, Lénine envoyait d’ignominieux messages Terroristes et barbares à l’attention de Skilianski, l’adjoint de Trotski. En voici un exemple (page 447) :
« Un plan magnifique. Mettez-y la dernière main avec Dzerjinski. En nous faisant passer pour des « verts » (nous leur collerons ça sur le dos après), nous avancerons de dix à vingt verstes et pendrons koulaks, prêtres et propriétaires terriens. Cent mille roubles de récompense pour chaque pendu ».
Mais l’Armée Rouge arrivant près de la Vistule, à l’extérieur de Varsovie, dut se replier sur la route de Smolensk en direction de Moscou ; face à l’écrasante suprématie de l’Armée Polonaise de Pilsudski. Lénine n’ayant alors plus le choix : il dut demander la paix à la Pologne. La tentative de « Communisation » de la Pologne fut donc un fiasco total pour le pouvoir Soviétique.

En pleine Guerre Civile, le 2 mars 1921 eut lieu l’insurrection des Marins de Kronstadt, engendrant des grèves à Petrograd (page 463) :
« Au beau milieu du congrès parvinrent les nouvelles de Kronstadt : les marins de la garnison s’étaient insurgés. Ils exigeaient la fin de la terreur, de la dictature, des réquisitions de blé et du gouvernement unipartite ; ils avaient perdu tout espoir dans la parti bolchevique qu’ils en étaient venus à l’abhorrer ; ils exigeaient « tout le pouvoir aux soviets et non aux partis ». C’était la crise militaire interne la plus grave depuis le soulèvement des socialistes-révolutionnaires de gauche en juillet 1918. Les marins de Kronstadt étaient pourtant connus pour avoir apporté un soutien massif aux bolcheviks en 1917. Et puis, ce n’était pas le moment d’affronter une mutinerie : le régime était menacé par les révoltes paysannes de Russie, d’Ukraine, du nord du Caucase et de l’ouest de la Sibérie. La famine ravageait la Volga et l’Ukraine. Le secteur industrielle était en pleine déliquescence. Interdits, les partis politiques concurrents n’avaient cependant pas abandonné l’espoir d’un retour sur la scène publique. Les organisations religieuses et nationales de l’ancienne Russie impériale aspiraient toutes à la fin du régime communiste. Quant aux grandes puissances étrangères, Grande-Bretagne, France, Japon et États-Unis, elles ne lui voulaient que du mal. Et voilà que les marins de Kronstadt eux-mêmes se retournaient contre les bolcheviks.
Dans ces circonstances, il était facile d’insister auprès du congrès pour mettre en avant le besoin d’unité. Les oppositionnistes eux-mêmes, que Lénine pourtant vilipendait, se portèrent volontaires pour une opération militaire contre les mutins, n’hésitant pas à traverser les glaces pour se rendre de Petrograd à l’île de Kronstadt. Les troupes de l’Armée rouge, que leurs nouveaux uniformes blancs camouflaient à merveille, se précipitèrent vers le nord. Trotski partit avec elles. Resté à l’arrière, Lénine devait se contenter d’attendre les nouvelles et de s’occuper de la propagande ; les articles qu’il écrivit alors pour la Pravda comptent parmi ce qu’il a pu produire de plus honteux en matière de travestissement de la réalité. Selon ses dires, les mutins se seraient laissé duper par les socialistes-révolutionnaires, agents des puissances capitalistes étrangères. Il discuta avec les camarades membres du comité central sur le châtiment à leur infliger, préconisant de terribles représailles. La forteresse de Kronstadt céda devant la supériorité numérique des assaillants. »
Compte tenu des catastrophiques répercussions de la politique du Communisme de Guerre sur l’économie, en 1921, il devint impératif de changer radicalement de stratégie économique. C’est ce que fit Lénine, le 21 mars 1921, en instaurant la Nouvelle Politique Économique (N.E.P.), permettant de mettre en place, partiellement, le commerce privé du blé. Comble et tragédie de l’histoire, voyant que le système économique Communiste ne fonctionnait pas du tout, Lénine insuffla dans la société, les méthodes privées du…, Capitalisme !
Cette nouvelle stratégie de la N.E.P. était totalement incompréhensible aux yeux des Bolcheviques (pages 458 et 459) :
« Sans Lénine, la NEP n’aurait peut-être jamais vu le jour, et, sans la NEP, l’État soviétique aurait été submergé par une vague de rébellions.
Cette nouvelle politique était des plus dérangeantes pour un parti qui considérait le quasi-monopole économique de l’État comme un merveilleux accomplissement. De ce point de vue, l’idéologie du parti s’était durcie durant la guerre civile et les opinions des bolcheviks convergeaient plus qu’elles ne divergeaient. Plusieurs de leurs idées politiques de départ étaient devenues de véritables dogmes, et Lénine, qui caressait l’idée d’une réforme depuis la fin de l’année précédente, proposait une ligne d’action qui semblait vider le bolchevisme de son contenu révolutionnaire. Le chef du Sovnarkom défendait toujours le parti et l’idéologie unique, mais la légèreté avec laquelle il envisageait d’abandonner la propriété et le contrôle de l’État était proprement scandaleuse.
À l’époque, le parti était secoué par la « controverse syndicale », lancée en 1920 lorsque Trotski avait insisté sur la nécessité de fonder la reconstruction économique sur la « militarisation du travail », interdisant les grèves et réduisant les syndicats à de simples organes de l’appareil d’État. Conserver au parti bolchevique sa fonction de principal instrument exécutoire était le cadet de ses soucis : il n’en avait pas tenu compte au moment où il avait décidé de nommer des commissaires dans l’Armée rouge pour surveiller les vétérans de l’armée impériale, et il ne le faisait pas davantage aujourd’hui, exigeant notamment de soumettre au même régime les transports ferroviaires et fluviaux.
Cette controverse fut un véritable cauchemar pour Lénine : Trotski menaçait l’unité retrouvée à la neuvième conférence du parti. Le chef du Sovnarkom n’avait pas l’intention de se montrer laxiste avec les syndicats, mais il ne voyait aucune raison de se heurter à eux. La controverse syndicale dégénéra : Trotski prétendit que la dictature du prolétariat rendait inutile toute organisation visant à protéger la classe laborieuse contre un « État ouvrier ». Lénine répliqua que des « distorsions bureaucratiques » étaient apparues après la révolution d’Octobre et qu’en conséquence les syndicats conservaient toute leur utilité. Un groupe tampon se forma entre les deux protagonistes, avec Boukharine à sa tête. »
En revanche, la N.E.P. ne changea absolument rien à la politique Terroriste de l’État-Parti-Unique Totalitaire Communiste (pages 467 à 481) :
« Tout d’abord, la NEP serait totalement exempte de concessions politiques et de compromis idéologiques. Le but suprême demeurait inchangé : consolider le socialisme et progresser vers le communisme. La NEP n’empêchait pas Lénine de vouloir évoluer vers l’élaboration d’une « planification économique uniforme pour l’ensemble de l’État ». Il était toujours favorable au recours à la terreur et préconisait de fusiller tout individu reconnu coupable de fraude et de corruption, d’abus administratifs et même de profits commerciaux excessifs : « Il est rigoureusement impossible de distinguer la spéculation du commerce « autorisé », si l’on prend le terme « spéculation » dans son acception politico-économique. La liberté de commerce, c’est le capitalisme, et le capitalisme, c’est la spéculation. Il serait ridicule de fermer les yeux là-dessus. » Ainsi il ne serait fait aucune concession au capitalisme ; au contraire, l’État soviétique allait l’exploiter et les tendances capitalistes de l’économie conduiraient à la constitution d’unités de production de plus en plus importantes, et dans un avenir proche à l’intégration de ces unités à la propriété de l’État. Le capitalisme devait permettre à la Russie d’accéder plus rapidement au niveau technique et culturel nécessaire pour parvenir au socialisme. La nouvelle politique économique était donc, sous la plume de Lénine, une reprise de la feuille de route du parti depuis la révolution d’Octobre, une feuille de route abandonnée pour cause de guerre civile, mais dont le point d’arrivée était le socialisme.
(…) On avait envoyé l’Armée rouge réprimer la mutinerie de Kronstadt, en exécuter les meneurs et déporter le reste des mutins au camp de travail forcé d’Oukhta, à l’extrême nord du pays. Il avait approuvé la décision d’envoyer le commissaire Vladimir Antonov-Ovseenko et le général Toukhatchevski à Tambov pour mater définitivement la révolte paysanne, en recourant, si nécessaire, aux gaz toxiques. Il avait autorisé l’usage de la violence à l’encontre de tous ceux qui avaient offert leur résistance politique aux Rouges au moment où ils pénétraient en Azerbaïdjan, en Arménie et en Géorgie. Déjà, en 1891-1892, il n’avait pas voulu voir les rapports indiquant la propagation de la famine en Russie et en Ukraine, alors qu’on y signalait de plus en plus de cas de cannibalisme. Dès le moindre mouvement de grève dans les usines, il envoyait la Tchéka. Jamais il ne montra les signes d’un état dépressif ; jamais il ne déclara que la révolution d’Octobre avait été vaine et qu’il commençait à être las de toutes ces effusions de sang.
La terreur, il n’en démordait pas, était inhérente à la politique étatique. Le régime ne pouvait pas se permettre d’y renoncer, même sous la NEP, bien au contraire : ce repli économique n’offrait de réelles chances de succès qu’à condition de maintenir un maximum de discipline et de contrôle politique. La police secrète avait eu son champ d’action limité lorsque de Tchéka elle était devenue Guépéou. Kamenev réclamait une justice plus formelle et plus ouverte, mais, dès qu’il fut question qu’un fléchissement potentiel de la ligne du parti, Lénine explosa : il parla de fusiller ces « bandits » sur-le-champ et d’intensifier « la rapidité et la violence de la répression ». Toute réforme législative ou constitutionnelle devait être formulée de manière à approuver un recours possible à la peine de mort pour des affaires concernant « toutes les activités des mencheviks, socialistes-révolutionnaires, etc. ». Il fallait à tout prix éviter que le régime ne se retrouve « pris au dépourvu par un second Kronstadt ». Le code civil, suggérait-il enfin, devait inclure « l’essence et la justification de la terreur ».
Les paysans rebelles de Tambov et des autres provinces étaient toujours dans le collimateur de l’Armée rouge. En Géorgie, l’élimination systématique des derniers bastions de la résistance anticommuniste se poursuivait. Les arrestations des officiers des armées blanches identifiés comme tels étaient toujours d’actualité, et dans les pays « gouvernés par les soviets » la répression allait bon train. Néanmoins, pour Lénine, ce n’était pas suffisant : il voulait aller plus loin, jusqu’à l’éradication totale de tout ce qui menaçait le régime, réellement ou potentiellement, affirma-t-il au cours des premiers mois de 1922. Concernant les mencheviks et socialistes-révolutionnaires, il réclama l’organisation de simulacres de procès, avec des châtiments exemplaires. Et il exigea la même chose pour les métropolites et les prêtres de l’Église orthodoxe russe, ou du moins pour une grande partie d’entre eux. Vis-à-vis d’autres groupes hostiles au régime, il était seulement légèrement moins dur : les principales figures antibolcheviques et l’intelligentsia devaient être condamnées à l’exil ou à la déportation, et si Chliapnikov et les oppositionnistes de son propre parti refusaient de cesser leurs attaques collectives contre le Politburo, on les exclurait, purement et simplement.
Ses interventions étaient extrêmement violentes.
(…) Lorsqu’il se mêla des simulacres de procès contre le clergé de l’Église orthodoxe, il alla encore plus loin : « Plus nous fusillerons de représentants du clergé et de la bourgeoisie réactionnaire, mieux ce sera. C’est maintenant qu’il faut leur donner une leçon, pour leur ôter l’envie, pendant plusieurs décennies, de préparer une forme de résistance, ou même simplement d’y songer. » Voilà ce qu’écrivait Lénine, sur le ton de la confidence, à propos de la stratégie à adopter pour ôter toute illusion aux citoyens soviétiques : le régime communiste ne serait pas amené à modérer la violence de son idéologie. Toute alternative à son organisation de la société devait être éradiquée. Le socialisme non bolchevique, la religion et la dissidence intellectuelle étant les principaux agents potentiels de l’opposition, Lénine était fermement résolu à leur faire mordre la poussière.
Il obtint satisfaction, du moins en partie : simulacres de procès pour les socialistes-révolutionnaires, mais non pour les mencheviks et, contrairement à ce qu’il souhaitait, aucune peine de mort ne fut prononcée. Pour la hiérarchie orthodoxe, en revanche, le Politburo approuva les exécutions. Et surtout, il appliqua avec enthousiasme le principe du recours aux tribunaux et à la police secrète pour traumatiser les opposants au parti et à l’idéologie unique. »
En avril 1921, Lénine promut Staline en tant que Secrétaire Général du Parti Communiste de Russie.

C’est à la fin de 1922 que fut officiellement créée : l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (l’U.R.S.S.).
Cette même année, les relations commencèrent à se détériorer entre Lénine et Staline. De plus en plus malade : à moitié paralysé et régulièrement secoué par des attaques cérébrales, Lénine devait tenter de trouver rapidement un successeur après sa mort. Malgré le fait que Lénine n’appréciait pas particulièrement Trotski, il s’en rapprocha tout de même (pages 498 et 499) :
« Le procédé était sans précédent. Auparavant, Lénine veillait à conserver un éventail assez large d’alliés sans montrer de préférence particulière pour l’un ou l’autre. Et, même lorsqu’il avait délibérément choisi de s’allier à Staline en avril 1922, il n’avait pas pour autant pris ses distances avec Zinoviev, Kamenev et Boukharine. Le rapprochement avec Trotski était un moyen de signifier que cette relation aurait la préséance sur toutes les autres à l’intérieur du parti. Cette décision témoignait de son désespoir. Avant la révolution de Février déjà, il était agacé par la vanité et l’arrogance de Trotski. Puis les négociations de Brest-Litovsk avaient exhibé le révolutionnaire poseur et, avec la « controverse syndicale » de 1920-1921, sa témérité et son manque de pragmatisme avaient éclaté au grand jour. Lénine n’arrivait pas à se résoudre à l’apprécier. Parfois, en entendant Trotski polémiquer à la direction centrale du parti, il blêmissait sous l’effet de la colère, jusqu’à devenir « blanc comme la craie ». Une telle arrogance lui paraissait superflue (lui-même était incapable de reconnaître la sienne), mais il fallait passer outre : la Realpolitik exigeait de vaincre son dégoût et de travailler en harmonie avec son ancien commissaire du peuple aux Affaires militaires. »
Se voyant dépérir, Lénine se résolut à faire rédiger, par sa secrétaire, des écrits qui formeront son Testament.
Alors que Lénine était alité, le 22 décembre Staline insulta l’épouse de Lénine : Nadejda Konstantinovna, parce qu’elle continuait à informer Lénine sur ce qui se passait au Kremlin.
Lénine commença donc à dicter son Testament Politique le 23 décembre 1922.
Voici donc de quelle manière Lénine envisageait le positionnement des deux principaux prétendants au « trône » : Staline et Trotski (pages 503, 507 et 508) :
« Le camarade Staline, en devenant secrétaire général, a concentré entre ses mains un pouvoir incommensurable et je ne suis pas convaincu qu’il saura toujours en user à bon escient. D’un autre côté, le camarade Trotski, comme il l’a montré en affrontant le comité central sur la question du commissariat du peuple aux Voies de communications, n’a pas seulement des qualités exceptionnelles ; il est aussi, c’est certain, la personne la plus compétente du comité central actuel, mais il est excessivement sûr de lui et a trop tendance à se préoccuper du côté purement administratif des choses. »
Lénine continuait ensuite dans la même veine, s’arrêtant sur le cas de Zinoviev et Kamenev, dont le comportement avant le coup d’État de 1917 n’était pas lié au hasard (mais, paradoxalement, il ajoutait que cela ne devait pas être retenu contre eux). Il se montrait sévère avec Boukharine, jugeant ses idées scolastiques, donc pas vraiment marxistes. Quant à Piatakov, il lui reprochait son approche trop administrative de la politique. Sa conclusion, implicite mais néanmoins très claire, était la suivante : aucun des dirigeants du parti n’était à même de lui succéder. »
Le 4 janvier, il dicta une note que Lidia Fotieva ajouta au testament politique :
« Staline est trop grossier, et ce défaut parfaitement acceptable dans notre milieu et entre communistes n’est pas tolérable lorsqu’on occupe la fonction de secrétaire général. En conséquence, je propose aux camarades de trouver le moyen de le révoquer et de nommer à sa place un homme qui en toutes choses se distingue de lui ne fût-ce que par une supériorité à de nombreux égards – tolérance, courtoisie, attention aux autres – et par un tempérament moins capricieux, etc.. ».
La hache de guerre était déterrée : Lénine voulait destituer Staline de ses fonctions de secrétaire général. Un autre point mérite d’être souligné : auparavant, il voulait à tout prix diminuer la rivalité entre Staline et Trotski ; cette fois, en attaquant le premier, il infléchissait le mouvement et, délibérément ou non, donnait du poids au second. »
Mais la mégalomanie et la paranoïa de Lénine firent qu’au final il ne désigna clairement aucun successeur. Trop imbu de lui-même, il ne trouva personne « digne » de lui succéder…

Le 5 mars 1923, Lénine fit envoyer un lettre à Staline en réponse aux injures qu’il avait proféré à l’encontre de son épouse (page 511) :
« Vous avez eu la grossièreté de téléphoner à ma femme pour l’injurier, et si elle vous a dit qu’elle était prête à oublier cet incident, elle n’en a pas moins parlé à Kamenev et à Zinoviev. Je n’ai pas l’intention de passer facilement sur les attaques dirigées contre moi, et il va sans dire que, lorsqu’on s’en prend à mon épouse, c’est moi qu’on attaque. C’est pourquoi je vous demande de retirer ce que vous avez dit et de lui présenter vos excuses, faute de quoi nous romprons toutes relations personnelles ». »
Étant de plus en plus malade, Lénine mourut le 21 janvier 1924. Ses obsèques se déroulèrent le 27 janvier.
Trotski qui était en cure de repos à Soukhoum, sur la côte Abkhazienne de la Mer Noire, eut le tort immense, pour la suite de son existence, de ne pas revenir pour les funérailles Nationales de Lénine. Il s’est laissé tranquillisé par un Staline particulièrement fourbe et qui préparait déjà son accession au Pouvoir Suprême.
Lénine fut embaumé et exposé à la vue de tous dans son mausolée. Naquit alors l’Idéologie : Marxiste-Léniniste, tragiquement présente encore de nos jours, au 21ème siècle, dans les États Totalitaires Communistes : de Corée du Nord, à Cuba, au Vietnam, en Chine, etc..

En conclusion :
À la fin de ses jours, puisque son état physique et psychologique se dégradait lentement, avec même de courtes périodes de rémissions, il aurait très largement eu le temps d’analyser « sa période Léniniste ». Pourtant, il ne jugea pas utile de se lancer dans une auto-critique ou une introspection, quant à : l’Idéologie Unique Communiste en tant que « Vérité Absolue », la Terreur de masse, le Communisme de Guerre, l’État unipartite et Terroriste régentant la vie économique, sociale et culturelle, etc.. Bref, les fondements d’un régime Totalitaire, qui s’émancipera de Russie pour devenir à travers l’Internationale Communiste : un système Totalitaire mondial !
Pas plus qu’il ne s’est épanché ou eût des regrets concernant les innombrables victimes qu’il a laissé dans son sillage intrinsèquement criminogène.
Lénine est donc, non seulement, totalement responsable du monstre Totalitaire Communiste qu’il a engendré, mais également du corpus Idéologique à vocation Internationaliste, Marxiste-Léniniste, qu’il a inventé et dont se sont revendiqués tous les dirigeants Totalitaires Communistes de la planète.
Comme l’écrit Robert Service : « l’autoritarisme était inhérent à la pensée Léniniste ».
En effet, depuis toujours, Lénine voulait que la « Révolution Communiste » en Russie ne soit qu’une base de lancement qui devait propulser le missile Totalitaire Communiste à travers le monde.

Mais même si l’on a bien compris que Robert Service oriente plus sa passionnante étude, sur la personnalité et la psychologie de Lénine, il reste fort dommage que, comme pour l’ouvrage consacré à Trotski, il n’évoque pour ainsi dire pas : la mise en place du Système Concentrationnaire Soviétique par Lénine et Trotski, le futur Goulag sous Staline, qui servit de « modèle », par la suite, à tous les États Totalitaires Communistes de la planète.
Robert Service ne dresse pas non plus, le pourtant apocalyptique bilan humain, que l’on évalue à environ 10 000 000 de morts en seulement 6 années, de mise en place du système Totalitaire Communiste. Sans parler des terribles séquelles et souffrances psychologiques et physiques des survivants de cette implacable répression, et des innombrables familles endeuillées par tous ces morts innocents !

Confer également les passionnants ouvrages de :
– David Shub : « Lénine » ;
– Et Hélène Carrère d’Encausse : « Lénine ».

Détails sur Lénine

Auteur : Robert Service

Editeur : Tempus Perrin

Nombre de pages : 800

Isbn : 978-2262066574

Lénine

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