La Raison du plus faible (Jean-Marie Pelt)

23 janvier 2012 par

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La Raison du Plus Faible, dernier volet d’une trilogie ouverte par La Loi du Plus
Fort
et suivi par La Solidarité s’emploie à récuser la « cruauté » de la « loi de la
jungle » telle que l’entendait Darwin dans son Origine des Espèces. En démontrant que l’ingéniosité adaptative a développé ses plus belles inventions chez les espèces les plus vulnérables, et que l’équilibre de la nature ne tient pas qu’à l’idée de sa prétendue « cruauté », Belt pose la question du bien-fondé des valeurs actuelles de notre société toujours en compétition.

Le problème de la thèse de Belt, en dehors de ses partis pris aux tendances écolos presque propagandistes, réside en cela qu’il se repose trop sur la notion vulgaire qui tient pour acquise l’idée de compétition entre « fort » et « faible » dans son acceptation la plus primitive et la plus caricaturale ; à savoir celle d’un conflit entre un David maigre et tremblant et un Goliath monstrueux et inébranlable.

Qui aujourd’hui en effet, pense encore que la force brute est un critère incontestable de réussite appliquée au conflit ?

Pire encore, la vulgarisation de son concept l’entraine parfois dans une personnification dangereuse de la nature, et sa thèse d’un milieu dans lequel s’observent parfois des « rapports amicaux » se teinte alors d’une candeur un peu idiote. Ce d’autant que, loin de défendre sa thèse, cette allégorie l’infirme au contraire, et appuie la thèse inverse d’une nature « cruelle » dont « l’inventivité », loin d’illustrer la prétendue « bienveillance » ne trouve d’égale que dans la fourberie de ses applications (si je puis me permettre) qui s’inscrit immuablement dans une volonté de préservation que menacent sans cesse les « conflits » que la vie présuppose.

Ainsi, la « commensalité » et le « mutualisme » évoqués dès les premières pages sont moins la preuve de la « douceur » de la nature, que celle de sa « rigidité » au sein d’un milieu qui ne souffre aucunes règles, et où chaque espèce opère une sorte de course à l’armement – quitte à pratiquer des alliances inter-espèces – dans le seul et unique but de survivre.

 

Pourtant, nonobstant des démonstrations allégoriques pour le moins discutables que l’on mettra sur le compte d’une volonté maladroite mais évidente de vulgarisation, et une thèse pauvrement défendue (parce qu’erronée !) qui souffrira trop de trouver ses influences et motivations dans les échos alarmistes et sylvestro-vegeto-ecologiques qui animent presque tous nos penseurs naturophiles du moment ; le livre reste cependant intéressant à lire.

Riche d’informations et d’anecdotes en tous genres puisées tant dans le règne animal et végétal que dans l’histoire ou la religion, il offre aussi d’intéressantes interprétations philosophiques et spirituelles et se laisse lire très agréablement. Je le conseille donc vivement. Mais sous reserve de l’aborder en gardant en tête que, comme le disait déjà Cheng Hao au XIème, “Si quelque chose est dit sur la nature, alors ce n’est déjà plus la nature”.

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