Autour de l’enfant et les sortilèges – Martha Argerich de Olivier Bellamy

5 janvier 2011 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (52 votes, moyenne: 1,71 / 5)
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Questions ouvertes, réflexions

“l’enfant et les sortilèges”…j’ai écrit ça dans la spontanéité, avant Martha Argerich, geste d’écriture que j’aurais pu corriger, dans le titre, mais que j’ai laissé, … ce trait qui la dépeint si bien, d’un bout à l’autre, le fil de la vie sur lequel joue ,.. jongle Martha.

On ne peut faire de commentaire neutre de ce livre, qui déchaîne les passions, célébré , ou haï dans la famille du Piano, tant de mains qui se sont unies, désunies, tant de richesse de style qui s’oppose, tant de sonorité qui sont des empreintes digitales laissées sur les touches blanches et noires.

Mais l’intérêt du livre, n’est pas dans cette Saga journalistique, dans cet album photo, où les jeunes pianistes retrouveront les racines de leurs différentes filiations, mais dans ce lien de l’enfant et les sortilèges, avec un Nom Oublié qui va la suivre , et qui va jusqu’aux dernières pages du livre resurgir lorsqu’elle rencontrera le jeune pianiste Nelson Goerner: j’ai nommé Scarammuzza.

Or dans le monde pianistique, chez les mélomanes, dans les écoles de musique nationales: qui enseigne la pédagogie de Scaramuzza, faites l’expérience, justement une enquête journalistique, qui connaît?

Cette approche pédagogique novatrice qui a donné à Martha les fondements de l’art du piano, se trouve gommée par l’anecdotique, d’une relation caractérielle difficile, entre deux personnalités d’exception. Et le lecteur n’en retiendra peut-être que cela, des histoires enfantines qui passent devant un fait : l’enseignement reçu des son plus jeune âge, n’est ni dans la filiation de l’école Russe, ni de l’école Française, mais une approche du toucher qui transfigure le Son, et qui se distingue d’être ni dans la percussion (Russe), ni dans les notes détachées (Française). J’ai conscience que cette distinction manque de nuance, et se contente de catégories grossières, mais néammoins, elle donne une idée approximative de la réalité de l’enseignement du piano, de ce qui est communément connu. Ainsi grâce à cette biographie de Martha Argerich par Olivier Bellamy, , le nom de cette Ecole Argentine de piano sort de l’ombre. Et contrairement à la crainte de certains de voir qu’à travers ses propos d’enfant, le visage du Maître soit défiguré, je pense qu’il nous devient plus vivant, plus réel, plus familier, simplement humain. Ceux qui sont choqués par une pédagogie peu respectueuse de l’enfant, il faudrait leur dire qu’en France, on a rien eu à lui envier de ce côté là avec Marguerite Long…chaque maître se complet dans des comportements “originaux”, qui n’enlèvent rien à la force de leur recherche pédagogique, et les sortilèges de Martha sont là pour dire que ce passage initiatique chez Scaramuzza, lui a peut-être apporté à son insu, cette sonorité singulière , différente de celle du maître, mais en marge du jeu stéréotypé que l’on rencontre souvent dans les hauts lieux pianistiques.

Ainsi pour reprendre l’enseignement de Celibidache: le début est dans la fin et la fin dans le début. et c’est cette pulsion rythmique avec laquelle l’histoire commence et se termine: ainsi, de l’enfance de Martha, à la rencontre de l’enfant de 11 ans Nelson Goerner dont le toucher charma Martha, qui décida de son avenir, il y avait peut-être le son Scaramuzzien:

voici les souvenirs que nous en rapporte Nelson:

“Je possède des partitions annotées par Scaramuzza lui-même, et Garruba (élève direct de Scaramuzza) tenait visiblement de celui-ci l’habitude de couvrir les textes de dessins à visée « anatomique », je dirai. Par eux, il expliquait très clairement la manière dont l’influx devait être transmis, celle dont l’articulation du poignet et des doigts devaient se comporter dans tel ou tel passage, la façon dont le poids devait être réparti dans tel ou tel trait, et je n’évoque pas ses doigtés. Garruba m’a transmis ces précieux éléments au moment où j’étais le plus à même de les intégrer sans réfléchir (les jeunes enfants sont perméables à l’enseignement qu’ils reçoivent). Ce n’est qu’à présent que je les considère avec le recul et la pleine conscience du professionnel.”

Ainsi au de là du nom de Martha et de ses sortilèges, nous auront découvert une filiation, celle d’un son si particulier, là dans l’arrière plan, qui a conduit Martha bien au delà de ce qu’elle peut imaginer, malgré les souvenirs difficiles de l’enfance et les tirailleries avec Bruno Leonardo Gelber

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