« Mais le fleuve tuera l’homme blanc » de Patrick Besson

Critique de le 20 novembre 2009

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Littérature

mais-le-fleuve-tuera-homme-blanc.jpgUne fabuleuse plongée dans l’AfriqueC’est mon premier livre de Patrick Besson, auteur pourtant prolifique. Et je ne suis pas déçu, bien au contraire !

Tout d’abord, c’est un excellent polar/thriller/roman d’espionnage. Ce qui est déjà une bonne chose. Mais ça va tellement plus loin !Tout d’abord, la forme du récit, sans être révolutionnaire, mêle différentes techniques avec une efficacité redoutable. A la fois, la méthode très employée du passage du point de vue d’un personnage à un autre personnage en changeant de chapitre. Mais Besson mêle cela ici avec la méthode qui consiste à faire donner un point de vue différent du même événement. La première méthode est dynamique, la seconde statique. Besson arrive à prendre le meilleur des deux en revenant un peu an arrière en changeant de perspective et de personnage et en poussant un peu plus loin. Je qualifierai cette technique de « multi-perspective dynamique avec overlapping temporel » (M.P.D.O.T.).

Bon, OK, je verse dans le délire mais cela rend le roman captivant, roman qui est par ailleurs servi par un style impeccable, sans pléthore d’effets de style inutiles mais avec une puissance d’évocation remarquable.Et quelle évocation ! Celle de l’Afrique. J’avoue ne pas avoir une grande empathie pour le continent, me trouver éloigné de leur culture et ne pas en être très curieux. Et bien, Besson m’a passionné avec l’Afrique !

Son histoire plonge dans 20 ans d’histoires africaines et au coeur de deux des pires tragédies récentes (le Congo/RDC et le Rwanda).Le principal de l’action se passe à Brazzaville, ville-frère de Kinshasa, sur l’autre rive du fleuve Congo, frontière entre la RDC (République Démocratique du Congo) où se situe Kinshasa, ex-Zaïre, patrie des ogres Mobutu et Kabila et la République Démocratique du Congo de Sassou N’Guesso, autrefois patrie du socialisme scientifique africain sous l’aile du PCUS avant la chute du Mur (une fois n’est pas coutume, le communisme était à l’Ouest, puisque le Congo est à l’est du Zaïre). Ce dernier pays est un petit pays, 4 millions d’habitants, avec Pointe-Noire au bord de l’Océan Atlantique à peine 500 kilomètres à l’Est de Brazza, avec une certaine richesse pétrolière, consciencieusement pillée par Elf puis Total avec la permission (qui rime avec commission) de Sassou pour le plus grand malheur de son peuple qui, s’il n’est pas dans la disette, ne vit pas dans le bonheur matériel non plus (c’est le moins que l’on puisse dire).

Ces deux pays, issus de l’ex-Congo belge, ont connu un nombre effrayant de guerres civiles, conflit avec des voisins, coups d’Etat réussis ou avortés depuis la décolonisation, avec son lot de pillage, massacre, viols. De plus, Besson restitue à merveille l’univers post-colonialiste : pétroliers, conseillers du président qui repartent sur l’A320 Brazza-Paris avec des mallettes d’Euros en liquide (les conseillers ne prennent pas les francs CFA …), barbouzes, …

L’action fait également un détour par le Rwanda et son épouvantable génocide de 1994, passage très dur mais également très riche du roman. Besson réalise un tour de force en nous permettant de relire ce conflit sous un autre angle, à remonter plusieurs siècles en arrière dans l’histoire du pays, nous faire comprendre les différences entre les Tutsis et les Hutus, en restant à chaque seconde passionnant. Il nous montre les siècles de dominations Tutsis (minoritaires numériquement), chassés du pouvoir par des révoltes Hutus au tournant de la fin des années 60, fuyant le pays, laissant le pouvoir aux Hutus pour 30 ans, se réarmant en et avec l’aide de l’Ouganda et aussi des puissances Anglo-Saxonnes pendant que la France soutenait et entraînait le régime de Habyarimana, dont la mort (missiles contre avion de ligne) a lancé le coup d’envoi du génocide.

Puis Les Tutsis sont repartis à la reconquête de leur pays, la mèche s’est allumée, le génocide a démarré et les français ont plié les gaules dans une lâcheté écoeurante (nommée opération Turquoise). Et tout ceci, par une ironie de l’histoire et par la grâce de 800.000 morts, a permis à Paul Kagamé, un Tutsi, de reprendre le pouvoir au Rwanda (la culpabilité, merveilleux instrument de pouvoir …).Une vraie leçon d’histoire africaine. Mais ça n’est pas encore tout !

En effet, Besson nous plonge au coeur des villes et de la vie africaine, loin des clichés que l’on peut avoir et surtout sans complaisance aucune. Ni sur les africains eux-mêmes, leur corruption, leur désorganisation, leur sexualité débridée, ni sur les blancs (les moundélés) et leurs attitudes post-colonialistes, leur courage pas téméraire (toujours rester près d’un Transall au cas où …), …Il raconte l’histoire de ces hommes qui vivent à cheval entre la France et l’Afrique, leur double appartenance, leurs bureaux (maîtresses) africaines (une femme en France, ça ne compte pas, c’est un autre monde). Il nous plonge dans la chaleur, la moiteur des villes africaines, ils nous fait goûter la Primus et la Ngok (bières africaines), mais aussi le malheur, la mort jeune, les orphelins.Un roman M-A-G-I-S-T-R-A-L

« Mais le fleuve tuera l’homme blanc » de Patrick Besson

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2 commentaires pour “« Mais le fleuve tuera l’homme blanc » de Patrick Besson”

  1. avatar Guillaume dit :

    Bonjour,
    Votre critique me rappelle un excellent documentaire vu il y a quelques années: Le Cauchemar de Darwin de Hubert Sauper.
    http://video.google.fr/videoplay?docid=-7781932584652675369&hl=fr#

    Ce docu dénonce les dérives et les absurdités de la mondialisation avec en toile de fond l’Afrique qui en est la première victime.

  2. avatar bruno chauvierre dit :

    Besson fournit toujours des idées neuves, des coups de théâtre et des aphorismes à scandale. Un observateur social.

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