Un — mauvais — roman français, paru chez Grasset
25 septembre 2009 par Dominique
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En se permettant de titrer sa prose ainsi, Beigbeder prend son seul risque littéraire de la rentrée, à savoir, penser que ce qu’il vient de pondre correspond au genre littéraire de notre époque. Fred va nous donner une leçon de littérature contemporaine, après « le nouveau roman », voici « le roman français ».
Qu’en a-t-on à faire de l’enfance de ce gaté-pourri qui n’a souffert que du manque de souffrance? A force d’écrire en se regardant le nombril dans le miroir, Beigbeder finit par écrire à l’envers, à l’envers des possibilités qu’il possède très certainement.
Que peut nous importer de savoir que certains nantis finissent leur soirée au commissariat parce qu’ils se sont rebellé — oh, la, la! — en se shootant les narines sur le capot d’une voiture à l’aide d’une carte bancaire dorée… devant une boîte de nuit branchée… en pleine rue… quelle aventure! J’ai fait de la garde à vue, oh… avec des clochards, ah… Ça sentait mauvais et on m’avait même enlevé ma montre! Hé, monsieur l’agent, mon frère va recevoir la légion d’honneur! Délivrez-moi, je fréquente le Président! (enfin, pas moi, mon frère).
Quel héritage socio-culturel nous livre là l’auteur! Lisez petits consolecteurs, je fais partie du cercle des écrivains — d’ailleurs, je le répète haut et fort plusieurs fois pour vous le rappeler, je suis un éccccrivvvvain! —, de ceux qui se droguent comme certains grands du temps jadis, de ceux qui bravent la maréchaussée comme le font tous les pochards en fin de nuit, quand leur esprit embué n’arrive plus à contrôler un flux de mots désemparés, celui des alcooliques, des camés, des pochtrons. Écoutez, je cite des grands auteurs — dont je fais partie puisque je les connais et que j’écrivaille. Regardez-moi, écoutez-moi, moi, moi, celui qui vampirise les médias quand j’ai besoin de vendre, d’exister, de prétendre à la notoriété.
Fallait-il qu’il rende une copie en temps voulu? Devait-il entretenir une machine marketée à outrance qui lui imposait de produire « just in time »?
Ce livre souffre d’un manque de style, c’est du brut de conversation. Le seul point qui le sauve, c’est que Fred en a, de la conversation. Parfois grossier, il est vrai, le mot est écrit en gros, presque en gras. Obligé de tourner les pages, non seulement parce qu’elles sont vides, mais parce qu’on a envie de savoir ce que peut contenir ce livre dont la presse s’est chargée de chanter les louanges. C’est du remplissage, du gavage. On fait dans les 280 pages pour illusionner. Mais un gros roman ne fait pas forcément un grand roman.
Fred, tu — entre gens qui se comprennent, on se tutoie… — vaux certainement plus que cela, mais tu choisis ton monde, tu modèles ton image selon tes fantasmes. On te dit beau, intelligent, cultivé… (en veux-tu encore?). Alors, pour un instant, pense à ton épitaphe. « J’ai fais le clown durant ma vie, mais je n’ai pas fait rire », ou bien « j’ai visé le caniveau quand je pouvais atteindre les sommets ». Tu attendras les sommets ou les gouffres que tu t’autoriseras. Tu te crois libre, grand et fort, maître du monde, mais voilà, on n’est jamais maître que de son petit monde.
Un roman français, Frédéric Beigbeder, Grasset, août 2009, 281p., 18€00
http://elansudeditions.over-blog.org
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Tags: beigbeder Un roman français
Magnifique article. J’adhère mille fois.
Bravo, un article plein de bon sens.
Bien d’accord!
Bien dans le style de beigbeder mais très bon!