« Trouble[s], de Lafani et Renault

Critique de le 2 mai 2014

Acheter ce livre sur:
Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 3,00 / 5)
Loading...
Roman

Ce thriller écrit à quatre mains, qui sort prochainement en version papier aux éditions Livre de Poche (juin 2014), est paru par épisodes en numérique le mois dernier.

Les auteurs, car il y en a deux, mettent rapidement en place l’intrigue, par morceaux, par séquences, par personnages aussi, en usant de chapitres assez courts (cliffhanger). Jusque-là, je ne me plains pas, j’adhère totalement à ce style. Mais paradoxalement, à mon sens, tout cela traîne tout de même un peu, même si l’on remarque clairement que les auteurs ont cherché à donner un certain suspens dès le départ. Peut-être un peu trop, justement, une sorte de précipitation qui a tendance à casser un peu le rythme.

Mais attention, par la suite on est rapidement récompensé par ce même rythme qui reprend le dessus et, finalement, cette introduction que je critiquais prend un certain sens.

L’information – sa maîtrise! – est au centre de ce roman, sous toutes ses formes. Intéressant de constater jusqu’où elle peut aller dans le nocif, l’effet qu’elle peut produire sur notre personne, jusqu’à faire exploser – ou imploser – notre cerveau qui sature. Cet aspect est très bien démontrer dans cette oeuvre par le biais d’un personnage intriguant qui a dû s’isoler de la civilisation, respectivement qui a été contraint de sortir de ce courant d’infos à profusion avant qu’il l’emporte vers la folie.

Ce syndrome, soit dit en passant, a même un nom; il s’agit d’une surcharge informationnelle, ou surinformation, ou encore infobésité, et en anglais Information Overload Syndrom (IOS). Comme moi, vous pouvez aller consulter le net pour avoir davantage d’informations sur ce sujet; mais attention, pas trop, sinon vous allez être atteint par cette maladie moderne!

Le journalisme fait évidemment partie de tout cela; l’un des représentants de cette profession de cinglés va s’avérer être très coriace, aussi collant qu’une sangsue – en plus moche -, pour avoir le scoop à chaque instant, peu importe les moyens. Ah si, il faut tout de même qu’ils soient fourbes, déloyaux, hypocrites et surtout très indélicats. Mais face à l’événement qui suscite l’intérêt de toute la population dans ce thriller, même les médias traditionnels demeureront impuissants, inutiles et démunis.

Le metteur en scène sadique et violent qui est à l’origine de ce qui se passe dans cette histoire maîtrise à lui-seul l’information.

Bien que j’aie parlé d’un problème de rythme au début, à contrario, la pression reste assez dense; l’atmosphère relativement lourde, une sorte de stress se dégage de ce livre. Je reconnais que les auteurs ont su transmettre assez clairement cette accélération constante et ininterrompue qui qualifie les médias d’aujourd’hui. Un monde de tarés, c’est à présent une chose certaine.

Nous débutons avec un prologue un peu mystérieux; un homme, Alban, va prendre une décision capitale, sans retour en arrière possible. Suite à cette intro, nous allons découvrir plusieurs « séquences ».

Colin Stearl, 36 ans, né à Londres, expatrié à Tokyo, au Japon, est un homme qui aurait mieux fait de réfléchir à deux fois avant de céder à un petit péché. Lavé de tout soupçon au niveau de la justice, il ne supportera pas le poids de la culpabilité que l’opinion public lui lâche sur la tête. Un suicide? La suite va s’avérer être très étrange, autant pour lui que pour nous! Si vous êtes sujets à la claustrophobie, vous allez avoir des sueurs froides et vous allez souffrir!

Tom est informaticien dans une boîte qui oeuvre dans le graphisme et principalement dans la gestion d’une clientèle qui désire se faire une réputation et de la place sur le web. Nous allons rapidement basculer sur Facebook, plateforme qui va être au centre de cette intrigue. David Burns, ami et « ami » de Tom sur FB, va émettre un appel au secours par le biais de cette plateforme. Pris pour une boutade d’abord, cet appel à l’aide va être pris plus au sérieux lorsqu’une vidéo diffusée sur le mur d’un certain Alban M. va apparaître.

Une prise d’otages semble être en cours, David Burns en fait partie. Facebook étant ce qu’il est, cet événement va rapidement prendre une ampleur mondiale, devant un public partagé entre un besoin de sensations, d’informations et un sentiment de terreur, face à une police démunie, dépassée, cruellement en manque d’éléments. Le preneur d’otages paraît ne rien vouloir, mis à part l’envie de partager. Partager quoi? Ses exécutions de sang-froid.

Le ton donné est clair, avec un détachement surprenant:

« Après la mort de Sven à laquelle vous ne pouviez malheureusement rien, je vous offre désormais l’occasion de sauver votre otage préféré. Il vous suffit de vous identifier sur le site en vous inscrivant puis de voter en cliquant sur le nom de la personne que vous avez choisie. Bien sûr, le temps est limité. Vous avez jusqu’à cet après-midi 17 h. Passé ce délai, la personne ayant recueilli le moins de suffrage rejoindra Sven. N’oubliez pas: vous seuls avez la possibilité de les sauver. » Page 122.

Son profile FB sera évidemment suspendu et ses activités seront relayés sur le sitehttp://www.albanm.net. Profitez réellement d’aller y faire un tour, vous tomberez sur des informations relativement intéressantes.. 😉

Concernant la police, une cellule spéciale sera intégrée à l’enquête, le GCHQ, qui s’occupe de la cybercriminalité. Au sein de ce département high-tech, ce sera Clara Capland qui s’y collera. Une femme qui ne néglige rien, qui va de l’avant, mais qui va tout de même se retrouver face à un mur (Facebook?). Mouais….

Bien des questions se posent pour nous; pourquoi cette mise en scène? Quel est le profil des otages qui a malheureusement permis de les réunir? Qui sont-ils? Qui gère tout ceci? Quel est le mobile.

Ce preneur d’otages un peu particulier va faire intervenir les internautes pour sauver leurs otages préférés. Bien que ce procédé soit déjà éthiquement douteux, si j’ose dire, le répondant des personnes présentes sur le net qui vont participer à ce merdier total va en remettre une bonne couche concernant l’éthique! Les réactions dont nous sommes capables d’avoir font tout de même un peu peur. Oui car c’est un roman, d’accord, mais je suis presque sûr que cela serait pareil dans le réel! Enfin réel, c’est beaucoup dire justement… Inquiétant mais pas surprenant.

Le dénouement révélera bien des informations et répondra à toutes nos questions, ou presque. Personnellement, je l’ai trouvé un peu vite déballé, vite envoyé et un peu tordu quand même. Ce qui m’intéressait avant tout – ce qui m’intriguait pas mal! – est passé malheureusement un peu en second plan; dommage. Sur la forme, ce final me déçoit un peu, mais sur le fond, je dois admettre qu’il est excellent. Les auteurs ont appuyé sur un truc qui fait mal si on le pousse jusqu’au bout; et qui est bien d’actualité!

La communication, ses dérives, ses excès, ses limites, ses dangers et surtout son manque de contrôle total!

Concernant certains personnages, j’en aurais voulu un peu plus. Les auteurs auraient peut-être pu aller un peu plus loin sur la description de certains protagonistes, leur psychologie, leur motivation; surtout un…

Un bon thriller, vite lu – dans le sens très bon page turner -, avec une conclusion qui m’a tout de même laissé un peu sur ma faim.

Bonne lecture.

« Trouble[s], de Lafani et Renault

Un commentaire pour “« Trouble[s], de Lafani et Renault”

  1. avatar Estelle dit :

    Dès que j’ai vu la promo faite par Le livre de poche j’ai filé lire le synopsis et là grosse surprise ! C’est quasi l’histoire écrite par Patrick Bauwen, L’Oeil de Caine.

Laisser un commentaire