Trois Femmes Puissantes de Marie Ndiaye : Thially yallah !

26 décembre 2009 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (298 votes, moyenne: 3,97 / 5)
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marie_ndiaye.jpgNora, Fanta, Khady Demba. Superbes histoires de femmes. Elles ont quitté Dakar, la belle déesse de Ndoumbélane. Avec leur  âme pure, elles libèrent maintenant  les hommes des forces du mal .

C’est ce que je ressens dans le livre. Echo de ma propre impuissance ou contresens  ? A voir. En tout cas, je n’ai retrouvé nulle part cette analyse personnelle. Et si j’avais raison ? Pour moi, les Trois Femmes de Marie NDIAYE ne sont pas seulement puissantes, elles sont aussi salvatrices. Le livre pourrait s’intituler « Trois Hommes Sauvés », ou encore « Les Trois Donneuses de Dignité ».

La dignité puissante de Nora, Fanta et Khaty, libère trois prédateurs , des « thiomos » ( vauriens) de leur noirceur. Un bref et habile contrepoint de Marie Ndiaye, à la fin l’histoire dépeint ces hommes avec un idéal du moi, reconstitué grâce à une transfusion de dignité des trois donneuses. Thially yallah ! ( Oh Seigneur !)

Norah, termine son histoire, perchée dans L’arbre-refuge de son père afin d’ « établir une concorde définitive (page 94).»

Fanta, a débarrassé son mari de l’emprise d’une mère castratrice, elle peut arborer enfin « un calme et large sourire (page 245). »

L’âme de Khady, martyre des camps de migrants, vit dans le corps de Lamine, l’amoureux qui l’a volée et abandonnée.  Lamine conclut le livre avec ces mots : « et alors il parlait à la fille et doucement lui racontait ce qu’il advenait de lui, il lui rendait grâce, un oiseau disparaissait au loin. »

Elégance du style et des sentiments. Hommage aux femmes de devoir. Emotion devant le destin de ceux et celles qui risquent leur vie, en grimpant sur des grillages de frontière ou, en sautant dans  les pateras, ces fragiles embarcations dans lesquelles s’entassent des êtres humains, attirés par le mirage d’une vie plus facile en Europe.  Ceux qui en réchappent téléphonent d’Europe: « Tougeule dâfa métii yaye »  ( Maman en Europe ce n’est pas toujours facile.)

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7 commentaires pour “Trois Femmes Puissantes de Marie Ndiaye : Thially yallah !”

  1. avatar jo dit :

    Vou êtes bien dans le sujet que je connais, j’ai souvent entendu dire Tougeule dâfa métii yaye.Il faut penser aux mamans.

  2. avatar sylvie dit :

    Si ces femmes sont courageuses et résistantes, j’ai du mal à repérer les contours de leur « puissance ».
    Le point de vue que tu développe est très intéressant !

  3. avatar bruno chauvierre dit :

    Victorieuses du phallocentrisme des trois prédateurs, les héroïnes de Marie NDIAYE exercent une puissance dont les contours sont ceux d’une victoire sur la perversion d’hommes, moralement dominés.

    La force des trois femmes est d’identifier le désir des trois salauds, à travers leurs misérables demandes. Ils pigent qu’ils sont compris, alors qu’ils ne prennent jamais en compte leurs partenaires, ravalés au rang d’exutoires de leurs besoins. Enfin ils découvrent que l’Autre existe et ça les guérit de leur saloperie. Ainsi le père de Nora, pervers gaudriolesque, finit tellement apaisé dans le contrepoint de la page 93 « que son cœur battait alangui et son esprit était indolent » Belle thérapie.

    Pervers, oui, ils sont pervers ces trois mecs. Ils instrumentalisent les femmes, les réduisent à ce qui leur importe, pour leur seule satisfaction. Ainsi Rudy entraîne Fanta en France « à l’aide de phrases séductrices et fausses (…) qui n’avaient pas cherché à atteindre quelque vérité que ce fût mais uniquement à l’entraîner en France avec lui, au risque il n’y songeait pas alors, s’en moquait presque) de sa chute à elle, de l’effondrement de ses plus légitimes ambitions. »

    Quelle puissance que de pouvoir guérir un pervers ! Le Rudy est d’ailleurs gratiné. Lien oedipien à la mère. Dépendance de l’amour de la mère, seul désir de son désir. Identification à l’objet imaginaire » de ce désir (en tant que la mère elle-même le symbolise dans le phallus.) Phallocentrisme de Rudy, vaincu par Fanta. Youpi !

    Contours de la puissance des trois femmes = Contours de l’Autre (le prédateur) dont chaque femme a su deviner les désirs, à travers ses demandes. Sachant décoder une demande implicite derrière une demande explicite. Contours de la plus grande enveloppe possible de l’Autre(A).

    On pense ici, à Jacques Lacan : « Le désir de l’homme, c’est le désir de l’Autre ».

    L’héroïne de NDIAYE est salvatrice pour l’homme pervers, puisqu’elle le soigne en lui montrant qu’il est possible de promotionner un Grand Autre (A) dans une grande enveloppe. Technique : repérer la vraie demande et le désir auquel il renvoie.

    La maladie des trois pervers étant de réduire l’autre à la toute petite enveloppe de ce à quoi le désir pervers réduit l’autre (objet a), ils ont la démonstration, par les trois femmes puissantes de ce qu’il faut faire pour atteindre le grand Autre. Cela permet à Lamine, dans le contrepoint final et les derniers mots du livre de célébrer Khady Demba : « et alors il parlait à la fille et doucement lui racontait ce qu’il advenait de lui, il lui rendait grâce, un oiseau disparaissait au loin »

    Il lui rendait grâce… Célébration de Khady en grand Autre. Le pervers est donc guéri. Contours de la puissance de Khady Demba, décalque du grand Autre que Lamine perçoit enfin en elle. Le martyre a eu raison de son bourreau.

    Les contours de puissance se situent entre A et a. Certainement plus près de A.

  4. avatar sylvie dit :

    Il y a de ça dans les contrepoints.

  5. avatar bruno chauvierre dit :

    Pas seulement dans les contrepoints.

  6. avatar ABDOU DIB dit :

    jé bien apprécié l’analyse de bruno:
    mais même si l’auteur résume cette vision de l’homme prédateur dans le premier et le dernier récit(celui de norah et de khady), il nous laisse baignés dans une certaine nuance qui dit qu’il y a quelque chose d’inévitable dans les vies de celles ci. et n’oublions pa que Norah c’est rendue compte que son amant pourrait jouer le rôle d’un bon père et que sa peur -tout à fait légitime puisque son père et l’un de ces êtres égoistes-ne doit pas se généraliser envers tous les hommes du monde.
    de même pour Khady qui éprouve les affres de la vie dès la mort de son protecteur ‘son marie) car c’est un environnement masculin par définition, ces affres et son rejet n’est que le résultat d’une action féminine( sa belle-mère et ses belles soeurs) qui l’ont livré à l’inconnu; en plus Lamine dans le dernier contre_point est envahi par la sensation du regret. ce que j’ai pu conclure qu’il y a 3 ou 4 division de l’homme (le masculin) le père, l’amant le mari et +ou- le frère. Mais le seul qui exerce sa tyrannie sans regret c’est LE PAPA de Norah.

  7. Abdou, ta synthèse éclaire le commentaire. Il y a lieu , comme tu le dis d’être nuancé sur ce qu’il y a d’inévitable dans la vie de ces femmes où tout n’est pas prédéterminé. Quant-à la tyrannie… Oui, c’est le père qui l’exerce sans regret!
    Ton texte m’a fait relire le livre et je t’en remercie, cher Abdou.

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