Soumission (Michel Houellebecq)

Critique de le 21 janvier 2015

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Roman

SoumissionAuteur d’une thèse remarquée sur Huysmans, François enseigne à la faculté de Paris III Sorbonne. A chaque nouvelle rentrée, il se choisit une de ses étudiantes pour la mettre dans son lit. A l’approche des vacances d’été, celle-ci le quitte pour quelqu’un autre. Au bout du compte, la vie sexuelle de ce quarantenaire désabusé reste assez décevante. Nous sommes en 2022, à la veille des élections présidentielles. Devenu depuis longtemps le premier parti de France, le Front National caracole en tête des sondages. Assez loin derrière, le Parti Socialiste se retrouve au coude à coude avec un nouveau parti, « La Fraternité musulmane » menée par l’intelligent et très modéré Ben Abbas. Au soir du premier tour, celui-ci se retrouve second face à la candidate nationaliste. Il engage des négociations avec tous les autres partis qui acceptent de le soutenir et assurent ainsi son élection à la magistrature suprême. Tout cela est d’autant plus étonnant que le nouveau Président musulman qui rêve de recréer ni plus ni moins qu’un nouvel empire romain musulman n’a transigé sur rien. Les enseignants devront soit se convertir soit démissionner. L’enseignement de l’islam deviendra obligatoire dans toutes les écoles de la République. Les jeunes filles et les femmes seront voilées et encouragées à rester au foyer pour procréer et s’occuper de leur famille. La polygamie sera la norme. L’Université se retrouvant fermée sine die, François met quelques affaires dans son gros 4X4 et file droit devant lui vers le midi sur une autoroute étrangement déserte…

« Soumission », traduction française du mot « islam », est un livre qui laisse une impression mitigée mais qui ne méritait certainement pas les honneurs ou les infamies de la polémique à laquelle nous avons assisté ces derniers temps. Houellebecq en bon adepte de l’anticipation nous imagine une simple évolution du libéralisme athée et consumériste vers un islam assumé et pacifique, ce qui peut paraître un tantinet surréaliste dans un délai aussi proche mais pas si improbable que cela à moyen ou long terme, au train où vont les choses. Le lecteur peut regretter néanmoins plusieurs invraisemblances dans l’intrigue. Si ce régime est aussi pacifique, comment se fait-il que les juifs de France quittent massivement le pays pour se réfugier en Israël ? Devant un tel bouleversement des coutumes et des mœurs, quid des réactions des patriotes, des identitaires, des féministes et autres défenseurs acharnés de la laïcité républicaine ? Soumission et toujours soumission ! Pour l’auteur, la France est morte et l’Europe en pleine décadente. L’islam sera leur dernière chance et l’espoir d’un nouvel âge d’or. Chacun appréciera. Que penser de l’intrigue elle-même ? Assez peu de bien. Il ne se passe pas grand chose en dehors des états d’âme du médiocre personnage principal, homme sans conviction ni principe qui semble flotter au fil de l’eau et est destiné de longue date lui aussi à la soumission au dominant. Vu la mollesse du bonhomme, il ne peut faire d’autre fin que celle-ci. Le lecteur la devine d’ailleurs dès les dix premières pages. Sinon cette histoire n’est qu’une longue suite d’errances et d’allers et retours entre Paris et quelques lieux de la province profonde comme Martel, Rocamadour ou Ligugé. Le lecteur devra suivre l’auteur qui met ses pas à un siècle de distance dans ceux de Huysmans, de Fontevrault à Bruxelles, se torture la cervelle autour de questions existentielles ou métaphysiques, rate ses retraites dans des monastères ou des abbayes, perd son temps dans des cocktails où il boit et cause énormément et en appelle souvent à Nietzsche et à quelques autres. Autant dire que tout cela manque un peu de rythme et de dynamisme. Si on y ajoute que le style reste assez plat, l’ensemble ne semble pas vraiment relever du chef d’oeuvre. Alors pourquoi tant de passion autour de cet ouvrage ? Provocation et transgression sont encore et toujours les clés du buzz médiatique. En général bon écrivain, Houellebecq est aussi quelqu’un qui sent bien les tendances, c’est un observateur madré qui ne manque ni de finesse ni d’intelligence conceptuelle. Dommage qu’il se montre aussi piètre sociologue, historien et politologue. Pas son meilleur titre. Pouvait mieux faire, surtout avec un sujet aussi porteur.

4/5

Soumission (Michel Houellebecq)

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