« N’ouvre pas les yeux », de John Verdon

Critique de le 21 août 2013

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Roman

Que peut bien être un bon polar sans une profonde approche des personnages? La matière qui donne de l’intérêt à un bon bouquin n’est pas puisée que dans l’intrigue, mais aussi – surtout – dans l’épaisseur des personnages; un point carrément essentiel pour moi. Et justement…

L’auteur a un réel talent pour décrire – faire vivre – les personnages en détail et avec une certaine rigueur. Une marque importante de qualité. Les interactions entre eux sont profondes, réalistes, authentiques, soit très bien travaillées; à l’image des relations entre l’ex-flic Dave Gurney et son épouse Madeleine. Les sentiments, les faux-semblants, les expressions ou encore les échanges non verbaux sont perceptibles à travers les mots que l’auteur couchent sur son papier; limite palpables.

David Gurney justement, 56 ans, est un jeune retraité du NYPD qui semble être encore très tourmenté par le passé, 15 ans après les faits, par la mort accidentelle de son fils Danny, alors âgé de quatre ans. Quelques secondes de manque de vigilance de sa part qui ont permis à son fils de passer sous une voiture en traversant la route. La perte d’un enfant, en additionnant encore le poids de la culpabilité, voilà un résultat qui fait beaucoup pour un homme.

Un personne cependant psychologiquement fort, analyste, qui semble avoir une observation avisée sur la nature humaine. Enfin… en ce qui concerne le boulot car avec sa femme, ce n’est pas vraiment gagné! Pas le genre d’homme à faire des choix, plutôt les choix qui lui tournent autour de la tête et finalement c’est l’un d’eux qui lui plongent dessus. Et il s’agit chaque fois un choix qui l’oblige à s’orienter vers une nouvelle enquête plutôt que de se diriger vers son épouse et vivre sa petite vie tranquille, profiter de sa retraite dans leur maison en montagne.

Les Catskills, c’est la région dans laquelle s’est retiré l’ex-inspecteur du NYPD pour sa retraite anticipée. Avec son épouse Madeleine, il a décidé de quitter la grande ville pour la montagne en achetant un joli domaine dans cette contrée située dans l’état de New-York, au nord de la ville.

Dave Gourney est le genre d’homme qui se rend compte, une fois à la retraite, qu’il ne donne que très peu d’attention aux gens qu’il aime, notamment son épouse, mais beaucoup plus lorsqu’il s’agit du travail de flic; soit de résoudre une énigme. Pour lui, une enquête, c’est une énigme qu’il faut analyser, démêler et comprendre. Et l’énigme, il la reçoit sur un plateau par son ancien collègue, Jack Hardwick.

Une longue enquête commence alors pour le jeune retraité, version cette fois-ci « détective privée ». Tout ceci au dépend de l’avis de son épouse, une femme calme, posée, aimante et compréhensive, mais qui est tout de même tiraillée entre la fascination qu’elle voue à son mari et l’aigreur qui la prend à la gorge vis à vis d’un homme qui devrait partager sa vie avec elle, sans les risques qu’il devrait à présent laisser derrière lui. La vie est courte, paraît-il…

L’enquête en question prend du temps à démarrer, peut-être un peu trop à mon goût. Nous faisons connaissance avec divers personnages qui ne semblent pas vraiment tout dire. Mais un bien fou pour Gourney qui est justement friand de ce genre de situation, soit de découvrir la vérité par lui-même. Mais ici, c’est carrément un casse-tête chinois! Un kaléidoscope d’images qui ne trouvent pas encore leurs places.

Il y a plus de quatre mois, la fille d’un puissant neurochirurgien s’est fait décapiter à la machette lors de la cérémonie de son mariage avec le célèbre psychiatre, le Dr Scott Ashton. Le jardinier, Hector Flores, semble être le suspect principal, presque sans aucun doute. Il reste néanmoins introuvable depuis les faits.

Pour Jack Hardwick, des flics inefficaces ont mené l’enquête – à sa place! – et ont pataugé longtemps dans la semoule. La famille veut des résultats et Hardwick, quelque peu faux-cul, se tourne alors vers le jeune retraité Dave Gourney. Rendre justice semble être une de ses motivations; mais ridiculiser ses collègues qui font du sur-place depuis des lustres semble être la principale!

L’enquêteur va accepter de s’entretenir avec la mère de la jeune victime qui va l’engager pour retrouver le responsable de la mort de sa fille, une jeune adulte ayant adopté des moeurs relativement étranges; nymphomane, perverse, au QI élevé, dont la famille, son mari, ne tarissent pas vraiment d’éloges. Une victime qui intrigue profondément le lecteur, même après sa propre mort.

La cérémonie du mariage – respectivement la scène du crime – a été filmée sous tous les angles par les organisateurs de l’évènement. La « contre-enquête » effectuée par Dave Gourney débutera par là.

Il va reprendre cette affaire depuis le début, en reconsidérant le toute. Intrigué et passionné par les énigmes, malgré le fait qu’il avait juré à son épouse de ne plus se remettre au boulot, il va marcher sur son terrain favori; découvrir pourquoi et comment une personne est morte. Par qui, on est sensé le savoir dès le début et l’attrait de l’intrigue ne se trouve justement pas là. En tout les cas pas au début…

On veut surtout savoir pourquoi. L’auteur nous fait bien ressentir que c’est du lourd qu’il nous réserve!

Gurney, en décortiquant ce qui peut l’être, va se rendre compte que le « simple » assassin va s’avérer être finalement un inquiétant tueur en série. Une série qui va être terriblement difficile à définir. Il manque encore le qui, le pourquoi et le comment!

La réponse se trouve visiblement dans le passé de la victime qui était en traitement dans un établissement surprenant, « Mapleshade », un endroit tenu par son mari, censé soigner et comprendre le comportement de jeunes femmes auteurs de violences sexuelles. Assez déroutant.

Notre enquêteur va tourner un peu en rond – situation déboussolante oblige – mais paradoxalement c’est lui, et lui-seul, qui va réussir à faire avancer l’enquête par sa perspicacité, sa ténacité et son instinct. Néanmoins, il va en prendre plein la gueule à force de déranger, jusqu’à mettre en danger son entourage proche.

Et il y a « cet évènement » qui lui prend toute son énergie, ce piège très embarrassant qu’il n’a pas vu venir et qui le tourmente jour et nuit. Une partie de lui est en sursis et c’est plus que gênant, c’est certain…

John Verdon nous entraîne dans un grand coup de bluff où, personnellement, je n’ai rien vu venir. Les personnages sont tous assez glauques, intriguants, ce qui ne nous aide pas vraiment.

Le final est explosif, tout s’explique enfin et heureusement pour le lecteur qui patauge dans la semoule depuis plus de 500 pages. Il faut dire que l’auteur prépare bien son terrain – peut-être un peu trop – mais je dois admettre que cela vaut le coup d’être patient.

Toute l’intrigue tourne un peu autour du sexe, mais le côté obscure de cette pratique, et la réponse se trouvera aussi par là. Une intrigue bien construite qui va assez loin dans la déchéance de l’homme, de ses penchants sordides et immondes, ses déviances et ses pulsions incontrôlables. Tout ceci imbriqué dans une macabre machination qui sera peu à peu mise à jour au fil de l’enquête.

Pour conclure – enfin! – je relève l’énorme tour de force qu’a effectué l’auteur concernant l’assassin. Vous serez, je pense, aussi bluffé que moi!

Bonne lecture.

« N’ouvre pas les yeux », de John Verdon

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