« Normal », de Fred Romano

Critique de le 17 décembre 2012

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Roman

Ce roman n’a pas de genre, et ne peut pas avoir de genre. C’est une histoire de famille, de celles que l’on rencontre peut-être actuellement; à savoir recomposée et multi-ethnique. Standard? Petite particularité, si cela devait vraiment en être une; trois générations sous le même toit. Des vieux, des moins vieux et des gosses. S’il faudrait vraiment trouver un genre, je pencherais pour une satire familiale, voir sociale.

C’est une histoire sans histoire; je n’entends pas par là « sans souci », mais ce qui s’y passe « en live » devient presque secondaire – à mes yeux en tout cas – et la réflexion des personnes qui composent cette famille, ce roman, en devient la trame principale. Fred Romano, au fil des chapitres, donne la parole à chaque membre de cette famille déjantée, ou plutôt hors norme, et nous devenons une sorte de confident, ou plutôt une oreille attentive.

Je salue le style de l’auteur, cette manière de nous raconter et de nous céder son récit, c’est atypique et, du coup, franchement plaisant et attrayant. Ce n’est d’ailleurs pas ce que l’on recherche en ouvrant un bouquin?

L’écriture de Fred est brillante – n’ayons pas peur des mots – au niveau de la complexité de son vocabulaire; c’est sophistiqué mais en même temps d’une telle simplicité à lire. Paradoxal vous me direz? Peut-être. Mais ce livre est fait de paradoxes, bourré de finesse et de subtilité, ayant une grande part de philosophie, d’humanité et une petite touche d’extravagance tout de même. Et cette excentricité, cette fantaisie, sous la plume de Fred Romano, c’est un régal, j’avoue. Par ses personnages, mais surtout pas son écriture, l’auteur nous fait ressentir son caractère qui semble relativement fort, et lui aussi quelque peu déjanté.

Je ne peux même pas vous expliquer de quelle manière il faut aborder ce livre! Il n’y a pas grand chose à faire finalement; soit ouvrir le roman et se laisser emporter par les personnages et leur monologue. Au début, c’est effectivement assez surprenant, nous ne savons pas trop dans quel genre, dans quel direction nous nous envolons – du last minute! – et c’est peut-être cela qui est grand, voir intrigant.

La famille Bourgeois – cette fameuse famille – est une famille de classe moyenne vivant dans la banlieue de Paris. Quartier résidentiel, parc, voisins très… voisins, peut-être un peu trop proche à leur goût.

La famille Bourgeois se compose du vieil Auguste, de sa femme Barbara, leurs deux filles, Nana et France ainsi que leurs maris respectifs de nationalité africaine pour l’une et arabe pour l’autre, les petites filles jumelles de France, et la demi-soeur des jumelles. Déjà bien du monde… Il y a aussi Dominique, relativement discrète et quelque peu dérangée.

Il y a aussi Hippolyte, le soi-disant trisomique qui vit dans le sous-sol de la maison familiale; la honte ne permettant pas de l’élever plus haut dans cette maison mais aussi dans le rang de cette famille.

L’auteur leur donne à toutes et à tous la parole, à tour de rôle, ce qui nous donne des vues, des opinions bien différentes, à chaque fois, sur les uns et les autres. Telle une scène filmée par plusieurs caméras, sous divers angles, mais avec des images qui ne correspondent plus forcément aux autres. Nous entrons dans l’intimité de chacune de ces personnes qui dévoilent leur façon de voir les choses, qui expriment clairement quelle est la place de chaque personnes de la famille par rapport à eux-mêmes.

Des interactions qui ne le sont finalement pas vraiment au sens propre du terme, tellement les propos exprimés les uns envers les autres sont différents. Fred Romano, par cet exercice de style bien particulier, arrive à décrire clairement cet état de fait, en faisant évoluer des personnages dans un même univers, un même contexte, je dirais peut-être même une intimité identique, et paradoxalement, par leurs propos respectifs, elle nous démontre que ces mêmes personnages vivent une existence – un ressenti? – bien différente que ce que les autres pourraient imaginer. Chacun finalement crée sa propre existence, sa propre vérité, soit sa propre réalité.

Fred Romano insère dans leur existence juste quelques petits évènements relativement anodins afin de pouvoir provoquer un impact sur chaque personnage et ainsi leur faire ressortir des sentiments bien profonds qu’ils vont eux-mêmes nous en faire part. Et, bien entendu, les garde-fous basculent rapidement et la franchise, le mépris ou encore la rancoeur sont des sentiments qui se placent très en avant. Une famille normale en apparence, en surface, mais une famille au sein de laquelle souffle un vent malsain chargé de non-dit, d’hypocrisie voir peut-être même de haine.

Étant adepte de romans relativement noirs, j’aurais peut-être souhaité que ce récit prenne une tournure plus dramatique. Fred Romano a posé de solides fondations qui auraient permis, à mon sens, d’aller beaucoup plus haut dans la construction de cet édifice. Mais finalement, elle a décidé de ne pas le faire et de cette manière, je le reconnais, elle a effectivement l’avantage de toucher beaucoup plus de personnes, car ce roman démontre d’une manière très philosophique ce que nous sommes vraiment à l’intérieur de nous-mêmes; des êtres hypocrites, jaloux, soupçonneux ou encore méfiants. Mais vous allez me dire que ce n’est pas vrai – et vous auriez raison – étant donné que nous sommes tous normaux…
Comme cette famille…

L’auteur, par la voix des membres de cette famille, nous livre un récit au rythme rapide, avec une écriture vive et très humaine – forcément -,  sur les aléas de la vie d’une famille de fous, soit une famille tout à fait normale, ou plutôt adoptant des réactions absolument normales!  Ou presque…
On choisit ses amis, paraît-il, mais très rarement sa famille… Normal non? Bonne lecture.

« Normal », de Fred Romano

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