« Loupo », de Jacques-Olivier Bosco — Coup de coeur!

Critique de le 26 novembre 2013

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Roman

Un démarrage rapide, et j’aime ça; cela tombe plutôt bien! L’intro de ce bouquin est un crissement de pneu bruyant d’une Honda CBR1000 poussée à plein régime à travers les rues de Paris. Jacques-Olivier Bosco laisse quelques couches de gomme sur l’asphalte en nous propulsant, après un burn magistral, dans son polar et en nous laissant, par la même occasion, en compagnie de Loupo et son équipe de braqueurs.

Loupo, jeune adulte, est un mal-aimé dès sa plus tendre enfance. Un gamin qui a rapidement dû se débrouiller seul, apprendre à vivre en comptant que sur lui-même, abandonné dès l’âge de quatre ou cinq ans par des parents irresponsables qui n’ont jamais essayé de le retrouver. Oui car Loupo, à cet âge-là, s’est échappé, s’est fait la malle. Peut-être un instinct de survie, déjà…

Direction pension et foyer pour jeunes, sans oublier les maisons de redressement – où l’on ne se redresse pas vraiment, à part peut-être pour se révolter. Mais par contre de belles opportunités pour faire des rencontres intéressantes et cela sera bien le cas. Loupo va faire la connaissance, entre autre, de Kangou et Le Chat. Une rencontre qui va rapidement se diriger vers une amitié sans faille. Voilà déjà une grande valeur émanant de ce polar; l’amitié, jusqu’à la mort, si elle se pointe.

Un peu paumé, sûrement, un peu déstabilisé par une vie chaotique, certainement, Loupo va trouver sa voie sans vraiment y réfléchir, celle qui lui conviendra peut-être le mieux, ou plutôt celle que la vie a choisi pour lui, néanmoins celle qui le mènera vers la délinquance. Les braquages vont rapidement devenir sa spécialité, ou plutôt leur spécialité. Car ses potes seront toujours là à ses côtés pour le seconder. Loupo, c’est un gars envers qui l’on cède sa confiance, surtout pour organiser des coups. Une équipe qui œuvre en tentant de garder des valeurs, en respectant des règles strictes.

Des braquages bien rodés, calculés, Loupo ne laissera pas le hasard prendre le dessus. Lui il braque, toujours des objectifs bien précis, tuyautés par Le Chat qui bosse dans les assurances. Quant à Kangou, c’est le pro de la bécane, aucune rue, aucune avenue de la capitale n’a de secret pour lui. Se faire serrer, à leur yeux, c’est quasiment impossible, même si le fait de recevoir un jour une balle en pleine tête fasse partie des hypothèses à ne pas négliger.

Tout ceci est peut-être pour le fric; mais pas sûr, ce qui l’est par contre, c’est la recherche d’adrénaline, de sensations; une envie, ou plutôt un besoin à combler. Combler un manque? Certainement.

Ecriture sèche, froide, rapide. Pas le temps de rajouter des fioritures, c’est droit au but. Cela avance, on avance, et surtout il n’y a jamais une seule occasion pour reculer, pour revenir en arrière. Décisions prises, ça démarre, la machine s’est mise en marche, l’engrenage s’est solidement accroché. Plus de retour en arrière possible, et ce sera bien là le problème pour notre équipe de braqueurs! Allez trop loin, sans même le décider, voilà ce qui est arrivé. Un gamin sera victime de leur connerie, devant les yeux de sa mère.

Mais Loupo a une conscience, et celle-ci va décider à sa place ce qu’il doit faire, ce qu’il va entreprendre. Enfin, pas vraiment, car il va aussi connaître l’influence de Nora, et suivre les conseils d’un ange également cabossé par la vie. L’influence de l’amour prendra donc une part importante dans ce roman noir et épuisant. Une part importante, car sans cette rencontre brusque et inopinée, c’est lui qui aurait certainement joué le rôle de l’ange, mais en réalisant le grand Saut – avec les ailes brûlées. Sa conscience et son âme, il va les livrer à cette fille qui semble être assez paumée, mais déterminée, une fille qui cherche « autre chose » depuis bien longtemps, qui cherche le grand frisson? Une adepte des mauvais garçons? Quoi qu’il en soit, elle sera de bons conseils, notamment pour sauver l’âme déchu de notre braqueur.

Loupo va prendre la bonne décision, il est vrai qu’il a commis l’irréparable, il va donc assumer. Mais pas tout de suite; il y a encore deux ou trois choses qu’il doit réaliser avant, une vengeance obligatoire et viscérale. Ensuite, il assumera. Avec ses potes, il va entreprendre une remise à niveau assez radicale!

Quel rythme! Parfois on utilise le terme essouffler pour qualifier un roman, mais ici c’est réellement le cas et c’est presque parfois douloureux. Cela ne s’arrête pas, ce n’est pas de l’écriture que nous cède l’auteur, c’est un cri, dont l’écho qui retenti ne s’achève que lorsque le prochain hurlement retenti à nouveau!

La haine, l’amitié, l’amour, la vengeance, la fierté, la trahison, la peur et la mort; l’auteur nous envoie tout cela en vrac, sans retenu, dans ce récit noir et désespéré. Les dialogues sont secs, francs, directs et sans appel. Je n’ai pas pu m’empêcher d’entendre des bribes de chansons de notre ami Renaud pendant que je lisais, pardon…, pendant que j’écoutais ces cris de la rue que l’auteur nous laisse sur les pages de son roman. De la souffrance et de la haine traduites et rejetées sous une forme de poésie récitée avec acharnement et avec un rythme soutenu. Un langage, une ambiance et une époque très similaires à l’univers de ce chanteur que j’admire. Pour le reste, c’est tout de même de la musique trash qui domine tout au long du récit, à l’image du déroulement des évènements.

Jacques-Olivier Bosco nous livre une histoire de jeunes truands, pas à mobylette comme le chanterait Renaud, mais en grosse cylindrée, époque oblige… La violence a évolué avec le temps, évidemment, et l’auteur nous le prouve d’une manière bien sombre et, encore une fois, totalement désespérée.

L’auteur ne fait pas dans la demi-mesure – comme à chaque fois finalement! -, c’est violent, c’est noir oui, mais toujours en respectant des règles de vie et des valeurs fondamentales! Mais nous sommes tout de même confrontés à des gamins avec des armes démesurés dans les pognes, dans une ambiance des cités; témoins de coups qu’on monte et qu’on exécute comme on peut, témoins d’effusion de sang, des morts à la pelle, des exécutions de sang-froid, pour un regard qu’on n’aime pas, des propos qu’on accepte pas ou des situations que l’on ne tolèrent plus. La haine, la folie, la rue quoi…

Le lecteur restera partagé – et ceci à chaque instant – entre l’envie de voir Loupo et son équipe enfin serrés, maîtrisés, voir tués, ou l’envie de les voir se sauver à tout jamais. Car Loupo, au fond, c’est un gamin que nous percevons comme étant juste et réglo – on s’attacherait presque! -; Jacques-Olivier Bosco nous ferait presque oublier finalement qu’il s’agit d’un salopard de criminel qui ne mérite pas de s’en sortir. Nous en sommes conscients, évidemment, mais cette idée, nous la mettons un peu entre parenthèse; allez savoir pourquoi. Nous sommes face à un garçon qui subi son parcours – qui a besoin parfois de s’évader, de quitter la réalité – mais paradoxalement qui contrôle tout, ou presque.

L’aboutissement de ce polar est à la hauteur de mes attentes, soit logique, réaliste et juste. Je n’en dirai pas plus, évidemment.

Ah une dernière chose, j’ai beaucoup aimé ce petit clin d’œil pour l’écrivain Janis Otsiemi, également édité chez Jigal! Jacques-Olivier Bosco l’a placé dans le rôle d’un des personnages, une sympathique attention!

Bonne lecture.

« Loupo », de Jacques-Olivier Bosco — Coup de coeur!

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