« L’hermine était pourpre », de Pierre Borrommée (prix Quai des Orfèvres 2012)

Critique de le 30 décembre 2011

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (4 votes, moyenne: 4,00 / 5)
Loading...
Roman

Je me pose parfois la question si je ne suis pas un peu trop indulgent, trop clément pour écrire mes chroniques. Mais je crois que non! Et pourtant, pour ce cru 2012 du Prix du quai des Orfèvres, je dois reconnaître que c’est impeccable! Allez, je vais le dire, c’est même un coup de coeur… Si vous voulez d’abord savoir ce qu’est le Prix du quai des Orfèvres, consultez cette chronique. J’y consacre un petit article…

Un mot sur l’histoire avant de vous donner mon avis. Dans le village de Villecompte, Juliette Robin est retrouvée sauvagement assassinée à son domicile, étranglée, défigurée. L’auteur semble lui avoir asséné une centaine de coups de marteau sur le visage. Un acte abominable. Les premières mesures et les éléments recueillis permettent rapidement de mettre en examen son mari, Pierre Robin, un célèbre avocat. Pour le procureur, c’est un désastre. Et oui, son petit monde de la magistrature va en prendre un sacré coup et il faut y remédier. Un autre suspect serait si souhaitable… Quant au juge d’instruction en charge de l’enquête, il va tout mettre en oeuvre pour l’inculper. Il a un suspect, il le garde, il ira jusqu’au bout.

Le procureur confie l’enquête au commissaire principal Baudry, un flic efficace, coriace, qui va quand à lui envisager toutes les possibilités. Le bâtonnier Dornier va assurer la défense de son confrère Robin, outré par ce qui lui arrive. Pour cet avocat, ce n’est tout simplement pas possible qu’il ait commis une telle atrocité. Cependant, des évènements inattendus vont sans arrêt tout remettre en question. Le lecteur va en rester abasourdi et sidéré… Il ne faut apparemment pas se fier aux apparences. Elles sont souvent trompeuses et l’auteur sait nous le faire comprendre.

Ce millésime 2012 du Prix du quai des Orfèvres nous plonge dans les arcanes de la justice, les rouages judiciaires, où se côtoient flics, avocats, procureur et juge d’instruction. Bon, l’auteur de ce livre, Pierre Borromée est lui-même avocat, on ne va donc pas lui apprendre comment ça se passe dans un Palais de justice. Au niveau de l’écriture, je lui tire mon chapeau. A mon sens, tous les ingrédients sont là pour réussir un bon polar et l’auteur a justement réussi à les doser à la perfection. Je m’explique…

Pierre Borromée a choisi comme trame de fond le milieu de la justice, un environnement qu’il doit relativement bien connaître. Dès lors, le lecteur ne peut qu’apprécier les exactitudes des procédures, l’ambiance du « milieu » ainsi que les finesses, les subtilités de cette scène judiciaire. L’intrigue, respectivement l’enquête, est tout simplement remarquable. Pas « d’à peu près », pas de coïncidences faciles, aisées et idiotes qui permettraient à l’auteur de se dépatouiller pour faire avancer son intrigue. C’est un point crucial pour moi! Je me lasse franchement de ces polars dans lesquels l’évolution de l’enquête est truffée de facilités, de concours de circonstance qui ne risquent pas de se produire dans la réalité.

L’auteur, avec une subtile maîtrise, nous mène sans arrêt sur des fausses pistes et c’est frustrant. A deux reprises je me suis dit, à mon grand regret, que j’avais percé le secret de l’intrigue. Et à chaque fois je me suis bien planté! Le dénouement est bluffant, Pierre Borromée nous embobine jusqu’à la dernière page, avec une tension soutenue et un suspense ascendant.

L’auteur excelle également dans l’utilisation des techniques policières, que ce soit dans le sens procédural (auditions, perquisitions, etc) ou alors scientifique. Des détails et des précisions croustillants, pertinents qui sont surtout tout à fait exacts. Vous allez me dire: « qu’est-ce qu’il en sait?? ». Et je vous répondrai que je ne suis pas tout à fait étranger à ce milieu 😉

Ensuite les personnages. L’auteur a réussi ce que bien des écrivains n’arrivent pas à transmettre, à céder au lecteur. La psychologie des personnages, leur vécu, leur épaisseur! Pierre Borromée les décrits tous brièvement et minutieusement. Nous savons toujours à qui nous avons à faire et nous nous sentons rapidement et complètement imprégnés par leur densité, leur « force ». Le lecteur se sent proche des protagonistes et c’est un tour de force que l’auteur a brillamment réussi à accomplir. A l’image des dialogues qui sont très « humains », vivants et intenses.

Entre un procureur pompeux, godiche et incapable, qui ne pense qu’à sa petite personne et à sa carrière, un juge d’instruction incisif, fielleux, qui n’épargne personne, quitte à mettre un innocent au trou, des avocats malmenés, découragés mais aussi courageux, ou encore des flics subtils, perspicaces et directs, le lecteur va être balancé dans tous les sens au milieu de cette justice qui n’est pas toujours ce que l’on croit vraiment. Pierre Bollomée pointe du doigt et met en avant de la scène les oppositions, la rivalité et j’ai presque envie de dire le combat entre magistrature, barreau et police. Des accords entre certaines personnes, alliances officielles mais surtout pactes officieux, seront nécessaires pour mener à bien cette enquête. Les abus de pouvoir ne sont jamais très loin…

L’auteur met à contribution plusieurs valeurs fondamentales, telles que la confiance, l’amitié, la conscience professionnelle, la déontologie ou le devoir. Qu’est-ce qui est le plus important?

J’ai beau chercher la faille dans cette intrigue, et j’avoue que je cherche encore. Tout se tient, aucune place au hasard, Pierre Borromée sait vraiment où il met les pieds! Maître, chapeau bas… Pas besoin de plaidoyer pour votre roman! John Grisham n’a qu’à bien se tenir. Bonne lecture…

Blog: Passion-romans

Détails sur « L’hermine était pourpre », de Pierre Borrommée (prix Quai des Orfèvres 2012)

Isbn : 2213665958

« L’hermine était pourpre », de Pierre Borrommée (prix Quai des Orfèvres 2012)

Étiquettes : , , , ,

Laisser un commentaire