L’Enigme du retour : Le livre baudelairien de Dany Laferrière

Critique de le 14 décembre 2009

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (556 votes, moyenne: 3,84 / 5)
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Littérature Roman

enigme-retour.jpgSous le ciel d’Haïti, Laferrière nous offre un poème, hanté par les vers baudelairiens « les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs » Dialogue avec lui-même, poursuivi dans le souvenir du père disparu. Déracinement, au double sens du mot.

Au Québec, ce haïtien était isolé, en apparence détaché des idées et des ancêtres d’Haïti.

Ce déraciné, arrivé au cimetière du pays natal, rompt son isolement, grâce à une poule noire sous le bras, divin symbole opportunément offert par des amis paternels, rencontrés lors d’ obsèques sans corps.

En Haïti, ce canadien, porte en lui, son nouvel enracinement, celui des immigrants qui ont changé de Pays par la force des évènements, souvent sans esprit de retour.

L’enracinement de Laferrière : il se rappelle d’où il vient, mêle ses anciennes racines à celles qui ont poussé au Québec, dans son nouveau terreau identitaire.

C’est ça ? Pas sûr ! Dîtes-moi si je me trompe. C’est ce que j’ai cru comprendre, moi qui cherche encore mes racines, sans pour autant avoir été déraciné ! Je n’en suis pas fier et je n’en ai pas honte. Mais j’envie l’expérience humaine réussie de Laferrière !

A cause de la poule noire, on le confond avec LEGBA, « dieu qui se tient à la frontière du visible et de l’invisible », un dieu qui me plait. Je m’imagine passe-muraille. Quand un livre me plait, je m’identifie un peu à son héros.

La poule noire sous le bras, dans le cimetière du village natal, il célèbre son père.

Dont le cadavre est à Brooklyn.

L’ouvrage a la gravité d’un mémorial : en milieu de vie, l’auteur se retourne vers sa jeunesse. Souvenir des paysages et des défunts de cette moitié de vie.

Village natal : point d’arrivée, point de départ. A Barradères, le village natal, on inhume. Sans le corps du père.

Laferrière pense alors que ces tombes sont les siennes et que les morts haïtiens vivent en lui.

Identité multiforme de Dany, pluralité des rôles :

celui d’affronteur des neiges

celui de protégé des dieux.

Ce n’est pas un voyageur sans retour, mais un homme qui approfondit la connaissance de lui-même. Ses dieux, il les a ramenés avec lui. Dieux transis par le froid de son Québec. Dieux qui ne l’ont jamais quitté. Dieux seulement congelés dans son pré-conscient. Dieux prêts à surgir. :

« Si tu ne connais pas le vaudou, le vaudou te connaît »

A Ville-Bonheur, Laferrière rumine la maxime, dans cette ville : «où règnent deux vierges. Celle de la chrétientéS’appelle Marie Immaculée. Et sa jumelle qui trône dans le parthénon vaudou,c’est Erzulie Freda Dahomey. Des vierges assoiffées. L’une de sang. L’autre de sperme. » (page243)

Laferrière associe l’amour et la mort, comme si le Gréco lui avait révélé son secret et appris comment vivre du divin. Mystère du statut identitaire au pays du vaudou : on prend Dany pour Legba. C’est qu’il faut amadouer Ogou, dieu colérique et jaloux, capable de gâcher les fiancailles de la fille de la maison. Ce père de famille le sait, en poussant sa fille, dans les bras de DANY- LEGBA. Et Laferrière, de préciser, à la page 269 de son livre, qu’on entend même « des hommes et des femmes chanter la gloire d’Erzulie Freda Dahomey, la déesse à qui aucun homme ne peu résister »

On aura une pensée pour Anna de Noailles, peu d’hommes lui résistaient.

Elle aurait envié l’enracinement haïtien.

Vers de regrets. Vers d’un manque, manifestement comblé en Haïti.

Elle nous dit :

« Puisque nos sorts furtifs sont toujours en péril,

N’ont pas la même route et pas le même toit… »

Oui, même après la mort, un contact avec ce monde est toujours possible, il suffit de regarder les enfants. Laferrière rassurerait Anna de Noailles :

« Les enfants traversent le cimetière

Pour se rendre à l’école.

En passant ils frôlent de leur paume

La tombe de leurs ancêtres.

Une façon de garder un contact quotidien

Avec ce monde. » (page293)

Tout est dit, comme si les disparus, au dernier moment, devaient sentir la mort, comme une poésie et un regard de vie des enfants.

Détails sur L’Enigme du retour : Le livre baudelairien de Dany Laferrière

Isbn : 2253156604

L’Enigme du retour : Le livre baudelairien de Dany Laferrière

2 commentaires pour “L’Enigme du retour : Le livre baudelairien de Dany Laferrière”

  1. avatar malika grace dit :

    Les déracinés cherchent toujours leurs racines, ils les trouvent souvent, dans la douleur. Laferriere en est l’exemple.
    L’amour comme la mort, tout a une fin.
    Merci pour vos commentaire,si finement mis en « bouquet ».

  2. avatar bruno chauvierre dit :

    Oui, mais nous enrichissons les morts de nos songeries.

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