« Le fossile d’acier », de Philippe Saimbert — quelle claque!!

15 février 2015 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (5 votes, moyenne: 3,80 / 5)
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le-fossile-d-acierC’est logiquement les paupières lourdes que j’aurais dû terminer ce roman; « Le faux cil d’acier« , vous imaginez… (Aïe, mauvais jeu de mot!). Blague mise à part, c’est en fait tout le contraire qui s’est passé: c’est avec un regard figé dans le vide que j’ai tourné la dernière page de ce thriller! Encore maintenant, je retourne quelques fois dans l’histoire, en pensée, en me disant que l’auteur a quand même fait fort.

Comment dire… Je crois que ce thriller fait partie des livres qui m’ont le plus marqué, touché aussi, heurté même. Sur deux plans bien distincts: d’abord pour la trame, qui est d’une belle subtilité, ensuite pour la dureté du récit. Je ne m’attendais pas à cela, c’est le moins que je puisse dire.

Je révélerai que très peu d’éléments sur le fond de cette trame morbide, dure et sans concession, car l’effet de surprise doit évidemment être total. Je citerai peut-être cette phrase bien connue: la vérité dépasse parfois la fiction.

L’auteur a réussi un truc auquel je ne suis que rarement confronté, je ressens le besoin de relire ce thriller en entier, avec une autre approche.

Cette intrigue se déroule en deux phases; la seconde est un violent coup de poing dans la gueule, je ne peux pas utiliser d’autres termes, désolé.

Le rideau s’ouvre sur une gare qui apparaît dans une brume bien épaisse; une atmosphère assez lourde, bien pesante se fait rapidement ressentir. Nous sommes apparemment dans une petite gare d’un pays de l’Europe de l’Est. Sur le quai, nous pouvons observer quelques personnes, soit deux enfants qui semblent assez enthousiastes, en compagnie de leur père, quant à lui, un peu tendu.

Notre regard se tourne également sur un couple d’un certain âge que je qualifierais comme assez standard, mais aussi un homme tenant des propos assez étranges, inquiétants, – incohérents? -, ou encore une charmante jeune femme, journaliste. Il y a aussi Henri, un homme perturbé qui fait toujours le même rêve depuis quelques temps, un songe qui risquerait bien un jour de l’achever. J’oublie encore peut-être quelques personnes, mais pas beaucoup..

Toutes ces personnes s’apprêtent à monter dans un wagon faisant partie d’un train à vapeur rénové pour l’occasion, pour une excursion menée par un certain M. Lohman, petit homme plein d’entrain et d’énergie.

L’ambiance est particulière. Dès le départ, nous ne savons pas vraiment s’il faut nous réjouir ou nous inquiéter pour les passagers de ce train issu d’une autre époque. L’auteur plante un décor qui ne nous rassure pas vraiment, avec des personnages assez énigmatiques. Et pourtant, le voyage se veut rassurant.

Nous ne connaissons pas leur destination, mais à les écouter parler dans ce train qui fonce dans la brume, nous pouvons tout de même comprendre qu’ils se dirigent vers un endroit particulier, un endroit qui regorgerait de phénomènes curieux, difficilement explicables. Tout un programme…

Les théories fusent dans ce wagon, chacun avance sa petite hypothèse, l’ambiance est tendue. Le responsable de cette excursion nous confirmera que depuis quelques semaines, des lumières étranges ont été aperçues dans le ciel, filmées ou encore photographiées par des touristes ayant emprunté cette voie de communication.

Phénomènes météorologiques?

Quoi qu’il en soit, un réel huis-clos va se matérialiser sous la forme d’un wagon perdu au milieu de nulle part. Nos passagers auront la mauvaise surprise de constater que leur wagon s’est détaché du reste du train, sous l’effet d’un choc. C’est livrés à eux-mêmes, au milieu d’une forêt dense pas vraiment accueillante, dans une brume toujours aussi épaisse, qu’ils vont devoir trouver une solution pour repartir de là.

Cette situation nous révélera le vrai visage de chaque personnage, qui ne pourra pas tricher face à la peur. Les masques tombent. Mais il y a encore autre chose.

A ce stade, le lecteur que je suis se demande évidemment quelle direction va choisir l’auteur pour faire évoluer son huis-clos. Pour mon plus grand plaisir, je constate qu’il va se diriger tête baissée vers une voie que j’apprécie. Je ne vous direz cependant pas de laquelle il s’agit, afin de garder le mystère le plus total. Je vous conseillerais juste de vous accrocher à ce que vous pouvez, car ça secoue les tripes.

L’auteur nous démontrera à quel point l’homme peut devenir fou face à ce qu’il ne comprend pas ou face à ce qu’il ne peut accepter, tout ceci mélangé à une angoisse permanente. C’est assez dur, la folie est omniprésente.

Puis c’est la révélation, si j’ose utiliser ce terme. Car le dénouement est spectaculairement fou et déstabilisant. Franchement, c’est puissant de la part de l’auteur. Je m’attendais à beaucoup de choses, – j’avais évidemment fait mes pronostiques -, je m’attendais presque à tout, mais pas à ça. C’est subtile, complexe, doté d’une sacré morale aussi! Et encore, il faut la comprendre. Oui, car l’auteur laisse un peu de lest et de moue au lecteur afin que ce dernier puisse faire sa propre approche.

Voilà ce que j’attends d’un thriller, soit d’être bluffé jusqu’au bout. Et là, à mon sens, c’est tout bonnement un coup de génie. La claque que j’ai reçue, j’en ressens encore les vibrations.

On en prend un sacré coup, c’est vrai, et le pire c’est que le fond de cette histoire est issu de l’Histoire. Comme quoi, je vous l’ai dit au début, la réalité est une sacré source d’inspiration lorsqu’il s’agit de dénicher une trame dure, touchante voir insoutenable. Pour obtenir des exemples de grosses merdes humaines, il n’y a pas besoin d’aller chercher très loin, malheureusement. Et ici, vous ne risquez pas d’être déçus si vous voulez en prendre plein la tronche. Ce n’est pas l’auteur qui va courir à votre secours pour vous remettre d’aplomb.

Lors du dénouement, tout est remis en question. Chaque scène prend un sens nouveau, différent, un sens tragique, insoutenable voir insupportable. L’auteur ne censure absolument rien et, d’un côté, tant mieux car on ne censure pas la vérité, et encore moins la réalité.

Je pense qu’il faut assumer ses actes – là, je parle des personnages, pas de l’auteur! -, ou encore assumer les actes qu’on aurait dû accomplir, du moins accepter cet état de fait, sinon cela risque de vous hanter à jamais.

Bonne chance.

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