La Mise à Nu de Patryck Froissart

Critique de le 5 mai 2011

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Roman Textes remarquables

La Mise à Nu (Patryck Froissart)

Dans ce roman initiatique, Patryck Froissart raconte les étapes de la lente maturation sociale, politique, philosophique, physique, sexuelle de J, un enfant du pays minier du Borinage, cette région wallonne qui s’étend de Valenciennes en France à Mons en Belgique, coupée artificiellement par la ligne frontalière franco-belge.

Ballotté dans les contradictions, les doutes, les incertitudes, et les hypocrisies de l’époque, J grandit, élabore son code moral, et avance, dans un contexte dense et confus, sur le chemin cahotant de l’initiation politique, philosophique et sexuelle, avec le désir de plus en plus lancinant de devenir un homme pourvu des aptitudes comportementales et physiques qu’il croit nécessaires à la mâle métamorphose.

Le narrateur laisse intervenir dans l’écriture du passé le J présent, âgé, qui mêle à des faits présentés comme réels ses rêves fantasmatiques, introduit dans son portrait les traits qu’il a envie d’y voir, y reconstruit les scènes en fonction de ses désirs actuels, s’y blanchit ou s’y noircit à son gré, y idéalise ou y assombrit arbitrairement les êtres qu’il prétend avoir fréquentés, fait de sa personne un personnage.

Le contexte historique et social, régional, national, voire mondial, décrit avec précision, constitue la toile de fond d’un roman fantaisiste, où la recherche constante du mot qui sonne bien, de la mélodie phrastique.
Le recours à un vocabulaire foisonnant, puisé dans les dialectes locaux (picard, wallon, rouchi) et dans l’ancien français, ou, en cas de besoin, forgé de toutes pièces, donne à ce roman une richesse lexicale rare, fondée sur un remarquable travail d’écriture.

La Mise à Nu de Patryck Froissart

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2 commentaires pour “La Mise à Nu de Patryck Froissart”

  1. avatar bruno chauvierre dit :

    On pense aux « gens de peu » de George Orwell et aux analyses de Bruce Bégout.

  2. avatar Froissart dit :

    LA MISE A NU
    La critique de Christophe Vallée

    Que dire en tournant la page 562 de La Mise à Nu si ce n’est qu’on vient de lire un superbe ouvrage baroque, un fleuve profond de fantaisies musicales ayant la puissance d’une symphonie?
    C’est en effet un véritable fleuve palimpseste avec une composition qui rappelle celles de Céline, de Joyce, des premiers Le Clézio (de Géants, ou de La Guerre), avec un art de la citation qui vient toujours en contrepoint par rapport au texte. Les références à la fois à la littérature du Moyen Âge, de la Renaissance, du XIXe siècle, et les clins d’oeil à Diderot, à Froissart bien évidemment, à Lautréamont, au Roman Inachevé d’Aragon et à tant d’autres, entrelacés dans le texte donnent à celui-ci une puissance, une force bien supérieure aux Femmes de Sollers auquel on pourrait le comparer (évidemment à l’avantage de Patryck Froissart puisque Sollers n’a fait que copier les Anglais). Ceci sans compter l’humour, et un travail sur la langue que l’on n’a plus l’habitude de voir depuis bien longtemps. Je suis stupéfait que Patryck Froissart n’ait pas trouvé une maison d’édition «normale», mais ça ne m’étonne pas puisque mon deuxième roman de quelques centaines de pages, ce qui fait que j’ai renoncé pour le moment à le publier.
    La Mise à Nu est un véritable tableau historique mais en même temps un voyage initiatique à la Michel Leiris avec une construction éclatée dont la structure permet la réunification, un mélange de style narratif classique, de romans américains des années 20, de baroque mais aussi de ce pointillisme qu’on trouve dans le Nouveau Roman et de références à la poésie de nombreux poètes, Aragon, Baillif, Mallarmé… Tout cela s’inscrit dans un tissu métaphorique permettant aux citations de ne pas alourdir le texte. Les références historiques étant pleines d’humour n’obèrent pas ce récit initiatique et donnent à l’ensemble une «fiction de réalité» qui autorise une lecture plurielle du roman en multipliant les points de vue.
    Bref! Félicitations pour ce superbe ouvrage : mon édition indique que cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication dans mon petit éditeur en 2011 : est-ce déjà la deuxième édition ?
    Encore bravo!
    Christophe Vallée
    Philosophe, romancier

    Ouvrages publiés par Christophe Vallée:

    – Surface et profondeur (essai philosophique)
    – Apparence et réalité (essai philosophique)
    – Le Crépuscule de l’Aube (roman)

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