« La finitude (La haine de soi) », Iris

Critique de le 11 avril 2014

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (4 votes, moyenne: 3,75 / 5)
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Littérature Psychologie Roman

La finitude (Iris)« Quand tu cesseras d’être ce que tu es / Tu sauras qui tu es ! / Quand tu sauras comment tu es / Tu cesseras de te demander pourquoi on te hait ! / Le vice naît du fait d’être direct / La vertu se nourrit du fait d’être honnête ! » (P. 3)

Voici venu le temps de la connaissance de soi à travers ces mots se miroitant dans eux-mêmes en se conspuant, semblables à des gouttes d’eau limpides, tangibles et insaisissables, car à la lecture de ce roman « La finitude (La haine de soi) » paru aux éditions Edilivre, tout ce qui est porté au conditionnel et à l’interrogatif semble être résolu. En effet, Iris captive le lecteur en l’invitant implicitement à patauger dans les méandres de la psychologie humaine. Tous nous naissons égaux, mais jamais cela n’a été adopté et adapté hormis dans l’imaginaire noircissant des pages blanches et dans lesquelles nos personnes se transposent et se reconnaissent.

Dès les premières pages du roman, Iris saisit le lecteur pour ne plus le lâcher. En quête de repères, le verbe porté à l’universel et à l’ombre des yeux inquisiteurs ne dévie pas ; Iris est de ceux qualifiés d’humbles, le partage dès lors s’annonce avec dextérité et sans complexité. Toutes les forces de ses créations se nourrissent à la lumière de son verbe qui avance. Ou dans « Traduire un silence » (son premier roman), ou dans « Amoureux-nés » (son deuxième roman), comme dans « La finitude (La haine de soi), l’auteur continue son chemin le plus long, celui qu’il cherche à conquérir par son verbe voyageur, tantôt déçu, tantôt réjoui.

L’histoire se déroule à Vgayet (Béjaïa), en Kabylie, où le personnage principal qu’est Tilelli (synonyme de Liberté en français) cherche un semblant de cohérence entre elle et le monde l’apprivoisant, ce paradoxe venimeux aux aspirations contraires. Toute sa naïveté innée se résume dans la perte de sa membrane gardée honorablement intime en se fiant les bras ouverts, les yeux bandés, jusqu’au jour néfaste où tout a basculé, suite aux attouchements accentués de son père abusant incessamment d’elle, après chaque rentrée tardive consécutive à une ébriété, car délaissé par sa femme souffrante et alitée. Le refuge de ces orientations libidinales s’oriente vers cette victime aux mouvements interdits ; elle, soumise aux conditions patriarcales et aux contraintes sociétales, la face voilée, et lui, en homme dominant arborant autorité et rugosité, la face dévoilée exposant son côté bestial. L’incongruité s’identifie dans cette claustrophobie forcée où seules les rêveries aux degrés élevés venaient à son secours le temps d’un clignement de l’œil, car tout le reste lui renvoyait la couleur de la peur, celle d’une léthargie. Agir et gésir semblent être son point commun l’empêchant de prendre son essor afin d’essayer ses ailes. Le temps passe, sa mère paralysée décède. Tilelli décide alors de fuir cette atmosphère pesante pour aller s’installer chez une vieille connaissance, une dame d’un certain âge. Le hasard l’amène à croiser le destin d’un journaliste, Massinissa, venu d’Alger faire quelques reportages sur cette Kabylie meurtrie de coups contondants.

Tilelli résiste à la façon dont l’auteur diapre ses ressentis tantôt stupides et tantôt lucides en essayant d’apporter beaucoup de positivisme à ses états d’âme, ô combien ténébreux à ce sourire benêt peignant son visage ! Derrière cette fragilité féminine et ses souffrances provocantes et implorantes s’exhibait une certaine nature, contrairement à tant d’autres inhibées par les phénomènes innés en soi. Elle se voyait tel un être factice dépendant de quelques directives abruptes et du temps à la fois éphémère et infini. S’adonnant ouvertement en cherchant des réconciliations impromptues à sa personne, et ce, tout en s’interrogeant sur cette exploitation vindicative d’une espèce à l’encontre d’une autre elle-même visant en premier lieu ce honni pouvoir n’arrivant toujours pas à se doter d’une politique stable allant de pair avec les aspirations rêveuses de toutes les catégories d’âge, elle cherche une certaine identité à sa vie l’ayant usée et poussée au retranchement intime. La société lui causait du tort, et Iris, par la couleur de sa plume, transposait sur notre conscience le mal habitant Tilelli, ces accommodations sombres et scabreuses et aux multiples facettes la vilipendant continuellement. De tels arguments la laissaient perplexe et l’exposaient en conséquence à cette lenteur prolongée la privant de tant de bienfaits moraux car dopée par cette théorie du mouton illustrant qu’un troupeau de la même famille ne peut se déplacer qu’à la vitesse du mouton le plus lent. La politique figée, la société piégée ; la première oriente, la seconde se désoriente. « Être clair avec soi, c’est d’abord voir les choses claires autour de soi et inversement », conclut-elle pour se racheter à chaque crise morale crispant ses nerfs. Égalité et liberté ont été bafouées jusqu’à faire naître, et il est un constat, une certaine montée des dépendances religieuses endoctrinant du matin au soir et endeuillant du soir au matin, le nivellement non inspecté et non respecté de l’ordre social, le savoir sclérosé, les vies amputées… Deux mondes alors se dessinent au travers de ses visions, l’un sous un œil qui admire et l’autre sous celui qui envie. Une sorte de translation secrète voire de propension se crée, elle est nommée cacophonie aphone relatant, d’une part, le vécu et le réel dans lesquels elle évolue, et de l’autre, celle subreptice et imaginaire vers laquelle elle se projette, guidée par les conditions incongrues des aléas de la vie. Et c’est à partir de ces derniers qu’elle dissémine ses réflexions et engagements face à son autre elle-même blessée intimement.

Une lecture entre les lignes de ce texte énigmatique, singulier et bien écrit, nous renvoie finalement à l’assertivité d’une Liberté bafouée par l’agressivité d’un pouvoir despotique figé là au dessus de nos têtes tel un nuage gris. Le père en est l’envahisseur et l’auteur ; sa fille, la victime ; la mère, la patrie sans repères ; et la plume d’Iris, l’instigatrice véhiculant ce qui s’ourdit entre une conscience en quête d’un raisonnement et une insensibilité férue de cupidité et de tyrannie.

La finitude (La haine de soi), par Iris. Éditions Edilivre, mars 2014. 372 p., 25 €.

« La finitude (La haine de soi) », Iris

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