Fils du feu, un roman incandescent

8 septembre 2016 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 2,50 / 5)
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boley_fils_du_feuAvant de résumer la trame de ce premier roman remarquable a bien des égards, disons quelques mots sur la langue, travaillée ici avec un soin extême, comme de la poésie en prose. Guy Boley a une écriture très visuelle, enrichit son récit de comparaisons audacieuses, sait trouver les raccourcis les plus percutants, les références les plus érudites et entraîne son lecteur dans une épopée mythologique.
Voici donc l’histoire d’un fils de Vulcain, émerveillé par la puissance que dégage son père et par la maîtrise qu’il a sur le feu et sur la matière.
C’est du reste à la forge qu’il se construit et éprouve ses premières grandes émotions. Par exemple le jour où Jacky est arrivé à moto pour seconder son père. Ce «Jacky était un vrai mystère. Un taiseux taciturne au visage sans lumière. Un humain sans parole. Un grand sac de secrets. Ma première statue grecque. Mon premier grand amour.»
Mais voilà que les rêves se brisent quand sa mère lui annonce «sans perdre de temps et sans salir les mots (…) : Ton petit frère est mort». Un événement qui va traumatiser toute la famille : «Les horreurs du monde enfantent des printemps si nous voulons durer au-delà du chagrin.»
Sa mère n’acceptera pas cette absence et continuera à vivre avec son fils décédé à ses côtés. Son père ne comprendra pas cette attitude, essaiera la faire soigner par un psychiatre et finira par sombrer dans l’alcool. Car il comprendra trop tard qu’en levant la main sur son épouse, il a brisé son couple et sa relation avec Jacky qui ne lui pardonnera pas ce geste. La narrateur assiste alors à un combat mémorable entre les deux hommes : «Ils sont la lave toujours vivace de ces ventres de femme qui libèrent des volcans et où des cavaliers, dans des toundras de chair, égarent leurs chevaux.»
La forge est fermée, les locomotives à vapeur sont remplacées par des motrices électriques. Son père se transforme en artisan, vendeur de fer forgé et de volets roulants, le paysage prend des allures uniformes quand les pavillons poussent comme des champignons. Voici les années que l’on nommera Glorieuses : «le roi nommé crédit distribue à la volée de pleines poignées de billets permettant d’acheter des meubles en aggloméré, des tables en formica, de la vaisselle transparente en pyrex, des oreilles de Mickey et des Général de gaulle en forme de tire-bouchon. Et ça consomme plein pot, dehors comme dedans, du sous-sol jusqu’au grenier, sans oublier les réfrigérateurs qui dégueulent déjà leurs mets cellophanés sans saveur, sans odeur, sans effort à fournir pour les servir à table.»
C’est aussi l’époque où il ne saurait être bien vu de choisir les beaux-arts comme métier. La faculté des sciences fera beaucoup plus sérieux pour le jeune bachelier. Il y trouvera toutefois vite la confirmation qu’il n’aime pas les sciences et, plus surprenant, qu’il n’aime pas les femmes.
C’est dans le grenier aménagé pour son frère défunt qu’il avouera son orientation sexuelle à sa mère et que cette dernière lui expliquera qu’en revanche son frère (défunt) a rencontré une jeune fille «pour laquelle il éprouvait des sentiments extrêmement sérieux» et qu’elle aimerait beaucoup assister à leur mariage. Un autre jour sa femme sera enceinte…
Passant des études de sciences à celle des lettres, le narrateur s’ingénie à inventer pour sa mère le roman de cette vie… avant qu’elle n’accompagne son père et leur chien dans la tombe et trouve dans la peinture une thérapie.
Dans ses toiles, il ne sait de quel passé, de quelle victoire, de quelle défaite, quelle joie ou quelle douleur elles sont constitués. En revanche, je sais que son roman est le fruit de tous ces éléments. Un livre forgé avec puissance et élégance, avec rage et exaltation. C’est l’enfer la tête dans les étoiles.
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