Fantasia au drive-in

Critique de le 8 novembre 2009

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Roman

joe_r_kansdale.gifSur la ligne noire — Joe R. Lansdale

(Le Rocher, 2006 ; Folio policier N°507, 2008)

Paru en 2003 aux États-Unis. Traduction de Bernard Blanc.

Contrairement à ce qu’indique la fallacieuse couverture de l’édition Folio, le roman n’est nullement un « thriller », ou alors ma mère était une nonne recluse… Il s’agit plutôt d’un roman initiatique que l’on pourrait mettre dans les mains d’une ou d’un pré-ado de douze ans pour son bonheur et son édification. Polar certes, dans lequel on parle de la mort et du sexe, assurément… mais au travers des yeux de Stanley Mitchell Jr., le narrateur, douze ans justement, qui vient de déménager avec sa famille à Dewmont, petite ville de l’East Texas où son père a acheté un drive-in (1) sur un coup de tête. Nous sommes à la fin des années cinquante : avant les droits civiques, la pilule et le Rock n’Roll débridé.

Mais revenons à notre Stanley. Ce sont les vacances d’été et le gamin, écrasé de chaleur, entre ses parents occupés à faire tourner le cinoche et sa frangine occupée à faire tourner les garçons en bourrique, s’ennuie ferme en compagnie de Nud, son corniaud. Jusqu’à ce qu’il trouve, dans les décombres d’une maison en ruine aux abords du drive-in, une petite mallette en ferraille, cadenassée, contenant quelques lettres et des pages d’un journal intime. Très vite, il découvre que l’auteur de ces lignes, une jeune fille, est morte assassinée dix ans plus tôt.

Avec l’aide de sa sœur, de son chien et surtout du projectionniste — un vieux Noir qui a plus d’une vie au compteur, dont une de flic —, Stanley va démêler l’écheveau d’une petite ville au racisme ordinaire, soumise à la fortune d’une famille omnipotente, et qui cache dans la rumeur bruissante des ragots un double meurtre. Il le fait avec les yeux d’un garçon qui, de trouvailles en confessions, va quitter l’enfance et entrer de plein pied dans la réalité de cette Amérique rurale qui a toujours été le thème et le cadre de Lansdale.

Il y a vraiment là quelque chose du Fantasia chez les ploucs de Charles Williams. L’humour d’abord, une sorte d’autodérision ironique. L’époque ensuite — Williams publie  Fantasia en 1956 ou 57 — et bien sûr le candide narrateur confronté à des périls dont tous ne pas issus de son imagination. Émaillé d’allusions à la culture populaire d’alors — cinéma, BD, musique —, ce  roman passé inaperçu de Lansdale est, comme à chaque livre, un bijou qu’il offre à ses personnages, tous campés d’une plume acérée et qui semblent vivre leur vie sans l’aide de personne.

Un régal… et une occasion de découvrir Lansdale.

 

(1) Il n’est pas exclu que le drive-in soit un lieu lié à l’enfance de Lansdale lui-même, puisque c’est la deuxième fois qu’il place l’un de ses romans dans ce décor particulier. Le premier (Le Drive-in, J’ai Lu N°2951, paru en 1988) faisait partie d’un sous-genre clairement alimentaire, en vogue à la fin des années 80 : le Gore. Mais, à y bien regarder, La Ligne noire est déjà en filigrane dans ce travail de commande, comme une sorte de brouillon.

Détails sur Fantasia au drive-in

Isbn : 2070345203

Fantasia au drive-in

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