Des points de misère (par Hervé Tadié)

24 mars 2011 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (37 votes, moyenne: 4,35 / 5)
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Roman

Cet ouvrage publié l’année dernière mérite un très large public.

Voici en effet un auteur né au Cameroun, ivoirien d’adoption, qui sait comme peu d’écrivains peindre avec de vraies couleurs la vie quotidienne de dizaines de millions d’africains, presque complètement occultés dans la littérature : ce dénuement total, ce paradoxal isolement dans la foule des miséreux, ces identités morcelées d’exilés, d’analphabètes, d’être au destin minuscule mais si riche de sentiments, de chaleur humaine, de recherche éperdue d’amour…

Très beaux textes, d’une écriture modeste, « faite à la main » dans le meilleur sens du terme, et d’où sourdent les éclats d’une vie, les cris d’un enfant, les sons mélangés des villes et des villages d’Afrique, les appels et les échos d’une souffrance infinie. Tadié a reçu un prix, nous dit son éditeur (Editions 93) et il l’a sans aucun doute amplement mérité. Pour ma part, je le salue comme un nouvel écrivain de langue française, un véritable artisan de ce métier si indispensable, celui de marchand de rêve, de fournisseur d’imaginaire, de franchisseur de vide entre les hommes.

Ces nouvelles ne sont pas d’une tonalité très enjouée, elles se lisent une par une, le temps de bien méditer et s’imprégner des mots et de leur sens. Ce n’est pas plus mal, bien au contraire, en ces temps où quelques grossièretés, une crudité banale, une impolitesse, servent de passeport pour la notoriété. Rien de tous cela : respect des êtres humains, intelligence, et même humour, tout le talent d’Hervé Tadié sert à composer un paysage vivant de certains coins d’Afrique, une vision intime, tendre et belle, en dépit de toutes les douleurs.

Un simple extrait vous donnera une idée de son talent (tiré de « Ouadraogo le Burkinabé »):

« Il est stupéfait et s’avère incapable de réagir. Il lui semble bien avoir été insulté. Ce n’est pas tant d’être insulté que l’insolite de l’insulte qui l’immobilise ainsi. Si on lui avait lancé « Sale Burkinabé ! » ou « Petit Burkinabé ! », il aurait compris. Mais Burkinabé ! Tout court ??? Il fallait avoir beaucop de mépris pour tout un pays, pour toute une nation pour s’en servir comme injure. »

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