Anthony Palou Fruits et Légumes

1 octobre 2010 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (296 votes, moyenne: 4,07 / 5)
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Roman

palou.jpg  ANTHONY  PALOU sublime le pittoresque avec les fruits et légumes du commerce familial :

« Les cageots étaient soigneusement rangés les uns contre les autres et les légumes artistiquement placés façon impressionniste. Le rouge des tomates tout humides de rosée faisait ressortir le corail des poivrons. Le jaune paille des oignons associé au vert des concombres, au pédoncule des aubergines, vision pastorale d’un sentier automnal. L’orange coriace des carottes en bottes côtoyait le mauve violacé des betteraves cuites et le noir terreux des radis à peine sortis de terre. Fabuleux architecte, grand-père peignait des natures mortes. » (p.40)

Le grand-père Antonio, a une tronche comme on n’en voit guère. Il réussit tout ce qu’il entreprend.  Intuitions fulgurantes de l’intelligence du vieil espagnol.

Anthony Palou analyse mieux l’intelligence que dans les livres de psychologie. 

Fabuleuse intuition du grand-père : la sope mallorquine, point de départ de sa fortune. Le secret de la sope est dévoilé pages 43 et 44 avec des accents de réalisme Houellebecquiens. Longue et marrante énumération des produits utilisés. Ultime recommandation :

« Laissez cuire trois quarts d’heure à feu doux, prenez un livre, tricotez, faites une réussite, écoutez la radio ou Méditerranée de Tino Rossi. Rajouter du bouillon di besoin. Servir dans des assiettes creuses- sur le pain qui n’attendait que ça. Prévoir un rajout se sel au cas où. Voilà. » (p.45) 

   Ce gaillard de grand-père est  brillant. Le narrateur admire sa superbe :

« Fier de ses quatre-vingt-trois centimètres au-dessus du mètre, papy après avoir méprisé le Caudillo à la voix de pucelle, décida de quitter l’Espagne »

Antonio, tout juste sorti de son paysage méditerranéen lumineux et « accablant de beauté » (p.33) se marie un jour de pluie avec Rosenn, une Bretonne du Finistère Nord .

On rigole moins qu’à  Majorque et c’est parfois sinistre. Le curé après avoir marié Antonio et Rosenn est  écrasé dans la rue comme une « vulgaire taupe ».

Autour d’Antonio beaucoup de tristesse. Vécu d’amertume.

Le narrateur oscille entre l’identification à deux images, celle du  grand-père et celle d’un père admiré dans les souvenirs de dentelle de la petite enfance, mais ensuite dévalorisé par lui-même :

« Je suis vraiment un pauvre type » (p. 106)

Finalement il rejette toute identification au père :

« Papa démissionne devant mon regard accablé. Je le plains, je le pleure. Je le vénère et le maudis, je l’aime et le trompe : jamais je ne serai lui, jamais je ne serai l’image de ce père, jamais il ne sera mon modèle : je suis ailleurs. » (p.138)

Identification au grand-père ? Pas sûr à en juger par le vécu d’amertume que le narrateur se trimballe : « Je communie avec mes semblables dont la vie est un champ de navets : ratés de tous les pays, unissez-vous ! » (p.149)

Toute situation est pour le narrateur matière à dévalorisation. « Je compris que mes œuvres étaient minables lorsqu’un touriste à l’accent belge me lança, tandis que j’attaquais le rouge d’une voile tendue par la brise : alors mon gars, ça mord ? »

Pathétique  contradiction dans les propos tenus  sur sa femme.   « Cette brave épave dont j’allais aisément, plus tard, me contenter » (p.131)  « Oui, je l’ai aimée » (p.132)

LA JOIE DU NARRATEUR  perce au travers de cet univers de catastrophe.

LE TALENT  BOULEVERSE !

Vocabulaire célinien.

Tronche exceptionnelle du papy Antonio et de quelques autres.  Oui, ils ont de la tronche les personnages de Palou ! Pour les peindre, l’auteur emploie  des expressions de Céline comme « crânouiller » ( p.150) et ça donne de la gueule à sa radiographie des années 70 !

Il y a encore du Céline quand il évoque ses premières  palpitations érotiques :

« Les aisselles capiteuses de Marie m’excitaient : elles sentaient la tripaille. »

Malgré la constante autodérision, Palou, toujours drôle reste pudique. Il a du talent et de la sincérité. Il a mis dans ce livre beaucoup de lui-même. Sans douleur il n’y a pas d’écrivain. On pense à Jean- Edern Hallier celui dont il fut le secrétaire de 1991 jusqu’à la fin.

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