Maurice Barrès Le Prince Oublié
28 novembre 2009 par bruno chauvierre
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Courageux Jean-Pierre Colin. Sortir Maurice Barrès de l’oubli n’est pas une mince affaire. Même Léautaud ne fut pas tendre pour lui ; « Barrès véritable arlequin qui aurait été aussi bien anarchiste et internationaliste s’il l’avait fallu pour sa réussite. Grande approbation de Gourmont disant ; certes, celui là, il n’y en a pas beaucoup d’aussi méprisables. » (Journal littéraire, premier juin 1908, page 579.) Rendons justice au courage et recommandons Maurice Barrès, Le Prince De L’oubli, chez Infolio.
Je me suis toujours demandé pourquoi Emmanuel Chauvière, mon lointain cousin communard et député socialiste révolutionnaire, détenait un exemplaire de « Leurs figures- Le roman de l’énergie nationale » numéroté 493, retrouvé dans les affaires de famille. Exemplaire non dédicacé, il est vrai. Nul ne sait, si, comme Rochefort et certains socialistes révisionnistes siégeant à l’extrême gauche de l’hémycycle, Chauvière, bien qu’il s’en défendit, ne tata pas un peu du boulangisme, comme un certain nombre de Blanquistes, titillés par l’énergie nationale. Reproche lui en fut fait lors de ses campagnes législatives victorieuses dans notre quartier populaire de Javel. Il nia.
Si je fais ce long détour, c’est pour signaler le danger de juger les hommes cent ans après, en dehors du contexte de l’époque.
Le mérite de Jean-Pierre Colin, c’est de dénoncer les déclarations ignobles de Barrès , tout en préservant la beauté de son œuvre. Sur bien des points, Barrès est en avance sur son temps et, Colin a bien raison de citer L’homme libre : « Une de mes thèses favorites est de réclamer que l’éducation ne soit pas départie aux enfants sans égard pour leur individualité propre » Que Barrès soit le précurseur des « libres enfants de Summerhill » de Neil, n’est pas un paradoxe plus mince que l’admiration constante de Blum, pour celui, qui osa dédier à Edouard Drumont, ce livre que je tiens d’Emmanuel Chauvière.
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Barrès fut longtemps un homme masqué. Masque en latin se dit personna. Masque de Barrès, cultivant son style au mépris de sa cohérence de pensée, imitant même le verbe antisémite de Jules Soury.
Quand le masque tombe, Barrès dépouillé de ses oripeaux nationalistes est prêt à demander pardon à Dreyfus. Il devient une personne vraie. Il se tourne vers l’avenir, ce visionnaire dont Charles de Gaulle et François Mitterrand s’inspireront. Barrès ne préconise-t-il pas un état pourvu d’un chef démocratiquement élu, une justice indépendante et … la décentralisation avec 80 ans d’avance ( pages 191 à 193 du livre de Jean-Pierre Colin)