« Françoise » de Laure Adler : deux femmes similaires

2 novembre 2015 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (2 votes, moyenne: 4,50 / 5)
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Françoise Giroud et Laure Adler : 2 femmes d’exception.

En lisant ce « Françoise » Giroud, qui s’annonce comme une biographie, la personnalité de Laure Adler n’a cessé de se confondre comme dans un fondu enchaîné tout au long de ce précieux texte de près de 500 pages.
La similitude entre les deux femmes est patente. Des mots comme sexy, élégante, remarquable, talentueuse, pourraient convenir autant à l’une qu’à l’autre.
L’une a écrit, entre autres, des biographies de femmes comme Jenny Marx ou Marie Curie, l’autre sur Marguerite Duras, Simone Weil, Annah Arendt.
Françoise Giroud apparaît comme la première femme qui va apporter dans la société française, directement ou indirectement des changements radicaux de la condition féminine.
Elle le fera principalement par le biais de l’Express, que tout le monde s’accorde à dire qu’elle en a été la tête. Même Jean-Jacques Servan Schreiber co-fondateur et le grand amour de sa vie, l’a reconnu aisément.
Cet hebdomadaire naîtra le 16 mai 1953, où l’on pourra lire, d’une page à l’autre, des points de vue extrêmement différents voire opposés sur le même sujet. Ce qui aujourd’hui semble impensable.
On se battait alors, et de façon virulente pour défendre ses idéaux. Françoise n’hésitera pas à le faire pour l’AICF, à organiser par le biais de son journal des campagnes d’information sur les liens de la colonisation et de la faim dans les pays du Tiers-Monde.
Dans le même registre, elle soutiendra dans les colonnes de l’Express, Mendès-France qu’elle croit capable de changer la France, l’Europe et la nécessité d’arrêter la guerre d’Algérie, de la rendre aux Algériens. Idem pour la Tunisie, bien que dans un contexte différent, obtiendra son indépendance quelques années avant la fin du protectorat.
Et une foultitude d’autres causes, plus nobles les unes que les autres, toujours au travers des pages de l’hebdomadaire, où des plumes comme celles de Mauriac, Camus, viendront signer des articles, et des tas de journalistes renommés qui ont fait leur début dans la profession sous la direction de la « femme de tête » : Jean Daniel, Jacques Derogy, Michel Cournot, Michèle Cotta, Merleau-Ponty, Siné, Catherine Nay. Et beaucoup d’autres.
La trajectoire de Françoise Giroud (1916-2003) nous fait traverser parallèlement la France de l’après deuxième guerre mondiale, par l’intermédiaire d’une journaliste hors pair, toujours au cœur de l’événement, non seulement par ses articles engagés (elle ne savait pas faire autrement), mais également par sa présence sur bon nombre de terrains minés.
Après des dénonciations claires et précises concernant les tortures en Algérie par l’armée française, l’OAS se fait de plus en plus menaçant.

Plutôt que de continuer à raconter moins bien que Laure Adler, voici un extrait de son immense Biographie, qui vous donnera un aperçu de l’excellence de sa plume :

… « En France l’Express vit sous surveillance policière et Françoise a peur qu’un collaborateur ne soit touché par une bombe ou un attentat, car les menaces ne cessent, de nouveau, d’affluer à la rédaction. Des gardes bénévoles surveillent les locaux la nuit, d’autres se relaient devant les appartements des journalistes qui sont sur la liste de l’OAS, elle-même sachant qu’elle en fait partie. Le jour, elle est obligée de se déplacer accompagnée par des gardes du corps, des lecteurs musclés de l’hebdomadaire… »
… « Le numéro est saisi par la police sur demande du ministre des Armées qui estime que Françoise Giroud a porté atteinte à l’honneur des militaires.
Difficile d’imaginer aujourd’hui le climat dans lequel l’Express vit alors : peur permanente, menaces, insultes. Pour éviter les incidents, un système de double fouille est institué avec grilles et vitres. Au second étage, celui de la rédaction, les visiteurs doivent de nouveau subir une inspection. Le toit, aussi, est surveillé. Françoise désapprouve, mais doit se rendre à la raison : ces mesures sont justifiées. L’OAS pose des bombes : une première est désamorcée chez Françoise Giroud quelques minutes avant l’explosion, une autre au domicile de Philippe Grumbach. La semaine suivante, Françoise Giroud, dans son édito, s’adresse directement à l’organisation factieuse : « S’il y a une victime nous ne resterons pas sans réagir. » La réponse ne se fait pas attendre : les appartements de Jean-Paul Sartre, d’Hubert Beuve-Méry, de Maurice Duverger sont plastiqués début janvier 1962. Elle-même sera plastiquée deux ans plus tard boulevard des Invalides. Exceptionnellement, ni elle ni Caroline ne seront là… »

Voilà un tout petit condensé, forcément réducteur, de l’immense travail de Laure Adler, qui a duré de nombreuses années.

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