Prisons 53 (Georges Arnaud)

3 novembre 2013 par

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (5 votes, moyenne: 4,00 / 5)
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Prisons 53En 1953, Georges Arnaud, de son véritable nom Henri Girard, mène une enquête journalistique sur le système carcéral français pour le compte du journal « L’Aurore ». Il entreprend un véritable tour de France des prisons qui va le conduire de La Santé à Paris aux Baumettes à Marseille en passant par Fresnes, Clairvaux, Loos, Fontevrault, Melun, La petite Roquette et bien d’autres, au total une trentaine de lieux d’incarcération sur les 37 qu’il avait eu l’autorisation de visiter. En effet, l’expérience sera interrompue quand les autorités découvriront le tableau peu flatteur que peint Girard : à cette époque encore proche de l’après guerre, il découvre des anciens soldats allemands attendant d’être exécutés pour crime de guerre et de nombreux condamnés à mort qui passent leurs jours et leurs nuits enchaînés dans leurs cellules. Les conditions de vie en prison sont plutôt terribles et à mille lieues des actuelles. Si les gardiens ont abandonné les sanctions par privation de nourriture, ils n ‘en continuent pas moins à punir par le froid en plaçant des détenus au mitard dévêtus, sans chauffage ni couverture en plein hiver. Ainsi la prison de Riom s’en est-elle fait une sorte de spécialité, le directeur de l’époque se vantant de venir à bout de toutes les résistances par ce terrible moyen. Le lecteur découvre également l’existence des prévôts, sorte de kapos, qui sont des détenus costauds et féroces choisis pour aider à faire régner l’ordre à coups de poings et de pieds si nécessaire. Il en est de même pour les travaux idiots voire humiliants et pour les moeurs homosexuelles partout présentes. Encore que les situations diffèrent selon les endroits et l’humanité des directeurs et des équipes. Avec ses 850 prisonniers, Poissy reste la plus peuplée. Grâce à la bienveillance de son directeur, Cormeilles est la plus humaine et presque la plus agréable alors que Riom avec ses glaciales cellules de pierre semble la plus terrible.

Ce livre-reportage bien écrit et parfaitement documenté a tout d’une descente dans les derniers cercles de l’enfer, entre maisons d’arrêt réservées aux détentions préventives (on y incarcère des gens qui, n’étant pas encore jugés, sont peut-être innocents) et prisons centrales où l’on purge de longues peines. Georges Arnaud qui a lui-même été injustement embastillé milite pour un aménagement des conditions de détention et même pour leur suppression pure et simple quand le remède semble pire que le mal, c’est à dire quand la prison transforme le petit délinquant en grand criminel. Il constate que déjà ses idées de réhabilitation (par les études, le travail intelligent, les réductions de peine, les sursis, la liberté surveillée et les libérations conditionnelles) commencent à être appliquées surtout dans l’Est et veut y voir des raisons d’espérer. Le lecteur d’aujourd’hui trouvera un double intérêt à la lecture de ce livre. Il pourra mesurer le chemin parcouru en plus d’un demi-siècle, se dira qu’Arnaud était un précurseur mais que l’application de ses idées (toutes entrées en vigueur au fil des ans et arrivant à leur apogée aujourd’hui) laissent un peu dubitatif sur leur intérêt et sur leur efficacité. Pour ceux que le sujet intéresse, bien que les problématiques de la privation de liberté pour le délinquant et celle de la défense de la société restent encore posées et toujours aussi brûlantes malgré toutes les évolutions.

4/5

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