Bohèmes en prose de Jean-Jacques Bedu
12 décembre 2009 par bruno chauvierre
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Parmi les figures du monde de la bohème, ressuscitées par Jean-Jacques Bedu, dans son essai « Bohèmes en prose », j’ai un faible pour Tristan Corbière. En compagnie de capitaines bretons, demi-pirates, le lecteur scrute la mer avec Corbière, à travers les bouillons de la vitre d’un bouge. J’ai vite lu les lignes sur Maurice Sachs, sur l’érotomanie de Louys et l’excentricité névrotique de Gérard de Nerval.
J’ai préféré le monde magique de Corbière. J’ai lu le livre de Bedu en buvant un verre de rhum Barbancourt, rapporté d’Haïti. Mon héros de toujours, le bossu Bitor s’enfila aussi plusieurs verres de rhum avant d’aller voir la Mary-Saloppe. Pauvre Bitor mis dans un sac à crever et, jeté en l’air jusqu’à en mourir :« Saute, Paillasse ! hop là… » Jean-Jacques Bedu nous plonge dans les Amours jaunes , on chavire, les yeux pleins de larmes en revivant la tragédie de Bitor : « Plus tard, l’eau soulevait une masse vaseuse .Dans le dock. On trouva des plaques de vareuse… Un cadavre bossu, ballonné, démasqué … Par les crabes. Et ça fut jeté sur le quai… »
Tristan Corbière fulminait devant ces riches qui trouvaient pittoresques les scènes de débauche, des gens de peu, alors que lui, pressentait toujours le drame, comme dans la sublimation du martyre ordinaire du bossu Bitor.
Jean-Jacques Bedu, après Julien Gracq (En lisant-En écrivant) réhabilite le Corbière des promenades à Saint-Cast, autour de la pointe préservée de la Garde, saluant la dette de Corbière au paysage, celui d’avant le chou-fleur du XXème siècle ( regretté par Julien Gracq), celui de la Rapsode foraine et le Pardon de Sainte-Anne, avec datation du 27 Août, jour du Pardon : La Palud, 27 Août, jour du Pardon. « Bénite est l’infertile plageOù comme la mer tout est nud.Sainte est la chapelle sauvage De Sainte Anne-de-la-Palud »
Julien Gracq, appréciait Corbière et La Rapsode foraine, « scène de genre… à la manière de Calot, un sujet pour petit maître hollandais ou flamand », Gracq s’en réjouissait en concluant : « C’est peut-être le seul exemple que je connaisse dans notre poésie d’une sublimation intégrale du pittoresque » ? (En lisant-En écrivant)
En chantant Corbière, Jean-Jacques BEDU, sur les traces de Julien Gracq nous conduit à célébrer la sublimation du pittoresque
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