PARTURITION de Bernadette SANOU

Critique de le 9 juin 2008

Je n‘ai pas aimé...Plutôt déçu...Intéressant...Très bon livre !A lire absolument ! (306 votes, moyenne: 3,78 / 5)
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Actualité, politique Poésie

Cet extrait du poème « Parturition » m’a profondément touchée.
C’est toute la réalité de la dureté du quotidien de la vie – en ville et en brousse – qui est évoquée.
Je l’ai ressentie très fort lors de mon voyage au Burkina Faso – pays si attachant dans son dénuement -, où toute l’intensité de l’émotion du voyage se joue dans la rencontre et dans la confrontation à l’extrême.
J’ai connu l’harmattan. Il vous assèche, vous étouffe, vous anéantit, et la poussière vous asphyxie.
J’ai vu le sol sec et monotone à l’infini.
J’ai vu, levées dès l’aurore, les femmes travailler, endurant la chaleur accablante et la fatigue des longues journées. Je les ai vues marcher des kilomètres la tête surmontée de lourds fardeaux. .J’ai croisé leurs regards, profonds, chargés de tout le poids de leur histoire. J’ai serré fortement leurs mains, dures et rugueuses autant que leurs gamelles.
J’ai plongé dans le regard triste ou espiègle des enfants.

J’ai partagé la lutte silencieuse d’un peuple démuni devant la maladie .J’ai admiré un peuple courageux, digne et fier, qui – face à la pauvreté – s’obstine à survivre.

Je voulais simplement dire
Mon peuple
Faire mien le gamin tout nu
Au ventre bombé par la malnutrition
Mien le gamin en haillons
Traînant dans la poussière des rues
La peau du visage si blanchie par l’harmattan
Tendant aux passants une boîte de tomate vide
En guise de sébile

Mien, le vieil homme au talon crevassé
À même le sol sec.
Tirant et tirant encore la daba sur le sol sec.

Mienne, l’épouse pilant le mil pour la pâte du soir,
Pilant les feuilles de baobab sèches pour la sauce du soir
Et je quête en vain un goût de viande dans cette sauce.
Mienne, cette femme, là – bas, au fond de la cour;
Elle frotte de ses mains le dos de la marmite sale
Et ses mains ont l’écaille du dos de la marmite.

Mienne, la triste cohorte de femmes
Vers un point d’eau lointain, incertain;
Et sur leurs lèvres desséchées, un chant se meurt doucement
Mienne, la femme au ventre mûr revenant du champ :
Elle porte sur la tête un fagot de bois énorme
Et dans son dos le babil du bébé de l’an dernier.

Je voulais simplement dire
Mon peuple
Faire mienne la femme en couches qui s’éteint
La science des vieilles accoucheuses a failli,
Et les matrones du centre n’ont pu faire mieux.

Parturition – Bernadette SANOU, poète burkinabé

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PARTURITION de Bernadette SANOU

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Un commentaire pour “PARTURITION de Bernadette SANOU”

  1. avatar Eugénie dit :

    Bonjour.

    J’aime la poésie africaine mais ai beaucoup de difficultés à me procurer certains recueils. Par exemple, où trouver les livres de Bernadette Sanou ou Pierrette Kanzié?

    Cordialement,
    Eugénie.

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